
2ème volet de notre série sur les sociétés coopératives - En 1993, l’agence de Mâcon de la Société SATELEC est en difficulté. Pour éviter sa disparition, une partie de ses salariés fait le choix de reprendre l’entreprise sous forme de SCOP et crée la Société Mâconnaise d’Entreprise Électrique (SMEE).
Elle compte alors treize salariés associés. Trente-trois ans plus tard, ils sont 36, dont 28 associés. Une trajectoire qui pose une question simple : qu’est-ce qui permet à une SCOP de se développer et de bien fonctionner, tout en restant fidèle à ses principes fondamentaux ?
Adeline Nectoux, salariée de l’entreprise depuis 33 années, accède à la présidence de la SCOP en 2023. Son objectif à travers cette prise de fonction ? « Redynamiser l’esprit coopératif de la SMEE ». Depuis trois ans, elle multiplie, aux côtés de l’équipe et de l’Union régionale les initiatives en faveur d’une gouvernance démocratique.
Un mot d’ordre : l’engagement
Sur son site et ses réseaux sociaux, la SMEE se définit avant tout comme une SCOP « engagée ». Un engagement favorisé par une dynamique interne reposant sur une gouvernance démocratique. Le management participatif encourage en effet le développement de projets en accord avec les valeurs de l’entreprise et de ses salariés, tels que l’engagement écologique, avec la valorisation des énergies renouvelables, ou encore la politique de proximité vis-à-vis des acteurs locaux. Tous les associés œuvrent en ce sens à travers des concertations régulières.
Des organes démocratiques
Depuis l’arrivée de Ludovic Deliot à la direction générale et d’Adeline Nectoux à la présidence en 2023, la SMEE a été réorganisée autour de différents organes et statuts. L’objectif de cette restructuration ? Faire vivre le principe démocratique à différents niveaux. Les fonctions de président et de directeur de la SCOP ont notamment été séparées. Cela permet une meilleure répartition des pouvoirs : alors que la présidente veille à ce que les principes démocratiques de la SCOP soient appliqués, le directeur est quant à lui chargé des affaires de l’entreprise.
Sur les 36 salariés, 28 ont choisi de devenir associés. Parmi eux, 11 sont élus tous les six ans au conseil d’administration (CA) de la SMEE. Depuis 2023, le conseil d’administration joue un rôle central dans le projet coopératif, puisqu’il permet non seulement de définir le plan stratégique de l’entreprise en co-construction avec le directeur général, mais aussi de veiller au respect de ses principes coopératifs. Quatre fois par an, les élus se réunissent pour suivre le plan stratégique et préparer le rapport de gouvernance destiné aux associés. Les profils représentés sont particulièrement diversifiés : chargés d’affaires, administratifs, profils de terrain.
À l’occasion des assemblées générales annuelles, les associés se rassemblent et votent les résolutions proposées par le CA. Ces concertations peuvent aboutir à des décisions concrètes : en 2025, il a ainsi été décidé de développer une nouvelle filiale spécialisée dans les énergies renouvelables photovoltaïques.
La majorité des salariés prend donc activement part au développement de l’entreprise, non seulement en s’y investissant financièrement (pour devenir associé, un salarié doit avancer trois mois de salaire, en échange de quoi il bénéficie d’un retour financier sous forme de dividende) mais surtout en participant à sa gouvernance, toujours selon le principe « 1 personne = 1 voix ».
Une SCOP dynamique, tournée vers l’avenir
En cette année 2026, Adeline Nectoux travaille avec le CA à la rédaction d’un « Projet coopératif d’entreprise », « une sorte de cahier des charges explicitant les droits et les devoirs des associés pour plus de transparence et pour préparer l’avenir de la SCOP dans la transmission de ses valeurs et de ses savoirs faires ».
Le cahier, en pleine élaboration, reposerait sur quatre volets. Le premier, « Pourquoi nous sommes en SCOP ? », viserait à expliciter les valeurs qui conduisent l’entreprise à fonctionner de façon coopérative : solidarité, transparence, ancrage territorial… Le deuxième serait consacré à la gouvernance et à la présentation de ses différents organes, tels que le conseil d’administration. Le troisième, « Comment devenir associé ? », viserait quant à lui à accompagner les salariés souhaitant intégrer la SCOP. Enfin, le dernier, « Qu’est-ce qu’on veut transmettre ? », mettrait l’accent sur la spécificité et le savoir-faire de la SMEE, qui dispense notamment des formations en interne via l’apprentissage.
Depuis quelques mois, la SMEE propose également des formations à destination des salariés grâce à l’accompagnement de l’Union régionale BFC. La première a eu lieu en mai 2026 et a permis de renforcer les liens de solidarité au sein de l’entreprise. Surtout, elle a ravivé l’esprit coopératif en permettant à chacun de comprendre clairement quel rôle il peut jouer. À terme, l’idéal serait que tous les salariés soient volontaires pour devenir associés et ainsi assurer la pérennité de la SMEE.
L’expérience de la SMEE montre que faire vivre une SCOP ne consiste pas seulement à adopter un statut juridique. La coopération se construit dans l’organisation quotidienne de l’entreprise : dans la participation aux décisions, dans la formation des salariés, dans la transmission des savoir-faire et dans la capacité à faire vivre le principe « une personne = une voix ».
Trente-trois ans après sa reprise par ses salariés, la SMEE continue donc de faire évoluer son modèle. Son enjeu n’est plus seulement de préserver l’entreprise, mais de faire en sorte que chaque nouvelle génération de salariés puisse en comprendre les principes, s’en saisir et, à son tour, contribuer à les faire vivre.
Iris Ardeois
A lire aussi, le 1er volet de notre série sur les SCOP
ECONOMIE : Les Sociétés coopératives,
à quoi ça ressemble une entreprise démocratique ?
























































