
Dans le cadre du 17e Festival OMB (Outre-Mer en Bourgogne), qui se déroule du 4 au 13 mai 2026, le lycée René Cassin de Mâcon a accueilli une matinée consacrée au travail de mémoire autour de l’esclavage et de son abolition ce lundi.
L’événement réunissait lycéens, écoliers, enseignants, et associations au sein de la salle Albert Buisson du lycée René Cassin de Mâcon. Pierre Desoutter, proviseur de l’établissement, a ouvert la matinée en rappelant l’importance de cette démarche éducative et mémorielle : "Nous sommes heureux d’accueillir au lycée Cassin ce 17e Festival Outre-Mer en Bourgogne consacré à la mémoire de l’abolition de l’esclavage en Saône-et-Loire. Ce projet permet à nos élèves de réfléchir aux combats menés depuis plusieurs siècles pour construire les valeurs de la République : la liberté, l’égalité et la fraternité.
Ces cérémonies nous rappellent l’importance de cette page de notre histoire et les liens entre la France, l’Afrique, les Caraïbes et l’Océan indien. Victor Schœlcher (journaliste et ancien député de la République française) a porté le combat pour une abolition immédiate de l’esclavage, mais certaines formes d’exploitation existent encore aujourd’hui. Ne soyons les esclaves de personne en ces temps qui nous interrogent tous. Le propre de l’éducation est de développer les facultés, le propre de l’esclavage c’est de les étouffer."
Un mois de mai chargé d'histoire
La journée rentrait dans le cadre des commémorations nationales du 10 mai, en lien avec la loi Taubira de 2001, reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité. Christiane Mathos, figure des Amis des Antilles et du Festival OMB, a rappelé le travail engagé depuis de nombreuses années autour de cette mémoire en Saône-et-Loire.
"Nous sommes des citoyens convaincus que la recherche et la connaissance de notre histoire font de nous des personnes libres. C’est une bonne cause. Quand vous êtes esclaves, vous n’êtes rien. Il faut savoir lire, écrire et s’exprimer pour faire de nous des hommes libres et égaux. C’est à vous de le transmettre aux enfants antillais venus de Montceau-les-Mines. Le mois de mai est important par rapport à l’esclavage, crime contre l’humanité reconnu par la loi Taubira. Aujourd’hui, c’est le 25e anniversaire de la loi du 10 mai 2001", a-t-elle déclaré.
Plusieurs interventions ont rappelé l’importance de la mémoire locale autour d’Alphonse de Lamartine (ancien Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères né à Mâcon), de Victor Schœlcher et de François Arago (ancien Président de la Commission exécutive de France) dans l’histoire de l’abolition de l’esclavage. De plus, le circuit mémoriel, porté par l’association Mémoire de l’Histoire de l’Abolition de l’Esclavage en Saône-et-Loire (MHAESL), suit un chemin qui passe par Paray-le-Monial, Digoin, Toulon-sur-Arroux, Milly-Lamartine, Autun, Cluny ou encore Génelard.
Une grande première à Mâcon
C’est d’ailleurs la première fois qu’un tel événement se tient à Mâcon. "C’est en allant sur les lieux, en découvrant cette richesse, qu’on met en valeur notre département. Nous avons le Label Route 71. Et nous souhaiterions organiser des visites de ces lieux avec les élèves du lycée Cassin de Mâcon", ajoute Christiane Mathos. À ce sujet, les élèves de seconde 10 du lycée Cassin ont présenté un exposé encadré par David Brisset-Foucault, professeur d’histoire-géographie.
Leur travail établissait un parallèle entre l’esclavage du XVIIIe siècle, son abolition au XIXe siècle et certaines formes modernes d’exploitation aujourd’hui. Le plan de leur présentation abordait d’abord la dénonciation de l’esclavage dans Candide de Voltaire, avec la célèbre citation : "C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe." Les élèves se sont ensuite intéressés aux conséquences sociales et environnementales de la production de l’iPhone 16, puis à celles liées à la fabrication de maillots de football de contrefaçon, avant d’aborder les formes contemporaines d’esclavage aujourd’hui.
Une matinée intergénérationnelle
Des élèves de CE1, CE2 et CM1 du RPI (regroupement pédagogique intercommunal) de Sologny, Milly-Lamartine et Bussières étaient également présents, accompagnés notamment par Thomas Chanut, professeur à l’école de Milly-Lamartine.
De son côté, Robert Casenove, maire de Milly-Lamartine, a pris la parole au cours de la matinée. "À 15 h 30, il y aura la commémoration à Milly-Lamartine avec le chant des enfants. Il y a dix ans, Christiane Mathos m’a appelé pour me parler de ce projet qui m’a tout de suite parlé. C’est très important au niveau culturel et mémoriel. Il faut montrer Lamartine sous un autre angle.
C’était un grand homme politique en avance sur son temps. Il a travaillé avec Victor Schœlcher et Arago sur le décret de 1848 (décret d’abolition de l’esclavage du 27 avril). Nous avons une plaque commémorative à Milly-Lamartine. Je remercie les parents et les professeurs. Je m’investis dans ce mois de l’abolition de l’esclavage au maximum."
Parmi les autres personnes présentes figuraient notamment Émilie Clerc, responsable du bureau des entreprises, ainsi que Joaquim San Bernardino, conseiller principal d’éducation.
Une touche créole pour les enfants
En outre, un film consacré à la mémoire de l’abolition de l’esclavage en Saône-et-Loire a été diffusé devant une assemblée attentive. Le documentaire retraçait notamment le parcours mémoriel et les différentes communes engagées dans cette démarche. Daniel Rozier était présent sur place en tant que caméraman pour le Ciné Caméra Club de Montceau-les-Mines.
Enfin, l’événement s’est conclu sur une note vocale symbolique : les enfants des écoles ont interprété une chanson créole "animée" par Christiane Mathos, avant de partager un repas au restaurant scolaire du lycée autour de spécialités créoles préparées pour l’occasion.
Yvan Peinaud


















































































