jeudi 21 février 2019

Quartier des Etats-Unis. Interpellé jeudi pour violence contre des policiers et rébellion, Houari est condamné à 8 mois de prison assortis d’un mandat de dépôt.

 

Pas moins de 7 militaires en treillis et dument armés, en faction rue de Bauderon de Senecé depuis les attentats du 7 janvier dernier, mais délibérément tournés vers les grilles du Palais de Justice, un commandant de police sur place, des policiers de la BAC en renfort : le tribunal avait pris quelques mesures de précaution pour prévenir des échauffements, et cas échéant, y répondre.

En effet le principe de la comparution immédiate est, comme son nom l’indique, l’immédiateté. Arrêté avant-hier pour rébellion et violences sur des policiers, Houari K. est traduit dès le lendemain devant les juges. Les copains sont là. Echauffés, justement. Tout est mis en place pour contenir les débordements possibles, et la présence militaire rendue visible, impressionne. « Pourquoi tu crois qu’ils sont là, eux ? »

 

Il est 13 h 04, ce jeudi. Les policiers de la BAC sont en patrouille dans le quartier des Etats-Unis. Ils roulent lentement quand l’un deux crie « Attention ! ». Sur le côté, un individu tenant un bâton, l’équivalent d’un manche de pioche, a armé son geste et jette le bâton en direction du véhicule. Les policiers en sortent immédiatement et reconnaissent Houari K., recherché pour répondre à diverses convocations de la justice. Houari prend la fuite. Les policiers le coursent. A un moment donné il se saisit d’un parpaing, reprend la fuite, et s’engouffre dans le jardin d’une maison. Les policiers l’interpellent, il se débat. L’interpellation est donc brutale : il résiste.

Houari : « J’ai essayé de les éviter. Quand je me suis baissé c’était pour ramasser mon portable. L’un m’a mis un coup de genou, un autre m’a mis deux patates. J’avais pas de bâton. Je ne pense pas qu’on doive se mettre à trois pour arrêter un jeune comme moi. J’étais bloqué et je me suis rendu. »

Houari est né à Oran en 1993. Il est allé jusqu’au CAP mécanique auto, mais n’a pas le diplôme. Il dit préparer une formation de mécanique avec la Mission Locale. Il est domicilié chez ses parents, mais on ne l’y trouve jamais, il dort ailleurs, ici, là. Il est confus sur la question de ses ressources, on ne comprend pas s’il perçoit des ARE ou s’il lui manque des heures de travail pour pouvoir y prétendre. Il fume du cannabis, pas mal, et ses condamnations antérieures lui ont valu de faire un peu de prison où, dit-il, « ça s’est mal passé ». Le garçon est anxieux, il a souffert pendant sa garde à vue, et n’a aucune envie de retourner en prison.

 

« Chercher les policiers, c’est clairement un mauvais combat, dit la Procureur. Ce jeu là est un mauvais jeu qui va mal tourner à un moment donné. Et puis il faut assumer. On se comporte en marge et on n’assume pas. En raison de la gravité des faits, et de la situation précaire de Monsieur, qui n’a pas de travail, pas de domicile fixe, et qui se drogue, je demande 12 mois de prison dont 9 mois de sursis mise à l’épreuve, avec obligation de soins et de travail. Pour des raisons d’ordre public, apaiser le quartier, et permettre au prévenu de réfléchir à un projet, je demande aussi un mandat de dépôt. »

L’avocat qui défend Houari soulève qu’on ne lui a pas laissé le temps de voir son client, et que celui-ci a été malmené par la BAC quoi qu’on en dise, qu’il fut traîné sur le gravier et que son cou en porte les traces, et que, au minimum, on ne prononce pas de mandat de dépôt…

 

Verdict : Indemniser chacun des trois policiers à hauteur de 250 € chacun pour le préjudice moral. 8 mois de prison dont 5 avec sursis mise à l’épreuve, obligation de travail et de soins.

Mandat de dépôt.

Florence Saint-Arroman

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