Sandrine Martinet, judokate, vice-championne des jeux paralympiques de Tokyo dans la catégorie moins de 48 kilos a accordé une interview à Mâcon-Infos samedi matin, juste avant la cérémonie organisée en son honneur aux Régates mâconnaises.

Elle est revenue sur ses impressions des jeux de Tokyo et a évoqué ses projets futurs :

«  Les jeux étaient particuliers pour moi en tant que porte-drapeau de la délégation française. C'était un immense honneur, une fierté et un beau cadeau d'avoir ce rôle. Nous avons réussi nos jeux en ramenant 54 médailles. L'ambiance était super ! Il y avait une cohésion assez fantastique dans cette équipe.

Personnellement, je reste très déçue de ma performance. L'arbitrage fait partie du sport mais parfois il n'est pas en nôtre faveur. Pour moi et pour l'ensemble de l'équipe de judo, on sait que j'étais au dessus et que je méritais de gagner sur cette finale. L'arbitrage n'a pas été clairement en ma faveur. C'est comme ça. Il faut l'accepter. Pour résumer, je mets le waza-ari 45 secondes avant la fin du combat, l'arbitre central continue le combat et on m'accorde les points à cinq secondes de la fin. En fait, cela change complètement la donne du combat. Au lieu de me donner le point au moment de l'impact, je cours après le score, je m'épuise alors qu'en fait à la base, j'ai déjà marqué. J'ai donc eu un manque de lucidité et rien que cela fausse complètement le combat. Ensuite, il y a eu d'autres erreurs d'arbitrage.

L'or était mon objectif. Je voulais récompenser à travers cette médaille d'or toute l'équipe qui est très large, des gens qui m'ont permis d'être là où je suis aujourd'hui. Et en dehors du tatami, ce sont tous les gens qui m'ont aidé financièrement, humainement, toutes les personnes qui ont gardé mes enfants, m'ont emmené au train, m'encouragent au quotidien et à travers les réseaux. Je ne me suis pas mise de pression avec cela dans le combat, par contre, je voulais leur faire ce cadeau. Bien sûr, mon parcours est une immense fierté mais il me restera toujours cette frustration et cette injustice. Je ne suis pas la seule athlète à qui cela est arrivé. On sait que ça fait partie du sport malgré tout.

Les projets ? J'en ai plein. J'ai eu une préparation très compliquée avec des blessures. Je ne voulais plus entendre parler de 2024. Maintenant, je laisse la porte ouverte bien que cela reste soumis à pas mal de conditions. Il va falloir que je puisse construire un projet réaliste qui va demander des moyens humains et financiers pour m'organiser, me libérer de mon travail au moment opportun, continuer de m'entraîner tout en travaillant pendant ces trois ans à venir. Je vais donc encore avoir besoin d'aide.

Parallèlement à cela, je vais profiter de la médiatisation qui m'est donnée pour construire des projets de développement, de sensibilisation, de détection avec la fédération de judo sur le département avec l'objectif que ce parcours puisse profiter à un maximum de gens. Avec le sport, j'ai développé des compétences professionnelles que je ne croyais même pas avoir.

Je souhaite changer le regard des autres sur le handicap et améliorer l'accès au judo et au sport en général des personnes en situation de handicap. Tout le monde ne sera pas champion olympique. Mais que la pratique du sport soit accessible au plus grand nombre et que chacun puisse bénéficier de toutes les belles valeurs qu'il peut amener, voilà l'essentiel.

C'est incroyable de voir tout ce que le sport a apporté à cette belle équipe de France paralympique ! »

M.A.