Le compositeur pour l'image Cédric Baravaglio, invité du Festival Fantasy en Beaujolais, était de passage au conservatoire Edgar Varèse ce vendredi pour rencontrer des élèves de classes Cham avant sa conférence publique en soirée intitulée « Dans les coulisses des blockbusters ».

 

Le festival nous avait programmé une interview avec Cédric, arrivé de Lausanne le matin même.

 

Du cor d’harmonie aux musiques des grandes images, un parcours de création et de renaissance

Compositeur suisse espagnol originaire de Genève, Cédric Baravaglio également connu sous le nom de Cirkle, écrit pour les univers du jeu vidéo et des bandes-annonces de cinéma et de séries.

Il est revenu sur son parcours singulier.

Cédric s'est tourné très jeune vers la musique à Genève où il apprend le solfège pendant 6 ans, la flûte piccolo, le cor d'harmonie et les percussions. À sept ans, il choisit le cor aux Cadets de Genève ; adolescent, il joue dans des groupes de hard rock et de metal.

Il nous décrit une enfance heureuse à la campagne mais un parcours scolaire très difficile. Vers 16 ans à la suite d'un raté de l'apprentissage, il déçoit ses parents et décide de quitter la maison.

« J'avais besoin de faire mes preuves tout seul, j'ai fait plein de petits boulots et avant 18 ans, je suis revenu leur dire que je partais à l'armée dans le corps des grenadiers », nous confie-t-il.

Un an et demi après l'armée, il part en Chine. À son retour, il se retrouve sans appartement pour des raisons indépendantes de sa volonté.

Vers 24 ans, passionné de jeux vidéo depuis son adolescence, il décide de s'associer pour ouvrir un cybercafé et anime un podcast lié à World of Warcraft, pour lequel il compose des musiques qu’il partage sur SoundCloud. Il raconte ensuite une période de rupture : la fermeture de son activité due à un partenariat infructueux, la perte de son logement et environ neuf mois passés à vivre dans sa voiture à partir d’octobre 2011. Il explique avoir continué à créer de la musique avec son ordinateur portable durant cette période. Après avoir été accueilli par ses parents, il travaille notamment dans les soins, poursuit la composition, puis reçoit ses premières commandes dans le jeu vidéo. Ses créations partagées en ligne lui ouvrent progressivement d’autres portes.

C'est à 33 ans, qu'il décide de se consacrer totalement à la musique.

Et depuis 10 ans, le très sympathique et talentueux compositeur fait la fierté de ses parents. Sa musique combine les couleurs orchestrales, l’électronique et des influences rock ou metal. En 2015, avec son associé Jean-Gabriel Raynaud, il fonde Unique Horns Studios, spécialisé dans la musique pour l’image.

En 2019, un entretien est publié par Mintinbox sur son travail autour de la bande-annonce de Star Wars : The Rise of Skywalker.

Le studio crédite des travaux pour les trailers et les jeux sur des bandes-annonces associées notamment à Star Wars, Spider-Man, Hogwarts Legacy et sur des jeux comme Lords of Mayhem, League of Legends ou Diablo IV et Hogwarts Legacy. Il a travaillé pour les grands studios de jeux vidéos Riot Games, Blizard, Disney.

En 2026, Cédric Baravaglio est crédité pour Waves, musique originale utilisée dans la campagne de bande-annonce finale de The Odyssey, film de Christopher Nolan (crédit du studio de musique Verdaunt).

Le 29 juin 2026, un reportage sonore de Vertigo (RTS Première) a été consacré à sa pratique, ses inspirations et son goût pour l’héroic fantasy.

 

Un passionné et travailleur acharné

Cédric a expliqué aussi son métier de compositeur pour l'image.

Il faut répondre à des appels d'offre. C'est un concours où il faut gagner contre des centaines d'autres compositeurs eux aussi sur les rangs.

Une fois sélectionné, il reçoit un briefing avec des consignes plus ou moins précises pour composer une bande annonce de film d'une durée moyenne de 2 minutes 30. le travail est souvent à faire pour le jour même ou au plus tard le lendemain.

Il déconstruit un orchestre, instrument par instrument. Il écrit tout, note par note, harmonise, la progression, la puissance. Il mixe et mastérise, place tout sur un séquencium et exporte son morceau piste par piste. Il faut plusieurs versions et le tout peut prendre des semaines.

C'est dire toute le difficulté à partir de la musique, du son et du rythme de construire l'émotion à l'écran.

Quant aux jeux vidéo, il exporte le fichier midi après avoir reconstitué la partition avec les variations en voix d'orchestre et parfois il enregistre instrument par instrument.

Et Cédric de conclure sur ces mots : « Mon rêve maintenant est de travailler directement pour des films ; je veux continuer de faire ce que j'aime avec les gens que j'aime et je souhaite dans ce métier qu'il y ait moins de plafond de verre. »

Le parcours de cet artiste empreint d'humilité, de sagesse et d'une profonde humanité, rejoint de façon remarquable le thème 2026 du Festival Fantasy en Beaujolais, « … et puis renaître » : non pas une réussite miraculeuse ou linéaire, mais un chemin où la pratique artistique a accompagné la reconstruction.

Cédric a d'ailleurs participé ce samedi 10 octobre à une rencontre matinale avec les élèves de l'école de musique au Festival qui s'est déroulé du 9 au 11 octobre à St Didier-sur-Chalaronne.

 

Maryse Amélineau