
Finale historique à Magny-Cours
Les motards du secteur mâconnais connaissent bien Fabrice Forestier. Installé sur la commune de Crêches-sur-Saône depuis 2010 comme mécanicien moto, sous l’enseigne "Sensation Moto", nous vous l’avions présenté dans un article du 2 avril 2025.
Comme tout motard, Fabrice est un passionné de sport mécanique et participe régulièrement à des journées de roulage sur circuit avec des amis, simplement pour le plaisir.
Cette année, il a décidé de franchir le pas. Il s’est inscrit en individuel à la Coupe de France Promosport, en catégorie Découverte, sans autre assistance que celle d’un copain qui l’aide pour l’organisation. Il participe avec sa propre moto, une Yamaha 1000 R1 qu’il prépare lui-même, sans aide financière extérieure.
La Coupe de France Promosport, qui vient de fêter ses 50 ans, est une compétition organisée par la FFM (Fédération Française de Motocyclisme). Elle est divisée en plusieurs catégories : "1000 cc et Master, 600 cc, A2, Découverte et féminines". La catégorie Découverte, comme son nom l’indique, est ouverte aux amateurs qui veulent découvrir le monde de la compétition. Elle mélange les 600 cc et les 1000 cc, hommes et femmes confondus.
Six week-ends de compétition sont organisés, avec deux courses à chaque fois, sur les circuits de Nogaro (32), Alès (30), Carole (93), Pau-Arnos (64), Lédenon (30) et Magny-Cours (58). Il existe aussi des coupes de marque, comme la Kawasaki ZX-4R. Cette année, exceptionnellement, le FSBK a été ajouté au Promosport. Il s’agit du Championnat de France Superbike, la plus haute catégorie française.
Fabrice nous explique son fonctionnement : "On essaie de minimiser les coûts. On n’a pas une structure de fous, mais on est bien organisés. On envisage de monter une association l’an prochain pour avoir une structure correcte et tenter de trouver des sponsors, mais ce n’est pas dans ma nature de réclamer. L’idéal serait tout de même que j’arrive à changer ma moto. Il y a quatre ou cinq ans, ma R1 était au top niveau, maintenant ce n’est plus le cas."
Pour un coup d’essai, on peut parler d’un coup de maître !
On peut considérer que la première compétition de l’année, sur le circuit de Nogaro, était en quelque sorte un "tour de chauffe", où il a pris ses marques dans le monde de la compétition, en terminant 5e puis 4e lors des deux courses du week-end.
Dès le deuxième week-end, à Alès, il s’installe sur le podium et n’en descendra plus de la saison.
Fabrice nous raconte le déroulement de sa saison :
"À Nogaro, j’étais déjà dans le top 5 et au pied du podium de la deuxième course. Mais à Alès, je fais 2e dans les deux courses, en réalisant même les deux meilleurs tours en course.
Le troisième week-end se déroulait sur le circuit Carole, avec un temps catastrophique. Mais, par "chance", j’avais fait mes repérages sur le circuit trois semaines plus tôt, déjà sous la pluie, donc dans les mêmes conditions que pour la course ! Il faut savoir que Carole est situé non loin de l’aéroport et que la pluie plaque au sol toute la pollution des avions. Quand il pleut, c’est une vraie patinoire ! Là, je gagne les deux courses et je passe 2e du championnat.
La compétition suivante se déroulait à Pau-Arnos, où j’ai fait la pole position et gagné la première course avec le meilleur tour en course, puis terminé 2e lors de la deuxième. Je prends alors la tête du championnat.
Pour la course suivante, à Lédenon, je finis 2e lors des deux courses et je repasse 2e au classement, à un petit point de Florian Bajus et 90 points devant le troisième. À partir de ce moment, on savait que le titre allait se jouer entre nous deux.
Nous voilà donc le week-end dernier à Magny-Cours, un circuit que j’affectionne particulièrement. J’étais déjà allé faire des essais trois semaines avant, durant lesquels j’avais encore amélioré mes chronos. Bref, je sentais que les choses se présentaient plutôt bien. Là-dessus, Florian vient aussi faire des essais et, comme je communique beaucoup avec lui, je me rends compte que, dès le départ, il est dans les mêmes temps que moi. Mieux que ça, le lendemain, "il me met une seconde". J’ai compris que ça allait être compliqué et qu’il fallait que je me donne à fond.
À l’issue des qualifications, il démarre donc la course en pole position et je suis dans sa roue, à une seconde derrière lui. Il y a même des secteurs où je suis sept dixièmes plus rapide, donc je le remonte vraiment. Mais dans d’autres secteurs, il reprend l’avantage. Ça fait le yoyo, mais je lui mets tout de même la pression, car il est tenu au courant par les panneaux d’information de son équipe que je suis sur ses talons.
Au septième tour, il fait une faute avec une perte d’adhérence de l’avant et finit dans les graviers. Là, je comprends que la course va être arrêtée au drapeau rouge et je sais que je viens de prendre 25 points... Je fais même le meilleur tour en course.
Sa moto étant trop abîmée, il ne peut pas prendre le départ de la deuxième course. Je suis donc seul en tête et, à l’arrivée, je compte 26 secondes d’avance sur le deuxième."
En bonus, Fabrice s’est vu décerner le trophée "Pirelli Best Lap", qui récompense celui qui a réalisé le plus grand nombre de meilleurs tours en course.
Fabrice sait garder la tête froide : "Je ne suis pas un pro de la compétition. Sur circuit, je ne joue pas ma carrière, ni un guidon dans une écurie officielle. Ma motivation, c’est le plaisir avant tout. Jamais je ne prendrai de risques inconsidérés pour gagner et je sais qu’après le week-end, il faut rentrer à la maison pour faire tourner ma boutique. Mais l’an prochain, je courrai en Coupe 1000 cc. Mes temps de course de cette saison prouvent que j’y ai ma place, car ils sont équivalents ou proches de ceux du groupe de tête."
Jean-Marc Milamant




































































