mercredi 9 septembre 2026

Mâconnais

Condamné à deux reprises pour des violences conjugales sur la même personne dans un passé (très) récent, X.D., 39 ans, s'est retrouvé une nouvelle fois dans le box des accusés mardi après-midi pour répondre de ses actes au cours d'une comparution immédiate. Derrière cette affaire, la question de la récidive.

 

Trois affaires, une même victime 

Le prévenu est chétif et son regard est fuyant lorsqu’il apparaît dans la salle d’audience. Mais son apparente fragilité ne fait pas longtemps illusion. L’homme comparaît pour des violences commises sur son ex-compagne, ayant entraîné une incapacité totale de travail (ITT) supérieure à huit jours, et pour menaces de mort réitérées. Au lendemain de la mobilisation contre les violences faites aux femmes qui s’est tenue le 7 septembre devant tous les tribunaux de France, l’ambiance est pesante dans la salle d'audience de Mâcon. Car ce n’est pas la première fois, ni même la deuxième, que cet homme est convoqué pour violences conjugales. Mais bien la troisième. Et toujours contre la même personne.

2023 : première condamnation à une peine d’emprisonnement pour violences conjugales. Mai 2026 : nouvelle condamnation pour menaces de mort. X. D. est alors interdit d’entrer en contact avec son ex-compagne, par quelque moyen que ce soit. Pourtant, l’interdiction est rapidement enfreinte. Bientôt, il la rejoint à son domicile à Tournus. Le séjour, qui devait initialement durer deux jours, s’éternise. Sous l’emprise de l’alcool, le prévenu devient plus violent à mesure que le temps passe et frappe régulièrement contre la porte pour pénétrer dans l’appartement. « Il pleurait à la porte pour être gentil et qu’on lui ouvre, mais après, il aurait été méchant » témoigne son fils âgé de dix ans, entendu quelques jours plus tôt. Et effectivement, l’homme menace de tuer la mère de ses deux enfants. Les épisodes de violence se multiplient, jusqu’au jour où il tente de l’étrangler. Elle contacte peu après la police. Le 3 septembre 2026, X.D est arrêté.

La victime ne s’est pas constituée partie civile à l’audience, mais son dossier témoigne de la gravité des faits : un certificat médical faisant état de 30 jours d’ITT et des photographies de son cou. C’est son fils qui a rapporté la tentative d’étranglement au tribunal lors d’une précédente audience. L’enfant, dans sa chambre au moment des faits, aurait été mis dans la confidence par sa mère, qui l’aurait dissuadé d’en parler. 

À plusieurs reprises, le prévenu et son avocat ont insisté sur le rôle qu’auraient joué les « sentiments » dans cette affaire, opposant la lecture judiciaire des faits à celle d’une relation présentée comme passionnelle. Cette lecture interroge : ne s’agit-il pas plutôt d’une situation d’emprise et de violences psychologiques au sein du couples – prises en compte par le droit pénal depuis 2010 ? Une hypothèse que la présidente semble évoquer lorsqu’elle suppose que la victime n’aurait « pas osé dire non » aux sollicitations répétées de son ex-compagnon, sans pour autant la formuler clairement. Entre août et septembre, 1800 appels et messages ont été recensés entre la victime et le prévenu, malgré les mesures d’éloignement.

La victimisation comme défense ?

Invité à répondre de ses actes, le prévenu esquive. Sous l’emprise de l’alcool, il aurait oublié les faits. Son avocat et lui distinguent alors l’individu qu’il serait « réellement » et qui regrette les faits, de celui qui agit sous l’emprise de substances. Une rhétorique jugée déresponsabilisante par  le procureur qui l’a vivement critiquée. A la question de savoir pourquoi il n’a pas freiné sa consommation, il répond en pleurs qu’après l’arrêt de son traitement à la méthadone – un traitement de substitution à l’héroïne – , il aurait subi d’importantes douleurs de sevrage, qu’il aurait cherché à soulager avec l’alcool. Quand ce dernier tente de déplacer le problème sur la victime, en évoquant les addictions et la dépression de cette dernière, la présidente lui rétorque : « Mais vous, Monsieur, vous êtes sous méthadone et vous êtes alcoolique. Est-ce vraiment mieux ? »

La justice face à ses failles

Outre ses condamnations pour violences conjugales, l’homme multiplie depuis une vingtaine d’années les antécédents judiciaires : violences, conduite sans permis, tentative de vol, outrage sur représentant de l'autorité publique, port d’arme… Comme l’a rappelé le procureur, les condamnations précédentes n’ont pas empêché les délits de s’aggraver. Les mesures d’accompagnement se sont quant à elles révélées inefficaces, et les dispositifs spéciaux trop peu dissuasifs. En témoigne la décision prise en mai 2026 de l’assigner au port d’un bracelet anti-rapprochement, finalement jamais mise en œuvre. « Si elle avait été respectée, nous ne serions pas réunis ici aujourd’hui », a déclaré le procureur.

Cette situation fait ironiquement écho à ce que rappelait hier le collectif Femmes solidaires de Mâcon à l’occasion du rassemblement féministe organisé devant le tribunal. Les membres du collectif avaient mentionné le problème des bracelets anti-rapprochement, insuffisamment distribués, faute de moyens. Une situation qui, selon elles, pouvait favoriser les récidives et, dans les cas les plus graves, les féminicides.

Le procureur a également tenu à évoquer le cas des enfants. Il a rappelé au prévenu que les personnes violentes sont souvent elles-mêmes d’anciens enfants témoins de violences, et que ce cycle générationnel devait être rompu. Si le terme n’a pas été prononcé à l’audience, la question de la dimension systémique des violences apparaît pourtant en arrière-plan. Car parler de violences systémiques ne revient pas à nier la responsabilité individuelle de leurs auteurs : c’est aussi interroger les mécanismes institutionnels et sociaux qui permettent leur répétition. 

Cette affaire est loin d’être un cas isolé  : près d’un condamné pour violences au sein du couple sur 2 est en état de récidive (2024). Elle interroge donc globalement les moyens consacrés à la protection des victimes et à la prévention de la récidive. Lors de ses réquisitions, le procureur a demandé une peine plus sévère que les précédentes : retrait de l’autorité parentale et peine d’emprisonnement de 18 mois avec mandat de dépôt (incarcération immédiate). Après délibération, le tribunal a finalement prononcé la révocation des six mois de sursis probatoire décidés en mai 2026 ainsi qu’une peine de six mois d’emprisonnement ferme. X.D. conserve son autorité parentale. Une certaine clémence qui, espérons-le, ne sera pas préjudiciable à la victime. 

 

 

Iris Ardeois

 

 

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