Face aux vagues de mobilisation qui traversent notre pays, Emmaüs France prend la parole. Rappelons qu'une nouvelle manifestation est prévue samedi 24 à Mâcon, à partir de 13h, au départ de la place de la Barre. 

 

Communiqué

Alors que près de 10 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, contraintes parfois d’arbitrer entre se chauffer, se nourrir ou se soigner, que certaines ne peuvent même plus se déplacer faute de pouvoir assumer le coût des transports, qui peut décemment s’étonner de la vague de colère qui s’exprime aujourd’hui dans notre pays ? 

Alors que les politiques fiscales et économiques permettent aux plus riches d’accumuler des richesses sans précédent, comment s’étonner que des lycéen·nes, des étudiant·es, des salarié·es, des personnes retraitées, des familles, des habitantes et habitants de territoires différents se retrouvent autour d’une même exigence ?  

Car oui, toutes et tous aspirent à une société plus juste, humaine et solidaire, où chacun·e peut vivre dignement, accéder à des services publics de qualité, et envisager l’avenir avec confiance.   

« Qui aurait pu prédire ? » interrogeait Emmanuel Macron en 2022, notamment au sujet de « la crise climatique et ses effets spectaculaires ». Le climat social et ses conséquences font-ils également partie des phénomènes qui échappent au discernement des décideurs politiques ?  

Depuis des années, les alertes s’accumulent. Personnes sans domicile, mal-logées, exilées, éloignées de l’emploi ou en situation d’endettement… Au sein des 300 Groupes du Mouvement Emmaüs, nous accueillons celles et ceux que les politiques publiques délaissent ou fragilisent davantage. Derrière chaque accueil, chaque accompagnement social, il y a des personnes qui se battent pour se loger, se nourrir, se soigner, travailler, accéder à leurs droits. Leurs voix doivent être entendues. Avec d’autres associations, des syndicats, collectifs citoyens, universitaires et acteurs de terrains, nous n’avons eu de cesse de documenter l’aggravation de la précarité, le sentiment de déclassement qui en résulte, et de tirer la sonnette d’alarme. Depuis des années, ces alertes restent sans réponse. 

Pourquoi les pouvoirs publics, pourtant reconnaissants du travail réalisé, ne prêtent-ils pas attention à nos propositions pour lutter efficacement et durablement contre l’exclusion ? Pourquoi détournent-ils le regard quand nous portons à leur connaissance le manque de moyens pour mener nos actions, et les situations sociales auxquelles nous sommes confrontées au quotidien ? Pourquoi un tel mépris à l’égard des corps intermédiaires, des mouvements sociaux, du dialogue démocratique et de la co-construction des politiques publiques ? Résultats : les associations sont fragilisées, les budgets du social et des solidarités sous tension, tandis que se multiplient les discours qui désignent les plus précaires comme responsables de leur situation plutôt que de s’attaquer aux causes de la pauvreté.   

Nous comprenons la colère qui s’exprime aujourd’hui tout comme ses causes profondes, et soutenons les aspirations à la justice sociale, à la dignité et à un meilleur partage des richesses portées par ces mobilisations.  

Là où des manifestations sont interdites, des jeunes lourdement condamné·es et des personnes blessées, la démocratie ne s’exerce plus, elle s’abîme.  

Là où certains décideurs politiques se concentrent exclusivement sur la réponse sécuritaire en y associant, dans un mélange des genres pernicieux, stigmatisation des allocataires de prestations sociales pour l’un, volonté de contenir la liberté d’expression des associations pour un autre, il y a davantage matière à renforcer la colère qu’à y apporter des réponses.    

« Comment s’étonner qu’à force de creuser les inégalités, de fragiliser les services publics, de rendre toujours plus difficile l’accès au logement, à l’emploi ou à une alimentation digne, d’ignorer les demandes des acteurs de terrain et de stigmatiser les plus fragiles, la colère finirait par s’exprimer collectivement ? » Bruno Morel, Président d’Emmaüs France.