
Il y a treize ans, sur une friche au pied des immeubles et de la voie ferrée, une graine a été plantée. Aujourd’hui, elle a germé pour devenir le plus grand jardin partagé de Bourgogne, avec 3 000 m² de terrain, dont 2 500 m² dédiés à la culture. Ces 2 500 m² sont divisés en parcelles collectives ou individuelles, où chacun et chacune peuvent cultiver selon leurs envies tout en participant à l’effort commun.
C’est sur ce terrain mis à disposition par la mairie que ce projet de jardins solidaires, soutenu par le Secours Catholique, est devenu bien plus qu’un simple potager : c’est un espace où l’on cultive des légumes (tomates, salades, radis, choux, pommes de terre, poireaux…), mais aussi de la dignité, du lien social et de l’espoir.
Ici, tout le monde est responsable et utile. C’est cette dynamique collective qui fait la force de ce projet. Il faut piocher, planter, semer, ratisser, arroser, tailler, récolter, distribuer, nettoyer, ranger, etc. Chaque geste compte et contribue à la vie du jardin. Les jardiniers ont d’ailleurs le souci de garder une terre fertile, un bon équilibre du sol et de préserver sa biodiversité en n’utilisant ni pesticides ni engrais chimiques. Ils veillent tous et toutes à une bonne utilisation et gestion de l’eau et font tout pour protéger les insectes et les papillons.
Ce mercredi, Nathalie et Pierre, de la délégation régionale de Bourgogne du Secours Catholique, sont venus sur place pour rencontrer toute l’équipe de jardiniers. L’objectif : échanger et valider l’impact positif des jardins solidaires et partagés sur les quatre items suivants : "Se nourrir, nouer des liens, avoir confiance en soi, pouvoir d’agir".
Les constats et observations sont sans appel : ce lieu permet à des dizaines de personnes de toutes conditions de manger une alimentation digne et de qualité, grâce à des récoltes saines et locales. Cela améliore aussi leur pouvoir d’achat, en réduisant leurs dépenses alimentaires tout en leur offrant des produits frais et nutritifs. Ici, il faut être acteur de sa mise en œuvre : chacun participe activement à la culture, à l’entretien et à la gestion du jardin. Le travail s’effectue souvent en binôme, pour décider ensemble des plantations, des récoltes et de l’organisation des parcelles. On évalue que 100 m² de potager permettent de répondre aux besoins en légumes de trois personnes.
Par ailleurs, un verger est envisagé sur la surface restante de 500 m² pour diversifier et renforcer l’autonomie alimentaire. Une grainothèque a également été mise en place, permettant aux jardiniers d’échanger et de partager des semences, renforçant ainsi l’autonomie et la biodiversité du jardin. Une serre a aussi été construite avec des matériaux de récupération, témoignant de l’ingéniosité et de l’engagement écologique des participants, allant même jusqu’à l’installation de toilettes sèches.
Un projet de groupement d’achats est à l’étude pour compléter l’offre de produits non cultivés sur place avec d’autres jardins partagés, afin d’élargir et de remplir le panier des jardiniers et de renforcer les liens entre les acteurs locaux. Des visites et des échanges sont organisés régulièrement avec d’autres jardins solidaires de la région, comme ceux de La Roche-Vineuse, d’Azé ou de Cluny, pour partager des savoir-faire et des idées.
Mais ce n’est pas tout : ici, on renforce le lien social, on augmente la confiance en soi en voyant pousser le fruit de son travail. Et surtout, on est motivé pour sortir de chez soi, on apprend à vivre et à travailler ensemble dans le respect des différences et du rythme des autres.
À Mâcon, ce jardin est devenu un véritable laboratoire de solidarité. En partenariat avec le CCAS, des cours de cuisine sont organisés pour transformer les récoltes en plats équilibrés et savoureux. Malgré les défis liés à l’entretien des 2 500 m² cultivés, les jardiniers de Mâcon continuent, saison après saison, de faire vivre cet espace avec passion. Leur travail montre que, même dans un monde souvent individualiste, il est possible de cultiver ensemble quelque chose de beau, d’utile et de porteur de sens.
En fin de matinée, tout le monde s’est retrouvé dans la bonne humeur en bord de Saône pour poursuivre les échanges autour d’un pique-nique champêtre à base de légumes fraîchement cueillis.
Alors, si vous passez rue de la Déserte à Mâcon, aux abords de ce jardin solidaire et partagé, n’hésitez pas à venir mettre les mains dans la terre et passer un moment avec Jean-Paul, Fouad, Carmen, Hubert, Martine, Daniel, Pascal, Michèle, Dominique et les autres…
Bernard Suc


























































