La réponse de la Confédération paysanne 71 à l'Etat à propos du plan CASI...

 

Communiqué

La ministre de l’Agriculture a annoncé son plan CASI (Climat, adaptation, sécheresse, incendies) pour "soutenir" l’agriculture. Même si le montant global d’1,2 milliard d’euros peut paraître élevé, il est en réalité très faible face à l’ampleur exceptionnelle de la crise que subit le monde agricole. Chaque année, le soutien du ministère de l’agriculture s'élève à 1,2 milliard d'euros pour la méthanisation et à 1,3 milliard d’euros pour la mécanisation individuelle. De l’argent il y en a ! Ce n’est pas par contrainte budgétaire que le gouvernement abandonne les paysan·nes mais par choix politique.

L’essentiel du plan d’aide repose sur l’Indemnisation de solidarité nationale (ISN) dont la somme va juste permettre d’abonder son fonctionnement habituel hors crise. Et pour les 82% de fermes non assurées, l’ISN ne se déclenche qu’à partir de 50% de pertes, avec une indemnisation dérisoire de 28%.

La seule mesure nouvelle est un « fonds de réarmement agricole » (235 M€) piloté par les préfets. Pour le département de Saône et Loire cela ne représente que 2,07 millions d’euros qui seront répartis selon trois priorités :

- 14 fermes identifiées en grande difficulté économique conjoncturelle.

- 150 maraîchers et maraîchères du département. C’est une victoire de la Confédération paysanne qui demande depuis très longtemps que soit aidé une production non subventionnée et non assurée alors qu’elle joue un rôle capital d’autosuffisance alimentaire.

- les jeunes installés entre 2021 et 2025 ayant suivi un parcours d’installation et touché une dotation à l’installation soit environ 1/3 des installations du département. Cela laisse sur le carreau 2/3 des jeunes qui se sont installés sans aucune aide publique. On aide donc les personnes qui ont déjà été aidées… Les campagnes se vident, rares sont celles et ceux qui souhaitent devenir paysans et voilà comment les installations sont soutenues dans le département !

En Saône et Loire comme ailleurs, la sécheresse et les fortes chaleurs ont généré une surcharge, des conditions de travail difficiles et ont aussi largement pénalisé les paysan-nes dans toutes les productions : les éleveurs annoncent de fortes mortalités d’animaux et des avortements en nombre ainsi qu’une baisse de production, le foin de l’hiver à venir étant largement entamé; les vignerons accusent de faibles rendements qui s’ajoutent à la crise commerciale actuelle; les apiculteurs perdent des essaims quand des insecticides sont réintroduits par des prétendues lois d’urgence agricole; les céréaliers ont vu leur blés échaudés, leur récolte amaigrie et n’ont encore pu travailler les terres depuis la moisson ; certains maraichers épuisés ont dû réduire leur surface pour sauver une part de la production et n’ont pu épargner leurs légumes des températures extrêmes, la question de l’eau devenant critique. Pour ne citer que ces productions.

L’inquiétude mêlée au ras-le-bol se cumule à la colère : dans le même temps où les agriculteurs et agricultrices assument les conséquences de politiques passées face au réchauffement climatique, les décisions actuelles, européennes, nationales ou même locales, creusent le trou plus profond. Les trésoreries s’épuisent et pour beaucoup d’agriculteurs, le moral est au plus bas. De nombreuses fermes sont en péril, certaines n’étant plus certaines de passer 2026 « Il ne faudrait pas une année de plus de la sorte ». Certains, installés depuis peu ne passeront pas le cap.

Par ailleurs, tous les coûts de production ont augmenté avec l'inflation, de nouvelles contraintes administratives s’ajoutent aux emplois du temps surchargés. Combien de temps reste-t’il chaque jour pour ouvrir le champ des possibles ? pour s'adapter ? L’agriculture paysanne, pourtant nourricière, est fragilisée à l’extrême. La Confédération paysanne réitère son appel à sauver TOUTES les fermes « quoi qu’il en coûte ». Nous avions demandé une aide directe de 5000€ par paysan·ne impacté·e par la crise, versée sous forme de subvention.

Ce n’est pas aux producteur·rices de payer la facture d’un désordre sociétal. C’est à l’ensemble de la filière d’assumer les risques. C’est pourquoi nous proposons depuis des années un fonds professionnel mutualisé et solidaire, accessible à toutes les fermes, impliquant tous les maillons de la chaîne agroalimentaire. La solidarité nationale ne doit pas reposer que sur l’ensemble des contribuables : il faut faire payer les responsables de la crise climatique (grandes entreprises réalisant des superprofits grâce aux énergies fossiles, grande distribution qui accapare 80 % de la plus-value des produits agricoles, etc).

Nous sommes très en colère face à ce plan scandaleux, qui laisse sur le carreau 4 fermes sur 5 ! Nous appellerons à la mobilisation les paysan·nes, les 82% non assuré·es, sacrifié·es sciemment par le gouvernement et l’agro-industrie.