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Ça fait beaucoup, et cela a justifié une comparution immédiate à E.R., Mâconnais de 26 ans, récidiviste, qui conduisait sans avoir le permis de conduire, et plus encore...

 

Il n'était pas encore 18h mardi quand les policiers de la bac décident de contrôler une Laguna dont le conducteur ne respecte pas le code de la route. Pas de clignotant, priorités non respectées.

Le conducteur s'arrête alors comme pour se soumettre au contrôle signifié par les policiers, mais redémarre aussitôt, en trombe. Refus d'obtempérer !

Une course poursuite s'engage dans la ville, sur 5 km. La Laguna file à vive allure, passe rue St-Exupéry, à proximité du collège. Certes, les élèves sont déjà sortis, mais quelques uns sont encore dans la rue, rentrant chez eux.

Un automobiliste se voit obligé de faire un écart, surpris par le passage du véhicule à grande vitesse. E.R. coupe les virages, les 4 roues sont décrites, à un moment, comme décollées de la chaussée... Après 5 km, il s'arrête. Deux hommes sortent de la voiture et sont interpellés. E.R. n'oppose aucune résistance. Quand bien même, pas de permis de conduire et test salivaire positif aux stup (cannabis) !

Placé en garde à vue, il est ensuite écroué. Il comparaissait devant le tribunal ce vendredi après-midi.

L'explication, c'est qu'il venait de perdre sa grand-mère. Événement traumatique qui l'a conduit à perdre aussi son sang froid. « J'ai eu peur, j'étais pas bien, je voulais rejoindre ma famille avant qu'elle ne reparte en Turquie après la cérémonie. Ça fait deux ans que je me tenais à carreau, je roulais à trotinette... »

Le juge précise alors que le casier judiciaire compte déjà cinq mentions. « 5 mentions à presque 27 ans ! Toutes pour du délit routier ! Ça montre bien que vous ne comprenez rien ! Vous avez mis en danger la vie des autres. Moi je ne comprends pas ! » lance-t-il avec force et fermeté, comme pour provoquer une prise de conscience, un réveil du prévenu. « Je m'excuse » lâche celui-ci, penaud.

À sa décharge, le juge note qu'il se tient à ses obligations auprès du service d'insertion et de probation (il est encore sous le coup d'un sursis mise à l'épreuve suite à une condamnation en 2019).

Le décès de sa grand-mère l'aura donc fait basculer en quelques secondes, à la vue de la police, du côté obscur. Pour ce geste, le parquet requiert 12 mois de prison dont 6 avec sursis. La substitute du procureur demande également le maintien en détention.

Le passager, un ami, a été entendu par la police. « E.R. était stressé, paniqué, il pleurait » décrit-il.

Son avocat, maître Rollet, pointe l'incohérence de la descritpion de la voiture qui décolle : « C'est physiquement impossible. » Il souligne également le fait que l'interpellation s'est bien passée. « L'élément traumatique a pesé dans cet acte malheureux. Pour autant, il a reconnu les faits. Je crois qu'il ne faut pas casser la dynamique de l'insertion. Son employeur a besoin de lui, il l'a fait savoir. » En effet, E.R. a du travail et s'est engagé, devant le juge, à passer le permis de conduire.

Verdict : Il se voit condamner à 12 mois de prison dont 6 assortis d'un sursis probatoire d'une durée de 2 ans. Le juge prononce le maintien en détention mais pour une semaine seulement. E.R. bénéficiera ensuite d'un aménagement de peine, autrement dit, un bracelet électronique. Le juge révoque les 4 mois restant de sursis mise à l'épreuve.

Il a l'obligation de repasser son permis de conduire, obligation de soins, de travail et de payer les sommes dues au Trésor public.

Rodolphe Bretin

 

Photo © Laurent LAGNEAU / France 3 Haute-Normandie