jeudi 16 juillet 2020
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Le prothésiste au casier judiciaire vierge est condamné à 2 ans de prison dont 18 mois avec sursis et un SME de 2 ans ; sa compagne, pyromane déjà condamnée 3 fois, à 3 ans de prison ferme, et 5 ans de suivi socio-judiciaire.

 

« On a fait une grosse bêtise »

 

Ils ont mis les doigts dans le pot de confiture ? Ils ont cassé un carreau en jouant au ballon ? Ils ont tiré une sonnette et sont partis en courant ?

Du tout. Ils ont mis à sac un cabinet dentaire puis l'ont incendié, mettant en danger la vie des habitants chez eux ce soir là, et privant conjointement les dentistes et leur équipe de leur outil de travail (et par extension, les patients de leurs soins).

 

Monsieur G. est prothésiste, il a plus de 50 ans, et pourtant il va se défendre de son acte d'une façon plaintive : il a fait « une bêtise ». Une « grosse » bêtise, c'est la seule concession qu'il fera à des agissements qui auraient pu le conduire aux Assises.

Madame a 51 ans, un parcours différent (on peut lire ici l'article relatant l'audience de renvoi qui les présente tous deux), et des soucis différents. Elle parlera de « souffrance », à plusieurs reprises. L'expertise psychiatrique le confirme : victime d'abus et de violences tout au long de son adolescence, puis de harcèlement, elle garde un traumatisme qui génère dans certains contextes un trouble dissociatif : ses défenses s'épuisent, elle passe à l'acte. Elle met le feu. Le psychiatre parle de « raptus », et « d'altération du contrôle de ses actes » dans ces moments là.

Lui, dira « vengeance ». De quoi ?

 

Un lapsus et tout est dit : « personnel » au lieu de « professionnel »

 

Le Tribunal veut reconstituer l'histoire. « Les dentistes vous louaient un local professionnel depuis juillet 2014, puis il y a eu rupture professionnelle. Expliquez ce contexte professionnel, Monsieur, demande le Président. » et Monsieur G., voulant reprendre l'expression, va dire : « le contexte personnel »... ça dit tout, car son « contexte personnel » est fait de difficultés financières, de difficultés professionnelles, de problèmes de santé (opération cardiaque), et du coup d'une série de contentieux : avec le couple de dentiste, avec son banquier, avec d'autres, avec l'image qu'il a de lui-même, etc.

Il parle d'un « harcèlement » de la part du couple Malherbe-Petterlin, mais précise tout de même n'avoir pu porter plainte : le harcèlement ne se caractérise pas si facilement.

Les dentistes eux, évoquent du travail pas satisfaisant du tout, pour ne pas dire mauvais. De toute façon ils n'avaient aucune collaboration contractualisée, seul le local faisait l'objet d'un contrat. Ils ne devaient rien à Monsieur G., mais Monsieur G. a cumulé les difficultés personnelles et a décidé, selon ce qu'il dit, que c'était la faute des praticiens.

 

Les faits

 

Après avoir déménagé leur local, Monsieur G. et sa compagne se sont « monté la tête ». « On en a bien parlé avant », dit Madame. Le 23 juillet au soir, ils ont dîné au restaurant de l'autre côté du pont Saint-Laurent, face au quai Lamartine, face au cabinet. Ils en avaient gardé la clé, ils y sont retournés, ils ont mis des gants en latex, ils ont saccagé ce qu'ils pouvaient. Ils ont vu sur la banque de l'accueil des papiers à l'en-tête d'un autre prothésiste : insupportable. Alcool à brûler, briquet, feu. Une habitante, Madame M., entend des bruits inhabituels, s'en inquiète, finit par sortir de chez elle et tombe sur eux. Monsieur G. lui dit que tout va bien, qu'elle peut retourner se coucher. L'incendie crépite dans le cabinet de soins.

Police et pompiers interviennent à toute vitesse. Une habitante du 3ème étage vient à la barre dire ce qu'elle a trouvé en rentrant de vacances : une fenêtre brisée pour permettre aux pompiers de rentrer, de la suie partout, des dégats. Elle se tourne vers les prévenus : « J'ai deux enfants de 10 et 8 ans, si le feu avait eu le temps de partir dans les étages, vous ôtiez la vie à deux enfants. » Elle éclate en sanglots. Monsieur G. et sa compagne encaissent, que peuvent-ils faire d'autre : le mal est fait.

La question de la préméditation va occuper les débats : les incendiaires parlent de « coup de folie », cependant ils mettent des gants... Une folie un peu réfléchie, dira le Parquet.

 

Réquisitions

 

« On est passé tout près tout près d'un drame. On est passé tout près tout près des Assises, insiste la Procureur de la République. Heureusement qu'un passant a alerté une patrouille de police qui était à côté, pour les concerts d'été. C'est une action concertée et un minimum réfléchie. Il y a préméditation et de surcroît ils connaissent les lieux, ils savent que des gens vivent ici, et qu'ils y dorment. »
La Procureur revient sur leurs « profils inquiétants ». Elle s'adressera avec douceur à Madame, qui fut placée en détention provisoire au regard de ses antécédents, lui disant vouloir « respecter son intimité », et comprendre ses difficultés, « mais rien ne peut justifier de mettre le feu, et de mettre en péril des personnes ». Quant à Monsieur, il a manifestement lui aussi un problème à régler, en témoigne son incapacité à aborder les problèmes autrement que sur un mode empoisonné.
Elle va requérir des peines « significatives ».

 

Verdict : coupables

 

Monsieur G., jamais condamné jusqu'à ce jour, écope de 2 ans de prison dont 18 mois avec sursis, et d'un suivi mise à l'épreuve de 2 ans, avec obligation de soins, de travailler, de réparer les dommages, et l'interdiction de tout contact avec les victimes.

Sa compagne est maintenue en détention : 3 ans de prison ferme, et un suivi socio-judiciaire pendant 5 ans avec une injonction de soins, obligation de réparer les dommages. Elle encourt une peine de 2 ans de prison si jamais elle ne respectait pas ces obligations. Les victimes obtiennent protection là aussi : plus aucun contact.

 

Monsieur G. et sa compagne n'ont pas eu le droit de communiquer depuis la première audience, de renvoi : ils se retrouvent pendant le délibéré, séparés par les parois du box mais visiblement proches.
Ils regrettent.

 

F. Saint-Arroman

 

Madame M. qui vit encore sous le coup d'une anxiété réactionnelle qui a des effets sur ses jours, et surtout sur ses nuits, obtient 700 € au titre de son préjudice.

Pour les praticiens et l'habitante du 3ème étage, un renvoi sur intérêts civils est fixé en janvier prochain.

Le cabinet dentaire n'est pas encore opérationnel, les docteurs Petterlin et Malherbe vont pouvoir reprendre les soins dans un cabinet provisoire. Eux non plus, et le personnel du cabinet avec, ne sont pas encore revenus de la nuit du 23 au 24 juillet 2016.

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