Votre chef ne vous écoute jamais au travail ? Vous ne trouvez plus de sens dans vos missions ? La répartition des gratifications au sein de l’entreprise vous semble injuste ? Et si vous vous intéressiez aux sociétés coopératives, ces entreprises un peu particulières qui reposent sur un principe démocratique ?

 

Ces dernières années, elles se sont multipliées et attirent de plus en plus de monde. Pourtant, elles ne sont pas nouvelles : les premières formes de sociétés coopératives apparaissent dès le XIXe siècle, dans le contexte de l’industrialisation et des conditions de travail difficiles des ouvriers. À Mâcon, elles sont aujourd’hui quatre. Nous avons décidé d’aller à la rencontre de trois d’entre elles, à travers trois articles à paraître dans les prochains jours.

Mais avant de partir à leur rencontre, plusieurs questions s’imposent : qu’est-ce qu’une société coopérative, au juste ? Comment fonctionne-t-elle ? Et quelles sont les tendances observées en Bourgogne-Franche-Comté et en Saône-et-Loire ?

En Bourgogne-Franche-Comté, c’est l’Union régionale des SCOP (sociétés coopératives de production) et SCIC (Sociétés Coopératives d’Intérêt Collectif) qui sert de référence à ce sujet.

L’Union des SCOP et des SCIC existe depuis 140 ans et joue un rôle essentiel dans le développement des sociétés coopératives sur le territoire. Sa mission est double : représenter ces entreprises à la manière d’une fédération professionnelle, d’une part, et les accompagner dans leurs projets, d’autre part. Ainsi, elle peut contribuer à leur création « ex nihilo » ou bien encadrer les transitions d’un statut d’entreprise dite « classique » à un statut de société coopérative. Elle propose notamment des outils financiers et des formations. Nous avons rencontré son directeur, Fabrice Azevedo.

La quête de sens, moteur de développement ?

Fabrice Azevedo a rejoint le réseau de l’Union il y a plus de vingt-cinq ans, alors que les sociétés coopératives étaient encore peu connues. Originaire de Dijon, il est à la tête de l’Union régionale depuis dix ans et constate à quel point ces entreprises gagnent en attractivité. Selon lui, cette évolution s’explique en grande partie par une évolution des enjeux sociétaux contemporains. « Aujourd’hui, explique-t-il, les gens ont besoin de sens et cherchent à travailler dans des environnements qui correspondent à leurs valeurs. C’était moins le cas avant. »

La Bourgogne-Franche-Comté n’échappe pas à cette tendance : quand Fabrice Azevedo a rejoint l’Union régionale, on comptait 60 SCOP et SCIC. Aujourd’hui, elles sont 140 et réunissent plus de 1 700 emplois. À l’échelle départementale, la Saône-et-Loire concentre une vingtaine de coopératives. Elle se situe ainsi à un niveau comparable à la Côte-d’Or et au Doubs, qui font partie des départements comptant le plus de SCOP et SCIC dans la région. Si les sociétés coopératives se concentraient historiquement sur les secteurs de l’industrie ou du bâtiment, elles se diversifient aujourd’hui : sociétés de services, bureaux d’études, restauration, architecture…

SCOP et SCIC, les deux sœurs

Comme son nom l’indique, l’Union régionale s’occupe des SCOP et des SCIC. Mais quelles sont leurs caractéristiques respectives ? Et pourquoi dit-on qu’elles sont démocratiques ? Si leur fonctionnement et leurs objectifs diffèrent, elles ont en commun de placer la participation des associés au cœur de leur gouvernance.

Une société coopérative de production (SCOP) est une entreprise commerciale dans laquelle les salariés associés détiennent collectivement la majorité du capital et du pouvoir de décision. En principe, chaque salarié a vocation à devenir salarié associé de la SCOP, pour prendre directement part à son fonctionnement. L’un des principes majeurs de la SCOP est donc le suivant : « 1 personne = 1 voix », et non « 1 euro investi = 1 voix ». Ainsi, un salarié associé qui possède 1 % du capital peut avoir autant de voix qu’un salarié associé qui en possède 20 %.

Chaque année, une partie des bénéfices revient aux salariés : au moins 25 % du bénéfice net leur sont attribués au titre de la répartition du travail. Dans certains cas, les associés peuvent quant à eux toucher entre 10 et 15 % d’intérêts supplémentaires sur leurs parts sociales.

À Mâcon, on compte trois SCOP : Habitat Rural Architecture, d’une part, et deux entreprises électriques, la SMEE et la SN2E, d’autre part.

Une Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) est, quant à elle, davantage orientée vers des projets utiles à un territoire. Elle s’appuie sur une gouvernance partagée pour rassembler toutes les parties prenantes d’un projet : salariés, bénéficiaires, citoyens, partenaires, collectivités, répartis en différents collèges. Là aussi, la gouvernance est démocratique. L’objectif des SCIC étant de répondre à des besoins collectifs, la plus-value sur le capital n’est pas recherchée : au moins 57,5 % des bénéfices sont donc affectés à des réserves impartageables. Ce statut est particulièrement adapté aux projets d’utilité sociale qui s’inscrivent dans le développement local.

C’est le cas de la Scène nationale de Mâcon, passée en SCIC en 2022 dans le cadre du projet « La Fabrique de la relation » impulsé par sa directrice, Virginie Longchamp. Il s’agit de la seule scène nationale française à fonctionner en société coopérative.

Les sociétés coopératives, c’est pour qui ?

Selon Fabrice Azevedo, ce modèle correspond aux personnes cherchant à entreprendre collectivement et à construire un projet sur le long terme. Son fonctionnement, qu’il qualifie de « gagnant-gagnant », permettrait à chacun de se sentir impliqué dans le développement de l’entreprise et donc de la développer de façon pérenne. Comme la dimension patrimoniale n’est pas au centre du projet, la dimension travail serait revalorisée par rapport au capital, contrairement à une entreprise où l’objectif premier serait la revente.

Fabrice Azevedo précise que le principe coopératif est sécurisant à la fois pour les salariés, qui peuvent choisir leurs dirigeants, et pour les dirigeants, qui bénéficient d’un régime social protecteur. Choisir les sociétés coopératives, ce serait donc choisir de travailler en collectif et de se former : les salariés doivent comprendre leurs droits et leurs devoirs, ainsi que leur rôle dans les décisions. La gouvernance collective demande donc de l’investissement et une formation. Mais il n’existe pas de modalité de gouvernance unique. En fonction de la taille de l’entreprise, de son secteur d’activité ou de son histoire, la gouvernance peut varier. L’essentiel est d’être accompagné et d’être convaincu de la pertinence du projet.

Mais entre le principe et la réalité, comment cette démocratie s’exerce-t-elle au quotidien ? Qui décide réellement ? Qu’est-ce que cela change dans le développement des entreprises et pourquoi privilégier ce modèle à un autre ? C’est ce que nous avons voulu observer en allant à la rencontre de trois coopératives mâconnaises : la Scène nationale de Mâcon (SCIC), la société d’architectes Habitat Rural Architecture (SCOP) et la Société Mâconnaise d’Entreprise électrique (SMEE).

 

Iris Ardeois