Jeudi soir, le Théâtre-scène nationale de Mâcon en partenariat avec le Festival Musical Fortissimot a présenté le remarquable Winterreise de Franz Schubert.

 

Composé en 1827, Winterreise (Le Voyage d’hiver) est un cycle de 24 Lieder de Franz Schubert sur des poèmes de Wilhelm Müller.

Il retrace l’errance solitaire d’un homme plongé dans le désespoir après un amour perdu. À travers un paysage hivernal hostile, le narrateur avance dans une solitude grandissante, en proie à la mélancolie, au doute et à une lente dérive intérieure.

 

OEuvre romantique

Si cette oeuvre appartient au romantisme du XIXe siècle, elle résonne profondément aujourd’hui encore. Elle aborde des thèmes universels de la douleur affective, la solitude, la quête de sens, le déracinement, les fragilités mentales.

Métaphore contemporaine

Le voyage du narrateur semble être une métaphore contemporaine du mal-être, de l’isolement émotionnel ou de la rupture avec le monde. Voix et piano touchent à l’essentiel : une humanité nue face à elle-même.

 

Tension dramatique

Faire dialoguer un homme et une femme dans Winterreise est un choix interprétatif fort et contemporain. Il permet de révéler des non-dits, de rendre visibles des fantômes du passé, et de refléter les multiples voix de cette âme en crise. La division de l’oeuvre en deux volets enrichit elle aussi la tension dramatique et en offre une lecture plus théâtrale, plus actuelle, sans jamais trahir ni la musique ni son propos.

 

Une oeuvre d’hier pour dire aujourd’hui

Pourquoi remonter Winterreise aujourd’hui, près de deux siècles après sa création ? Parce que ce cycle n’a rien perdu de sa force : il parle à chacun, peut-être plus encore qu’en son temps.

À travers ce récit d’errance, de rupture, de solitude, l’oeuvre de Schubert met en scène une crise existentielle universelle.

Le voyageur est un homme déconnecté du monde, retranché en lui-même, sans boussole ni refuge. Il fuit un amour perdu, mais surtout, il fuit un monde devenu étranger. Ce qu’il cherche n’est pas seulement une personne, mais un sens, un lien, une cohérence intérieure.

Aujourd’hui, dans un contexte marqué par : l’isolement émotionnel et psychique, les fractures intérieures de l’identité, la saturation numérique et le besoin de réel, la quête de sens dans un monde incertain… Winterreise devient plus que jamais un miroir contemporain. Il résonne avec les questions que se posent nos sociétés modernes, notamment chez les jeunes générations : Qui suis-je quand tout s’effondre ? Où aller quand il n’y a plus de direction ? Que faire du silence en moi ?

 

Thierry Ravassard, directeur artistique de l'Ensemble In & Out et pianiste, est revenu sur l'adaptation artistique de l'oeuvre.

« Notre adaptation, proche du Musicodrame, donne à entendre ces failles avec les outils du théâtre et de la parole poétique, dans une forme dépouillée et dense.

La présence de deux voix, celle de la femme, interprétée par Sylvia Bergé, Sociétaire de la Comédie-Française et de l’homme, permet d’incarner les tensions intérieures de chacun·e : mémoire, doute, voix du passé, conscience, appel. Le choix d’une parole parlée (et non chantée), dans une traduction française contemporaine signée Jean-Pierre Siméon, renforce cette actualité : le spectateur n’est plus face à une oeuvre de musée, mais à un récit intime, une confession possible, une fêlure qui parle au présent.

Enfin, l’accompagnement par l’alto (Cécile Grassi) et le piano prolonge ce climat de fragilité intérieure. L’alto, instrument rarement associé au lied, devient voix des profondeurs, écho des pensées inavouées, compagnon secret du chemin. Winterreise devient ainsi un théâtre de la conscience moderne, un poème dramatique sur ce que c’est qu’être seul, perdu, et pourtant vivant. »

À l'issue de la représentation, une rencontre était programmée avec les artistes et le public.