La croissance permettra de rembourser. Et oui, la foi en la croissance retrouvée est de rigueur à quelques mois de la présidentielle ! Point de croissance, point de salut. Retour sur la visite du ministre délégué aux PME en préfecture de Mâcon.

 

Si l'Etat a sauvé l'économie française et préservé des millions d'emploi en abondant les entreprises de financements et d'aides de toutes sortes, la dette a évidemment largement augmenté. Pas grave si l'on s'en tient à l'optimisme du ministre. Certes, le principe du « quoi qu'il en coûte » est terminé, il faut maintenant penser à rembourser... mais pas de panique, la croissance sera au rendez-vous et l'Etat a le temps et la capacité de gérer a dit le ministre en substance. « Oui, on gère le pays comme une entreprise, et ça va marcher. »

Pas question ce matin de plomber le moral des entreprises qui se portent plus bien aujourd'hui, à quelques exceptions près, notamment certains commerçants, « dossier » sur lequel nous reviendrons.

 

Le ministre délégué au PME l'a donc confirmé devant les acteurs économiques de Saône-et-Loire (MEDEF, CPME, CAPEB, CCI, CMA, Mâcon Tendance, UMIH) et les parlementaires et élus présents autour de la table en préfecture : « Même si la dette a bondi de 80 milliards avec la crise covid, nous n'augmenterons pas les impôts des entreprises, nous allons au contraire continuer la baisse de la fiscalité des entreprises entamée en 2017. L'Etat a le temps et aura la capacité de rembourser, sur 30 à 40 ans, grâce à la croissance forte qui s'annonce. »

Ajoutez à cela un plan d'investissement en préparation pour la réindustrialisation de la France notamment, et tout devrait bien se passer. Y a plus qu'à y croire... et espérer que le ciel ne nous tombe pas à nouveau sur la tête dans les trente ans qui viennent. 

 

Des mondes qui s'éloignent

et 19 milliards d'€ de retard de paiements

 

Pour autant, si les chiffres d'affaires sont bons, Philippe Rouballay, en charge de l'industrie à la CPME 71, a souligné l'importance de la gestion et de la relation humaine dans les entreprises. « La relation Etat-Entreprises est bonne, mais beaucoup de PME ont à faire face à des grands groupes puissants qui ne sont pas faits comme nos PME. Avec ces groupes, la communication se dégrade, ce qui engendre des décalages. Pour les livraisons par exemple, quand il y a un souci, nous avons à faire à des boites vocales. On a personne en face. Les standards automatiques sont néfastes et accroissent la défiance entre nos deux mondes, celui des grands groupes et les PME. Le problème se pose aussi avec certaines administrations. 

Autre difficulté à surmonter, le télétravail. Certains en abusent et cela génère des décalages et des conflits de personnes. Tout cela produit des mondes qui s'éloignent. »

 

Réaction du ministre : « Nous ne sommes pas dans une économie administrée et nous ne souhaitons pas en arriver-là. On ne pourra pas empêcher les grands groupes de mettre des boites vocales. Ceci dit, je suis sensible à ce que vous dites. Je travaille en ce moment, dans la relation inter-entreprises, sur les impayés. Sachez qu'il y a 19 milliards d'euros de non-payés aux entreprises en France au delà du délai légal, avec souvent plus de 11 jours de retard. Je serai amené à prendre des décisions prochainement pour tenter de résoudre le problème. »

« Je vous rappelle aussi, a-t-il ajouté, que vous pouvez faire appel aux médiateurs des entreprises en cas de difficultés. »

Et d'annoncer un plan pour les Indépendants : « Il est en préparation. Le but est de simplifier. Je sais bien que vous êtes sur vos gardes quand on évoque la simplification, mais c'est pourtant bien ce que nous allons faire, améliorer l'environnement économique pour vous faciliter la tâche. »

 

La montée du numérique

 

« Sachez aussi que les comportements ont changé avec la crise covid. Regarder par exemple les visio-conférences. Avant la crise, il y avait 22 TGV par jour entre Lille et Paris pour permettre aux cadres de se rendre à des réunions. C'est fini ça aujourd'hui avec les visio. Et cela a des conséquences sur d'autres secteurs comme la restauration. C'est ainsi, il va falloir s'adapter. La relation des Français avec l'entreprise change. Le numérique prend une ampleur inédite.

Dans cet esprit, un des outils qui sera proposé d'ici la fin de l'année sera un portail internet unique pour les entreprises, pour toutes les démarches administratives. »

 

L'état du PGE

 

Depuis mars 2020, le PGE représente 80 milliards de dettes supplémentaires et 160 milliards d'euros de prêts.

« Nous sommes prêts à redécaler le début du remboursement » s'est engagé le ministre, « et étaler encore plus la durée de remboursement. On préfère donner du temps plutôt que d'avoir des faillites. Mais sachez que 50% des PGE n'ont pas encore été utilisés. »

 

Rodolphe Bretin