jeudi 2 avril 2026

 

Restons sur la santé avec ce droit de réponse que nous demande l'Ordre départemental des médecins suite à notre article paru sur la table ronde proposée par l'UFC-Que choisir ? macon-infos vous propose l'intégralité de l'intervention du président de l'Ordre qui, il est vrai, n'avait pas été reprise dans notre article.

 

L'Ordre des Médecins n'est pas un syndicat de défense des médecins.

Il représente l'ensemble de la communauté médicale (médecins hospitaliers, salariés et libéraux).
Il est chargé de veiller à l'application du code de déontologie (code de bonne conduite) par délégation du service public.
Être médecin demande d'importants sacrifices personnels et familiaux, les études sont longues et difficiles.
Ils sont en difficulté et représentent une ressource qu'il faut ménager.

L'approche de UFC Que Choisir interroge dans la mesure où elle traite les conséquences sans se préoccuper des causes du profond malaise qui s'est installé
dans le domaine de la santé.
L'approche consumériste a ses limites: prendre en charge un patient cancéreux ou diabétique, et acheter une boite de petits pois au supermarché ne correspond pas
à la même démarche.

L'accès aux soins et la démographie médicale

Les médecins ne sont en rien responsables des conséquences du numerus clausus mis en oeuvre dans les années 70, ils en sont même les victimes (épuisement, burn out).
Le nombre de médecins généralistes (MG) libéraux a baissé de 1/3 en 20 ans dans le département.
La pyramide des âges étant défavorables (1/3 des MG ont plus de 60 ans dans le département de Saône-et-Loire), la situation ne peut que se dégrader, d'autant que le vieillissement de la population ne peut que contribuer à augmenter la demande.

Par ailleurs, la jeune génération aspire à plus de loisirs et une meilleure qualité de vie (on a changé d'époque) ce que l'on ne saurait lui reprocher.
A titre d'exemple, le 31.12.2023, 6 MG libéraux de Mâcon ont pris leur retraite sans avoir de successeur.

L'une des conséquences, par ailleurs, en est une grande agressivité contre les médecins et personnels (insultes et menaces physiques), ce qui contribue à une dégradation de la situation.
Le problème est le même pour les spécialités, sachant tout de même que les MG font de la pédiatrie et de la gynécologie au quotidien.

Les déserts médicaux et la coercition

En fait, 87%du territoire peut être qualifié de désert médical.
La menace de mesures coercitives par le Ministre concernant l'installation des jeunes médecins a eu pour effet immédiat de déclencher une grève des internes, et un déclassement dans le choix de la médecine générale.

Un pourcentage élevé de jeunes médecins, du fait des conditions d'exercice et de la surcharge administrative, change d'orientation (de l'ordre de 25 %).
Nous sommes interrogés au quotidien chaque jour : « par qui et comment serons nous soignés demain ? »
Les assurés sociaux qui ont cotisé toute leur vie de manière obligatoire ne comprennent pas pourquoi ils ne trouvent pas de médecin lorsqu'ils en ont besoin.

Les télécabines et la téléconsultation

Limité à 20 % de l'activité d'un praticien pour ses patients.
En revanche, avis très défavorable pour les télécabines installées dans les supermarchés, les gares, etc.

Les honoraires

Pour les médecins du secteur 1, les honoraires n'ont pas été réévalués depuis 2017 (sf 1,50 €).
Ils sont inchangés en francs constants et n'ont pas suivi l'augmentation de l'inflation.
Qui peut penser qu'une consultation à 26,50 € est un tarif décent ? Ou la consultation d'un psychiatre à 54,70 € ?
(par exemple, 108,50 TTC l'heure de main d'oeuvre dans un garage)

Les dépassements d'honoraires

La majorité des médecins exerce en secteur 1 ou secteur 2 OPTAM.
Le secteur 2 n'est pas un cadeau aux médecins, mais la reconnaissance d'une expertise et de titres hospitaliers ou hospitalo-universitaires validant un haut niveau de compétences. (sur le plan historique, le secteur 2 a été précédé par le DP).

Certains actes n'ont pas été réévalués depuis des dizaines d'années, et parfois ne couvrent même pas les consommables.
Dans ce contexte, le risque de déconventionnement est bien réel.

Le centre territorial de santé

Initié en 2018 dans le département, il consiste à prendre des médecins ailleurs, pour les mettre ici, en les salariant.
Un médecin du Centre de Santé, à temps plein voit, par jour, 3 fois moins de patients qu'un médecin libéral.
Le Centre de Santé est un gouffre financier: le reste à charge par consultation est de 30 €.
Le Département va injecter 5 millions d'euros supplémentaires en 2024.
Il ne respecte pas le code de déontologie et exaspère les médecins, du fait de leur communication publicitaire dans les médias.

Les médecins étrangers

Il n'y a pas assez de médecins en France, « nous allons en importer de l'étranger » a déclaré le Président Emmanuel Macron en début d'année.
Ce qui posent deux ordres de problèmes :
- la vérification des compétences,
- et sur le plan éthique, comment vont être soignés les ressortissants de pays comme le Maroc, dont les ressources ont été pillées (déficit de 47 000 médecins selon l'article du Monde).

L'éducation des patients

Tout n'est pas possible tout de suite.
Le recours aux services d'urgence ne se justifie pas pour des pathologies courantes.

L'hôpital public

Il est en grande difficulté :
- fermeture de lits (100.000 en 10 ans) et manque de lits d'aval, notamment pour les personnes âgées
- Situation aggravée par la fuite du personnel médical (f /: des postes non pourvus) para médical (infirmières, aide-soignantes, manipulateurs radios, etc. ).
ayant pour conséquence la fermeture de lits.

La Sécurité Sociale

En organisant la chasse aux médecins accusés de prescrire trop d'arrêts de travail, la Sécurité Sociale a découragé certains d'entre eux qui souhaitaient poursuivre leur exercice.

Dr G. MAUDUIT
Le 22.03.2024

 

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