Près de cinq ans après sa création, le collectif Belles Rives 01 continue de se mobiliser contre le projet d'hôtel quatre étoiles prévu place de la République, à quelques mètres du pont Saint-Laurent. À l'occasion des Journées européennes du patrimoine, ses membres ont fait le point ce samedi matin sur un dossier qui se joue toujours devant la justice administrative.

 
 
Le temps passe, mais leur détermination demeure. Réunis ce samedi 19 septembre sur la place de la République, les membres du collectif Belles Rives 01 ont rappelé les raisons de leur opposition au projet hôtelier prévu à proximité immédiate du pont Saint-Laurent et de l'ancien Hôtel des ducs de Savoie.
 
Anne Perret, coordinatrice du collectif, Olivier Legroux, président de l'association Environnement Patrimoine Saint-Laurent, ainsi qu'André Prost et Patrice Hallet, résidents de la place de la République et voisins de l'ancien Hôtel des ducs de Savoie, étaient notamment présents. Créé à la fin de l'année 2021, Belles Rives 01 rassemble aujourd'hui 228 membres autour d'un combat qui se veut à la fois patrimonial, juridique et citoyen.
 
Un projet contesté depuis 2021
 
Le dossier trouve son origine en 2021. Le 15 novembre, le conseil municipal de Saint-Laurent-sur-Saône approuvait le déclassement d'une partie de la place de la République. Le permis de construire, déposé le lendemain, était accordé le 31 janvier 2022 à la société Saint-Martin. Le projet prévoit alors la création d'un hôtel quatre étoiles de 37 chambres. Il comprend la réhabilitation de bâtiments existants, dont l'ancien Hôtel des ducs de Savoie, édifice historique, ainsi que la construction d'un nouveau bâtiment sur une partie de la place de la République.
 
Cette construction contemporaine, qui doit culminer à environ 15 mètres, prendrait place devant l'ancien Hôtel des ducs de Savoie. C'est notamment cette implantation que conteste Belles Rives 01, qui estime que le nouveau bâtiment masquerait largement l'édifice historique et modifierait le paysage aux abords du pont Saint-Laurent, classé monument historique depuis 1987.
 
Dès la fin de l'année 2021, des habitants se sont regroupés pour contester le projet. Deux riverains, André Prost et Patrice Hallet, ainsi que deux associations de défense du patrimoine ont ensuite engagé une bataille devant la justice administrative. Après plusieurs années de procédure et différents rebondissements judiciaires, la cour administrative d'appel de Lyon a reconnu en septembre 2024 l'intérêt à agir des deux riverains et renvoyé leur recours devant le tribunal administratif.
 
Une nouvelle étape judiciaire
 
Le 3 mars dernier, le tribunal administratif de Lyon s'est à nouveau penché sur le fond du dossier. La juridiction a notamment considéré que, compte tenu de ses dimensions, la construction projetée ne pouvait être qualifiée d'"extension" de l'ancien Hôtel des ducs de Savoie au sens du plan de prévention des risques d'inondation, mais constituait une construction nouvelle. Elle a toutefois estimé que le projet s'inscrivait dans une opération plus globale de renouvellement urbain.
 
Le tribunal a par ailleurs retenu des points nécessitant une régularisation, concernant notamment les dispositions liées au risque d'inondation et au stationnement. Plutôt que d'annuler immédiatement le permis, il a sursis à statuer et accordé un délai de cinq mois pour permettre une éventuelle régularisation. Depuis, un permis modificatif a été déposé. La procédure est donc toujours en cours. Selon les informations communiquées ce samedi par le collectif, de nouveaux mémoires ont encore été versés au dossier en début de semaine et l'instruction vient d'être clôturée. Les requérants attendent désormais la prochaine décision de la justice administrative.
 
"Un patrimoine à restaurer et à mettre en valeur"
 
Au-delà de la bataille juridique, les membres de Belles Rives 01 ont souhaité remettre la question patrimoniale au cœur des débats à l'occasion de ces Journées du patrimoine. Ils demandent la préservation de l'ancien Hôtel des ducs de Savoie, bâtiment dont l'histoire remonte au XVIe siècle et qui témoigne notamment du passé frontalier de Saint-Laurent-sur-Saône, autrefois située aux portes du royaume de France et du duché de Savoie.
 
Pour le collectif, cet édifice doit être restauré et mis en valeur plutôt que largement masqué par la nouvelle construction. "Nous ne voulons pas rayer ce patrimoine", a insisté Olivier Legroux, qui défend également une réflexion plus large autour de la réhabilitation de l'ancien Hôtel des ducs et de la place de la République. Le président d'Environnement Patrimoine Saint-Laurent a également rappelé l'importance du paysage formé par les deux rives de la Saône. Depuis Mâcon comme depuis Saint-Laurent, le pont, les quais et les bâtiments anciens constituent selon le collectif un ensemble patrimonial qui dépasse les frontières communales.
 
Une place que le collectif veut conserver publique
 
L'autre point central de la mobilisation concerne le devenir de la place de la République. Les opposants contestent depuis l'origine la cession d'une partie de cet espace public afin de permettre la réalisation du projet privé. Olivier Legroux a notamment rapporté une remarque entendue il y a quelque temps de la part d'un jeune de 18 ans, interpellé par le devenir de cet espace : "Cette place, ça s'appelle place de la République. La République n'est pas à vendre." Une réflexion à laquelle Olivier Legroux ajoute : "Elle n'appartient à personne et elle appartient à tous."
 
Ces mots illustrent la dimension citoyenne que le collectif entend donner à son action. Ses membres souhaitent voir la place rester publique et défendent une réhabilitation de cet espace et de l'ancien Hôtel des ducs de Savoie. Le risque d'inondation demeure également au cœur de leurs préoccupations. Les requérants contestent notamment les solutions apportées dans le cadre de la régularisation du permis. Ils pointent également la question du stationnement et, plus largement, le respect des règles d'urbanisme. Ces différents arguments font partie du contentieux actuellement examiné.
 
"Sous le pont Saint-Laurent coule la Saône..."
 
La défense du patrimoine local trouve également un prolongement à l'occasion des Journées européennes du patrimoine. L'association Sauvegarde de Soufflot et du Patrimoine Mâconnais propose ce samedi 19 et dimanche 20 septembre l'exposition "Sous le pont Saint-Laurent coule la Saône...". Présentée gratuitement à la galerie L'Envoûtée à Mâcon, de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h, elle revient sur l'histoire du pont Saint-Laurent, sa construction et ses transformations successives, mais aussi sur la Saône et les activités humaines qui se sont développées à ses abords.
 
Un "long marathon judiciaire"
 
Après bientôt cinq années de mobilisation, la procédure représente également un poids financier important pour les requérants et les associations qui les accompagnent. Anne Perret a rappelé ce samedi que le collectif ne disposait pas de moyens importants et devait financer les frais d'avocat nécessaires à la poursuite de la procédure. Belles Rives 01 continue donc de solliciter le soutien de ceux qui souhaitent participer financièrement à son action.
 
Une nouvelle étape s'ouvre désormais dans ce que les membres du collectif qualifient de "long marathon judiciaire". L'échéance exacte de la prochaine décision n'est pour l'heure pas connue. Belles Rives 01 entend ainsi continuer à défendre le caractère public de la place de la République, le paysage autour du pont Saint-Laurent et la restauration de l'ancien Hôtel des ducs de Savoie, avec la volonté de voir ce patrimoine remis en valeur plutôt que dissimulé derrière une nouvelle construction.
 
La réaction d'Émile Blondet
 
Émile Blondet, président du groupe Mâcon Demain et conseiller communautaire à Mâconnais Beaujolais Agglomération, a également réagi au projet :
 
"Défigurer le front de Saône, c'est manquer de respect à notre histoire et à notre patrimoine et c'est fragiliser, à terme, l'attractivité de notre ville. Plutôt que de scier la branche sur laquelle nous sommes assis, il faut une stratégie cohérente à l'échelle de l'agglomération pour développer pleinement notre potentiel touristique."
 
 
Yvan Peinaud