En 1925 naît le domaine des Gandines, sous l’impulsion de Joseph Dananchet. Plus de cent ans plus tard, les frères Benjamin et Florent continuent à produire un vin blanc d’exception, à partir de raisin cultivé en biodynamie. Rencontre à Clessé, après les vendanges.

 

Un domaine familial engagé depuis quatre générations

Situé à Clessé, le domaine, qui comptait à sa naissance un hectare et demi, en fait aujourd’hui vingt. Il s’agit désormais de l’un des plus importants domaines en biodynamie du Mâconnais, certifié Demeter depuis 2019 et membre de l’appellation Viré-Clessé. Depuis 2009, Les Gandines sont certifiées en agriculture biologique, et c’est en 2011 qu’elles empruntent la voie de la biodynamie, une méthode agricole visant à renforcer la vitalité des sols grâce à des préparations naturelles et à l’observation des cycles lunaires.

Ces évolutions ont été favorisées par l’arrivée successive des deux frères Dananchet à la tête du domaine : Benjamin en 2005, suivi par Florent dix ans plus tard. Épaulés d’une dizaine de salariés, ils se répartissent les tâches : Florent réalise les préparations biodynamiques, tandis que Benjamin s’occupe davantage des labours et des traitements. Tous deux ont à cœur de protéger les vignes des engrais chimiques et de préserver l’autonomie des sols, une tradition héritée de leurs aïeuls, qui, même avant de passer en agriculture biologique, avaient pour principe de respecter le terroir en prohibant les herbicides. Benjamin aimerait que son fils de 15 ans reprenne l’exploitation quand son tour sera venu.

 

La biodynamie, le bon sens et le savoir-faire paysan

C’est en goûtant les vins de ses collègues travaillant en biodynamie que Benjamin a fait le pari d’adopter cette méthode. « Leurs vignes étaient très belles. Ça m’a attiré. » Un choix qui a rapidement porté ses fruits : le vin est meilleur, plus « fin et équilibré » qu’avant, et les commandes se multiplient. « Et puis, si on veut faire la fête, on n’est pas malade le lendemain ! »

Mais concrètement, en quoi consiste la biodynamie ? Cette méthode, quoique dénuée de fondements scientifiques, est reconnue pour son influence positive sur la qualité du vin. Elle repose principalement sur la prise en compte des cycles lunaires. Les deux frères disposent donc d’un calendrier lunaire, dont ils suivent les indications tout au long de l’année. À cela s’ajoutent deux préparations annuelles, dont la plus connue est la « 500 ». Il s’agit d’une corne de vache remplie de bouse de vache, qui doit être enterrée un hiver durant afin de fertiliser le sol. D’autres préparations naturelles à base d’ortie, de prêle ou encore d’écorces de chêne sont utilisées tout au long de l’année pour dynamiser les vignes. Benjamin conclut : « C’est assez complexe à expliquer. Le plus simple, c’est de goûter les vins. »

Inventée par Rudolf Steiner en 1924, la biodynamie repose sur un ensemble de conceptions mystiques régulièrement critiquées par la communauté scientifique. Mais les frères Dananchet s’attachent surtout à ses méthodes, qu’ils mettent en application avec un savoir faire au service de la qualité des vins. 

 

La qualité d'abord ! 

Comme le souligne Florent, la culture en bio/biodynamie demande plus de temps de travail et offre des rendements moins élevés que l’agriculture conventionnelle. Mais ces choix permettent la production d’un vin de meilleure qualité : « notre volonté est de produire de grands vins du Mâconnais, et ceci ne peut être possible qu’avec une approche bio et/ou biodynamique ! » 

En l’absence d’herbicides de synthèse, il faut en effet labourer les sols et passer du temps à piocher. Par ailleurs, le recours aux amendements organiques du commerce et l’utilisation de fumier engendre un coût plus important que les engrais de synthèse issu de l’industrie pétrolière et pharmaceutique. « Pour finir, nous préférons la vendange manuelle pour ne pas abîmer les sols de nos vignes et cela a également un coût plus important » dit-il avant de préciser que si la vigne est en bonne santé et que les conditions climatiques sont normales, les rendements plafonds des appellations (62 hl/ha pour le Viré Clessé) sont régulièrement atteints. 

Ces raisons expliquent pourquoi l’agriculture biologique est plus coûteuse. Choisir le bio n’est pas toujours un choix facile, surtout en cas de maladies telles que le mildiou, qui peuvent engendrer d’importantes pertes. Mais choisir le bio, c’est réduire l’impact sur l’environnement, limiter la contamination des eaux, et les risques sur la santé (perturbateurs endocriniens, substances cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques…). En somme, qu’on soit producteur ou consommateur, choisir le bio revient à faire un choix non seulement éthique, mais également qualitatif – le vin étant meilleur lorsqu’il est issu d’une terre saine. 

 

Un domaine qui expérimente pour préparer l’avenir

Si le domaine est effectivement attaché aux méthodes naturelles et traditionnelles, il ne cesse pas d’innover pour autant. Le dérèglement climatique encourage notamment les viticulteurs à s’adapter à de nouvelles contraintes. Cette année, la sécheresse a notamment retardé la maturation des raisins, et ceux qui étaient exposés au soleil ont subi des brûlures dues aux chaleurs extrêmes – jusqu’à 42 °C cet été.

Heureusement, le domaine a bénéficié durant l’hiver d’une bonne recharge des sols, ce qui a permis de limiter le stress hydrique. Par ailleurs, les frères Dananchet ont décidé de ne pas vendanger trop tôt, pour attendre la pluie, finalement arrivée autour du 20 août. Ces précipitations ont permis de « détendre » la vigne et de favoriser une bonne récolte. Mais l’enjeu principal, avant la sécheresse et le stress hydrique, a surtout été cette année de faire face à la chaleur. Alors que la vigne bourguignonne est traditionnellement conduite de manière structurée et palissée, Benjamin et Florent ont donc fait le choix de laisser davantage pousser la végétation afin de créer plus d’ombre et de protéger les raisins : « On a eu tendance à laisser pousser pour que les raisins soient le moins possible au soleil. »

Les deux frères expérimentent également pour la deuxième année consécutive des cépages hybrides, sur 60 ares. L’objectif de ce croisement entre variétés – chardonnay et pineau, par exemple – est de créer des plants naturellement plus résistants aux maladies. Cette année, la parcelle en question, située sur la commune de Saint-Albain, n’a ainsi subi qu’un seul traitement, permettant une récolte fructueuse : plus de 200 kg de raisins sur quelques ares seulement.

Benjamin explique vouloir multiplier ces expérimentations à petite échelle et insiste sur l’importance de l’adaptation dans son métier : « On a un métier qu’on apprend tout le temps. En fait, on évolue tout le temps et on change tout le temps de méthode. » Cette façon de faire semble fructueuse et attire des vignerons non seulement français, mais aussi étrangers : cette année, ils ont reçu la visite d’Australiens.

 

Un millésime 2025 qui récompense ces choix

Benjamin se réjouit du millésime 2025, « quasiment plein pour une année de sécheresse ». Une exception par rapport à la tendance générale : en Bourgogne, les volumes 2025 sont inférieurs aux années précédentes. Mais c’est surtout sa qualité qui enthousiasme les frères Dananchet. Cette année, relèvent-ils, le taux de sucre est très bon et les raisins sont de belle qualité.

Leurs bouteilles sont à retrouver à la cave Racine à Mâcon ou à la cave des Tournons à Charnay. Le domaine est ouvert sur rendez-vous, via leur site.

 

Iris Ardeois

 

Montage photos réalisé à partir des photos du site internet des Gandines