mouth-guard-4929133_1920.jpg

Marie est infirmière libérale à Mâcon. Elle exerce depuis 17 ans. Malgré un quotidien bien occupé et souvent mouvementé, dédié au service à la personne et aux soins, elle a accepté de prendre de longues minutes pour livrer à macon-infos quelques réflexions. Entretien.

 

Lors de cette crise sanitaire, le visage de l’infirmière a souvent été mis au centre des événements et du récit médiatique... Pour alerter et protester (question du manque de moyens), pour être applaudie ou arrêtée (cas d’une infirmière placée en garde à vue après une manifestation). Pour être honorée aussi, comme la jeune Marie-Corentine Janvier citée dans les vœux présidentiels... macon-infos a donc souhaité aller à la rencontre d'une de ces infirmières, dévouée comme toutes les autres.

 

Marie, le rôle social de l’infirmière a-t-il changé ? Le regard de vos patients est-il différent ?

Oui... La reconnaissance nous va droit au cœur. Si le monde médical est considéré, on néglige souvent, y compris sur le plan des revenus, le monde paramédical : infirmières, aides-soignantes ou ASH... La qualité de notre travail et de nos soins dépend de l’implication d’une équipe pluridisciplinaire ! La crise a mis en lumière ces milieux dont l’action, parfois ignorée, est cruciale. Cela dit, des choses m’ont dérangée : ces images d'infirmière en colère, insultant parfois même la population pour appeler à respecter le confinement et les gestes barrières. J'entends l'épuisement... mais est-il nécessaire d'en arriver là ? Faire face aux situations d’urgence est un aspect du métier que nous avons choisi : par exemple, pendant mes études, je me rappelle avoir participé à un exercice plan blanc pour l’évacuation d’un hôpital psychiatrique.

Infirmière libérale, j’ai conscience de la situation des consœurs qui, à l’hôpital, sont plus exposées. Je ne parlerais cependant pas de sacerdoce : nous sommes là pour les autres, nous sommes là pour soigner. Tous les discours sur l’héroïsme me paraissent presque déplacés. Nous faisons simplement notre devoir, notre métier.

 

Alors que des voix s’élèvent contre les mesures sanitaires, quel constat faites-vous en tant que professionnelle de la santé ?

Dans toute décision politique, il y a une part qui nous échappe ! Si l’on en croit les chiffres officiels, le premier confinement a eu des effets bénéfiques : malgré la deuxième vague, il y a moins de victimes qu’au printemps dernier. L’évolution de la prise en charge thérapeutique y est aussi pour beaucoup. À propos du couvre-feu, on est en droit de se poser des questions : que les gens se dépêchent pour s’amasser au même endroit au même moment, cela pourrait avoir des effets contre-productifs !

 

C'est-à-dire ? Comme causer des risques sociaux qui annulent ses bénéfices éventuels ?

Il y a certes un impact sur les réunions amicales et familiales visées en tant que vecteurs de contagion... mais il y a aussi des conséquences sociales, notamment pour ceux qui se retrouvent dans l’isolement. Sachons raison garder : le temps seul nous permettra de juger. Selon moi, chacun devrait pouvoir apporter connaissances et idées indépendamment des groupes ou partis politiques... Il y a un manque d'écoute ou de considération que je déplore... J’imagine qu'aucun homme ne peut prétendre avoir la solution à lui tout seul... Armons-nous donc de la richesse du « composer ensemble » !

Un homme comme le Professeur Toussaint doit pouvoir s’exprimer, mais a-t-il vraiment la bonne analyse et surtout les bonnes solutions ? Dans certains pays, les gens évitent le confinement car ils sont plus disciplinés que nous... Le documentaire Hold-up fait intervenir quelques acteurs médicaux intéressants, mais l’un d’eux (l’ancien ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy) a dû le désavouer, estimant avoir été manipulé... Pour ne pas sombrer dans le « complotisme », il faut faire preuve de discernement !

Le masque paraît très symbolique (muselière ?)... On peut ressentir l’impression d’être empêché de parler ou de respirer ! Il y a d’ailleurs une polémique sur les entraves à l’apprentissage du langage dans les crèches (où les adultes parlent masqués) et les écoles... Au début, j’étais très réticente et triste de ne plus pouvoir embrasser mes enfants... mais percevons-nous bien tous les paramètres ? Encore une fois, nous n’avons pas le recul suffisant. Pour le moment, il s’agit de briser les chaînes de contagion, de contrôler autant que possible ! Voilà la justification du masque et des mesures barrières : distance et gel pour laver les mains... Je peux vous dire qu’au moins, grâce aux pratiques hygiéniques, petits virus, rhumes et gastro-entérites ont diminué !

 

Quel est votre avis sur la situation actuelle et la vaccination, qui fait aussi polémique ? 

J'ai vu l'hôpital de Mâcon surchargé et saturé quand la situation était critique... pour la première fois de ma carrière ! Quant au virus, je ne l’ai vécu que de manière très légère... Contrairement à mon amie (et partenaire) infirmière ! Je ne suis donc pas très bien placée pour en parler. Pour en revenir au vaccin, j’entends les différents points de vue : la décision est personnelle. Heureusement, le vaccin n’est pas obligatoire actuellement ! Il y a trop de peur.

Il y a la peur de ceux dont la vie est empoisonnée par ce virus qui menace les plus fragiles (problèmes cardio-vasculaires, immunitaires...) : si le vaccin les aide à revivre, c’est très bien ! Bonne nouvelle ! Toutefois, d’après les études récentes, il a un effet sur l’immunité qui n’empêche pas la contagion... et ne met donc pas fin aux gestes barrières.

Il y a aussi la peur de ceux qui redoutent les effets secondaires : je ne les juge pas, je les comprends. Ce type de vaccin est une nouveauté, nous en saurons plus avec l’expérience. Il n’est pas indifférent de constater que des sociétés rétives au confinement comme la Suède pensent atteindre un taux de vaccination important. Ce qui remet en cause des idées reçues !

Sur un plan plus global, une autre orientation aurait-elle pu être donnée à la prévention ? Peut-être a-t-on négligé la sensibilisation aux différents moyens de renforcer son immunité : exercice en plein air, culture des plaisirs, alimentation saine, diète, jeûne, prise de vitamines et autres compléments alimentaires... Mais qui parle en moi en ce moment ? L’infirmière, la femme, la maman ? Ne détenant pas la vérité, je n’ai pas de réponse définitive.

Propos recueillis par Antoine Collinet

 

Photo d'accueil : photo d'illustration