Basket_ESPMvsJOEUF_10102020_JR_0045.jpg

Le 10 octobre dernier, Prissé remportait son match face à Jœuf, la quatrième victoire de la saison (notre photo d’accueil), la dernière aussi. Depuis, le championnat est à l’arrêt. Et vendredi, la FFBB a confirmé une décision aussi attendue que frustrante : l’arrêt définitif des compétitions amateurs. Entretien avec Jean-Philippe Lachaize, le président des Tangos.

 

Vous vous étiez préparé à cette décision ?

On a eu un petit espoir fin janvier, mais, suite aux derniers événements, la perspective de disputer 50 % des matchs, qui était l’objectif pour que la saison soit viable, a vite été douchée. Après on n’a pas attendu cette décision pour travailler et avancer sur la préparation d’une nouvelle saison. Autant sur la partie sportive que sur la partie projet et viabilité du club sur laquelle on s’active pour proposer rapidement quelque chose à nos partenaires, qu’il ne se sentent pas lésés parce que c’est la deuxième saison comme ça…

Justement vous parlez de viabilité, comment le club vit financièrement cette deuxième saison blanche ?

On est dans une situation qui nous permet de ne pas se poser de question sur la pérennité du club ou du redémarrage de la prochaine saison. Pour l’instant, les partenaires ne nous ont jamais laissé tomber. On se réjouit aussi tous les jours du choix fait au printemps 2020 de diminuer fortement la masse salariale. Si on ne l’avait pas baissée, on serait aujourd’hui dans une situation difficile.

Vous avez en effet souhaité que chaque joueur ait avoir un travail à côté…

Effectivement, mais ce n’est pas nouveau puisque la moitié de nos joueurs avaient déjà un double projet professionnel et basket. En revanche, ce n’était pas systématique alors qu’aujourd’hui, c’est la règle et ça le sera encore l’an prochain. On l’a déjà annoncé aux joueurs actuels, ainsi qu’à ceux qui nous contacté pour nous rejoindre. Cette N2 est particulière, à cheval entre le monde pro et le monde amateur. Peut-être que notre crédo est de proposer à des joueurs, même en pleine force de l’âge au niveau basket, une formation d’un ou deux ans à côté pour assurer leurs arrières. Et puis on va aussi travailler plus sur la passerelle avec les jeunes…

Quel est ce projet exactement ?

On va vraiment essayer d’asseoir le lien entre le club jeune et la N 2. Actuellement, nos U17 région gagnent à peu près tout, mais la marche est trop haute pour la N2. Il faut faire en sorte de leur proposer quelque chose pour continuer à jouer à un certain niveau tout en continuant à s’aguerrir avant de passer en N2. Une équipe de N3 avec que des jeunes par exemple pourrait être un projet viable et intéressant.

Qu’est-ce qui est le plus dur en ce moment ?

Un peu tout, d’abord parce qu’on se sent un peu impuissant vis à vis des partenaires. On n’a pas forcément de visibilité et on ne peut pas se réunir pour garder le lien. C’est une première frustration, même si on va essayer, en mai ou juin, d’organiser un rendez-vous sportif en intérieur ou en extérieur, en 5x5 ou en 3x3 comme le suggère la fédé. On aimerait par ce biais réunir tout le monde, récréer un lien, retrouver le plaisir de se voir et de jouer.

À côté de cela, il y a aussi bien évidemment le manque d’adrénaline de la compétition. Quand je vois le samedi sur mon téléphone le rappel du match qui devait se jouer dans la soirée, c’est difficile ! Après, on reste optimiste en se disant que ça va repartir et qu’on va revivre des moments intenses, parce que sans cette intensité, autant dans la victoire que dans la défaite, c’est fade.

Comment les joueurs vivent cette situation ?

Ils s’entrainent tous deux fois par semaine, ils n’ont quasiment pas eu d’interruption. Ils ont toujours du plaisir à être ensemble même si c’est toujours délicat de ne pas pouvoir jouer. On commence aussi à préparer la saison prochaine, avec le coach, on les a donc rencontrés la semaine dernière. Nos intentions sont assez claires : continuer avec ce groupe qui était bien parti. On a envie de voir ce que ça peut donner avec les mêmes joueurs. Je ne pense donc pas qu’il y aura de gros changements.

De leur côté, les joueurs sont bien ici et ont envie d’aller au bout d’une saison complète parce qu’ils sont bien ensemble, tout simplement. Et quand des joueurs sont bien ensemble, ils peuvent faire des très belles choses. On peut avoir une accumulation d’individualités, qui seront peut-être plus fortes, mais qui n’auront pas forcément envie de jouer les unes pour les autres. En début de saison, sur les quelques matchs qu’on a joués, on a vu qu’on pouvait compter sur tout le monde. Voir le banc mettre autant de points que le cinq majeur, c’était une force très intéressante surtout avec un 3-4 scoreurs réguliers et un facteur X différent sur chaque match qui apportait 15-20 points.

Propos recueillis par Delphine Cresson

Photo d'accueil : Jordan Ravinet