
Ce mardi après-midi, une conférence sur le thème "Qu'est-ce qu'être inclusif ?" s'est tenue dans la salle Albert Buisson au lycée René Cassin de Mâcon.
Au lendemain d'un exposé sur l'esclavage, son abolition et ses nouvelles formes présenté par les élèves de seconde 10, le lycée Cassin a accueilli une conférence autour du sujet de l'inclusion dans la société. De nombreux lycéens et lycéennes se sont d'ailleurs joints à la conférence pour y assister attentivement.
L'organisateur de l'événement, Salvatore Marteddu, docteur en sciences de l'éducation (il a dirigé durant 9 ans les deux SEGPA de Mâcon) et président de la mutuelle MGEN 71, s'est confié à notre micro : "Cette conférence s'inscrit dans le cadre des "rencontres mutuelles MGEN". Nous avons le soutien de l'association EUROPAFORM 71 (fondée en 2020) dont le président d'honneur n'est autre que Charles Gardou, notre invité spécial de la conférence. C'est une première à Mâcon. L'objectif est d'avoir une continuité suite à cet événement qui va traiter de la question de l'inclusion sociale, scolaire, professionnelle, sportive pour les personnes se retrouvant dans une situation de vulnérabilité."
"À la MGEN, nous sommes particulièrement concernés par cette question qui est essentielle. Nous respectons évidemment les quotas au niveau des travailleurs en situation de handicap. De plus, nous mettons en place des vacances inclusives, c'est-à-dire des congés adaptés aux personnes vulnérables à l'échelle nationale", ajoute-t-il.
Des interventions riches et prenantes
De son côté, Pierre Desoutter, proviseur du lycée Cassin, a introduit la conférence : "Nous sommes en pleine réflexion sur un pôle inclusif au niveau du lycée. En septembre prochain, nous ouvrirons une UPE2A (Unité Pédagogique pour Élèves Allophones Arrivants). Nous avons revu le projet de l'établissement en donnant une attention particulière à la politique inclusive qui se fait aussi grâce aux associations présentes lors de cette conférence. Merci à vous."
Par la suite, des intervenants divers et variés se sont succédés pour prendre la parole. Différentes questions ont été abordées et des témoignages inspirants ont tenus en haleine l'assemblée rassemblée à cette occasion.
Tout d'abord, la conférence s'est ouverte par un partage d'expérience autour de la vision de l'inclusivité sur le terrain. "L'aide à la vie partagée" revêt alors une grande importance : vivre de manière autonome dans un logement, participer à des activités de loisirs, culturelles, sportives, accéder aux lieux sociaux (bars, restaurants, musées...). Car la santé mentale est au cœur de la question de l'inclusion.
Se sentir exister dans la société
Ensuite, a été évoquée une question simple de prime abord, non moins importante : "Qu'est-ce qu'une personne vulnérable ?" Ce à quoi la réponse donnée fut "quelqu'un qui subit des dommages, des préjudices ou rencontre des problèmes liés à sa situation particulière quelle qu'elle soit." Hélas, il arrive que cette situation soit niée ou ignorée afin d'éviter d'agir contre...
Et pourtant, la vulnérabilité représente une force et une richesse inestimables de l'être humain. Pour répondre à cette problématique, il existe une solution originale et efficace : faire de l'inclusion inversée. Cela consiste, par exemple, à accueillir des personnes extérieures au sein d'une salle d'activité dans laquelle les "habituels accompagnés" se muent en accompagnateurs, en "guides".
Il est important de garder à l'esprit que "n'importe qui peut avoir un problème de santé dans son travail" : accidents, difficultés personnelles, problèmes de santé mentale, fatigue liée à l'âge etc. Et il demeure toujours des inégalités face au travail avec un taux de chômage de 12% pour les personnes en situation de handicap contre 7% pour l'ensemble de la population. "L'inclusion est un levier de performance collective qui abaisse le niveau de tension sociale", assure un intervenant.
La réponse à la question d'origine réside dans le fait "de se sentir à sa place." "La différence n'est pas le problème mais c'est la façon dont la société la juge qui en est un. Au contraire, la différence est "une force dans laquelle il faut puiser", précise une intervenante.
"Le moment le plus inégalitaire de la vie est sans doute la naissance"
Enfin, Charles Gardou, professeur et président d'honneur d'EUROPAFORM 71 a livré un discours juste et profond au sujet de l'inclusivité.
"Mâcon, ville de Lamartine, nous rappelle que l’éducation doit être accessible à tous. L’école est le fondement d’une société démocratique : c’est là que chacun apprend à vivre avec les autres, à comprendre le monde et à y prendre sa place. Le passé tarde à mourir et l’avenir met du temps à naître. C’est précisément dans cet entre-deux que l’éducation devient essentielle.
Il y a une différence entre vivre et exister. Vivre, c’est répondre à ses besoins vitaux. Exister, c’est sentir que l’on compte pour quelqu’un. Pour qu’une personne existe pleinement, il faut l’accompagner, la reconnaître et lui faire une place. Il ne s’agit pas de mettre "les personnes dehors dedans". Il faut aménager la maison commune qu’est la société afin que chacun puisse y rester et y contribuer.
Une personne sur sept est touchée, de près ou de loin, par le handicap : par un accident, l’âge, la maladie, le vieillissement ou les fragilités de la vie. La fragilité n’est pas une exception ; elle est au cœur même de la condition humaine. Réhumaniser les institutions, c’est les ouvrir. Ce ne sont pas les catégories qui doivent nous guider, mais les visages. Derrière chaque singularité, il y a quelque chose d’universel. L’humanité est faite de différences, de fragilités et de singularités. Il n’y a pas de liberté sans accessibilité.
La compensation est essentielle, car le moment le plus inégalitaire de la vie est sans doute la naissance. L’égalité doit rester notre horizon, mais pour y parvenir, il faut faire vivre l’équité : donner davantage à ceux qui ont moins. Car l’équité précède l’égalité."
Les différentes personnes présentes
Salvatore Marteddu, docteur en sciences de l'éducation et président de la mutuelle MGEN 71
Olivier Tainturier, sous-préfet, référent handicap
Charlène Faleme Sols, directrice territoriale de l’ARS
Claude Cannet, vice-présidente du département
Francine Chopard, conseillère régionale
René Berthaud, représentant de l’AMOPA (Association des Membres de l'Ordre des Palmes Académiques)
Pierre Desoutter, proviseur du lycée René Cassin
Charles Gardou, professeur, président d’honneur d’EUROPAFORM 71
Sophie Danière, représentante de la Mutualité Française de Saône-et-Loire, directrice du Pôle habitat et accompagnement
Adam Girim, professionnel de l’habitat inclusif et pair-aidant
Dominique Decolin, vice-président d’EUROPAFORM 71
Christophe Barrientos, directeur des Papillons Blancs de Mâcon
Véronique Bonneau, directrice générale de CAP Emploi 71
Sylvie Garcia, présidente de Liberté Autisme Quad 01
Yvan Peinaud















