Vincent et Arnaud Granger sont deux frères viticulteurs sur Verzé.  Si on entend de toutes parts que les vendanges sont bien maigres cette année, il n’en est pas de même chez les Granger qui disent faire un rendement assez favorable malgré les vicissitudes de 2021 entre COVID pour les humains et maladies diverses pour la viticulture. Rencontre.

« Pour nous, le Pinot a un rendement normal alors que le Chardonnay se voit diminué de moitié et que l’Aligoté devrait être comme d’habitude. Une année tout de même compliquée, la pluie n’a pas arrangé les choses, nous avons eu toutefois la chance de ne pas être affectés par la grêle », nous confie Vincent.

« On travaille sur le domaine tous les deux avec chacun nos surfaces, 7 hectares pour Arnaud, 14 pour moi. Nous partageons le travail à deux ainsi que le matériel comme l’enjambeur acheté en commun. Pour moi, c’est la huitième année et ma cinquième récolte après avoir exercé le métier de charpentier. Travaillant sur Clessé et puis un jour 4 hectares de vigne se sont trouvés à reprendre à Verzé » continue-t-il.

Ainsi, un départ dans la viticulture peu habituel où souvent le flambeau est transmis de père en fils, ou reste au moins dans le cercle familiale.

 

« La vigne, c’est une liberté »

Arnaud lui était cariste, il allait aider son frère tous les week-ends et qui petit à petit s’est aussi retrouvé à devenir viticulteur par passion. Suite au départ en retraite d’un ancien il aura repris six hectares de vigne puis un autre hectare qui se présentait.

Certes l’arrière-grand-père des deux frères avait un bout de vigne à Clessé dans le temps… Pourtant dans la famille rien ne laissait alors prévoir qu’un jour deux frangins allaient entreprendre une reconversion dans le vignoble.  Grand-père chauffeur routier, oncles et tantes dans tout autre profession.

« La vigne, c’est une liberté, c’est être dehors, travailler seul lorsqu’on en a envie » une réflexion commune à Arnaud et Vincent.

Au démarrage cela a été toutefois très dur, une première année qui s’annoncera mal et une obligation de travailler ailleurs afin d’être sûr de pouvoir assurer tous ses engagements financiers.

 

« Il faut se défoncer pour passer des caps difficiles »

« Petit à petit nous y sommes arrivés sans s’enflammer, en restant les deux pieds sur terre. A l’heure actuelle, pour les jeunes, il y a plein de solutions pour se lancer, que ce soit au niveau des banques ou des aides diverses. La cave de Prissé nous a beaucoup aidé en nous assurant une trésorerie de départ qui donne le coup de fouet nécessaire dès le début », tient à dire Vincent.

L’extraordinaire est qu’on ne sent aucune plainte de la part des deux frères, ils vont de l’avant et on sent chez eux une détermination sans faille, détermination à se projeter vers l’avenir malgré les aléas passagers. « Se plaindre ? Ben non … Il faut se défoncer pour passer des caps difficiles comme la maladie de la vigne, on y arrive avec de la volonté ! »

Petite revoule sera cette année, mais le cœur semble y être ! Ainsi après l'effort, le réconfort !  La revoule marque alors la fin des vendanges dans les vignobles. L'occasion pour les vignerons et les vendangeurs de se retrouver autour d'un bon repas, dans une ambiance festive et conviviale.

Mais l’enjambeur, la machine à vendanger, a pris le relais des bras cette année, manque de main d’œuvre et difficultés de ramassage feront des repas la plupart du temps partagés sur le pouce au milieu des vignes.

La revoule passera donc un peu dans l’oubli, une tendance actuelle qui risque de s’étendre dans les années à venir.

 

Et ailleurs, sur le regroupement des Terres Secrètes ?

Des Vignerons des Terres Secrètes, une grande partie aura donc été plus touchée depuis la cruauté de l’année passée, entre pluie, gèle, grêle, chaleur et de nouveau pluie intense… Il faut là ajouter les maladies, oïdium, mildiou qui ont fait beaucoup de dégâts, sans oublier l’esca, la plus vieille maladie connue de la vigne et qui détruit les parcelles depuis des années dans la région. Et puis la flavescence dorée et la maladie du bois noir ces affections des vignobles qui doivent être surveillées, contrôlées assidument tous les ans. La liste des risques est longue s’ajoutant alors aux inquiétudes provoquées par le changement climatique annoncé et dont on voit déjà les résultats.

Ainsi, 2021 avec un rendement de 10 à 30 % suivant les lieux comparé aux années normales !

Le chardonnay, cépage qui représente à lui seul la majorité de l’encépagement en Bourgogne, a été particulièrement affecté avec, pour certaines parcelles, une perte allant jusqu’au trois quarts.

Les vignerons peuvent faire alors grise mine, deux années particulièrement difficiles, 2019 et 2021, une année « équilibrée » en 2020, elles se suivent donc, mais ne se ressemblent donc pas, affectant une vision sereine sur l’avenir, remettant en cause les trésoreries et les investissements possibles ou espérés.

Voir des tous petits récoltants arriver à la cave coopérative de Prissé, pour l’un avec une remorque chargée de 90 kilos de raisin alors que le rendement normal est estimé à 1 tonne, pour un autre arrivé avec 50 kilos pour 600 les autres années, cela ne prête vraiment pas à avoir une expression rayonnante, non !

Il faut espérer que les dispositifs de soutien aux viticulteurs mis en place cette année soient suffisants pour passer toutes les difficultés qui ne concernent pas que la viticulture mais touchent aussi l’arboriculture et le maraichage.

MsP

 

Photos ©Michel Pelletier