jeudi 21 février 2019

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L'histoire est celle de « problématiques », comme on dit au Tribunal, issues des enfances respectives des protagonistes, prévenu et victime, qui, unis pour fonder famille, produisent à leur tour une nouvelle pathologie. Il faudrait des psychiatres et des psychanalystes, mais ce sont les juges qui auront à trancher.

 

Alex a 26 ans, Flora en a 22. Ils sont parents de deux tout petits, lesquels sont encore placés au foyer de l'enfance (par une mesure d'assistance éducative antérieure aux faits de la prévention), mais réintègrent petit à petit le domicile des parents, le Juge des Enfants l'a cru possible.

 

Or le 10 mai dernier, une de leurs voisines, en centre ville, appelle la police : Flora s'est réfugiée chez elle. Il y a eu dispute violente, et des coups.

Or le 23 mai 2015, Alex comparaissait déjà pour le même motif, et avait obtenu une relaxe car Flora s'était rétractée à la barre.
Elle va se rétracter à nouveau aujourd'hui, alors qu'Alex comparait sous escorte, il est en détention provisoire depuis 1 mois.

 

Alex nie. Jamais de coups. Des cris, oui. Des menaces de partir avec les enfants, oui. Des coups dans les meubles, oui. Tout le reste : non.

Flora appelée à s'exprimer ne veut pas se porter partie civile. En fait elle a « une très forte jalousie » en elle, c'est pour ça. « C'est pour ça quoi ? interroge un des juges assesseurs. Vous dites être très jalouse, mais les deux scènes de colère et de violence décrites sont sans rapport avec la jalousie. »

Ce juge va insister : le 10 mai dernier, Alex reconnaît avoir « balancé dehors » sa concubine. Définition de « balancer » ? La frêle jeune femme est confuse, ne convainc personne. Elle insiste, elle, sur sa « jalousie », elle dit se faire suivre pour cela, et souhaite que son compagnon se soigne pour « être bien dans sa tête ».

Et elle sort précipitamment de la salle d'audience.

 

Le certificat médical établi le 10 mai dernier relève des hématomes au front, à la hanche droite, au coude droit, ainsi que des hématomes « d'âge différent » à l'intérieur des cuisses et sur les jambes.

Alex, du box, se défend pied à pied : il est violent, oui, mais pas physiquement.

 

Il y a quelques mois, Flora est rentrée de courses en disant qu'elle avait fait tomber l'Iphone du couple, et que la vitre était brisée. Alex était à ce moment là au téléphone avec sa mère, il a hurlé « je vais la frapper », et sa mère a entendu un coup. « Dans un meuble », assure Alex.

Une voisine témoigne de la scène de l'Iphone : elle arrivait chez elle quand elle a vu Alex rentrer Flora de force à l'intérieur de l'appartement en la tirant par les cheveux. La voisine fonce caler son pied dans l'entrebaillement de la porte, « il l'avait mise au sol et la maintenait, et il criait 'elle a cassé l'Iphone' ».

Flora, à la barre, dit que ce n'est pas vrai. C'est donc un faux témoignage ? « Oui. » Elle ne convainc toujours pas. Un seul témoignage, pourquoi serait-il faux ? Silence.

 

Le 10 mai la voisine remarque « une grosse touffe de cheveux » sur le pull de Flora. La mère du prévenu, qui arrive en catastrophe, le remarque aussi. Explication d'Alex : « Elle se fait des couleurs chaque mois, alors elle perd des quantités de cheveux. » Il ne convainc personne, lui non plus.

 

Alex a un casier judiciaire fait de différentes peines pour vols, menaces de mort, port d'arme prohibé, refus d'obtempérer. Alex a un passé au centre médico psychologique : enfant très agité qui pique des crises, il est devenu, malgré ses rendez-vous chez le psy, un adulte agité qui pique des crises. Et sa compagne doit avoir elle aussi une enfance marquée qui la conduit vers ce qu'elle connait déjà, avec, a-t-elle dit, « une très forte jalousie » qui expliquerait que son homme retourne ses colères contre elle.


Le Tribunal ne l'entend pas ainsi : les violences conjugales sont sévèrement sanctionnées, c'est un facteur aggravant que de frapper son conjoint, ou ex-conjoint, ou futur-ex.
Le Tribunal entend que la jeune femme qui a demandé secours le 10 mai, a ensuite envoyé bouler l'association d'aide aux victimes.
Le Tribunal entend le Parquet qui dit que cette cellule famililale est en danger.
Le Tribunal condamne Alex à 12 mois de prison dont 6 mois avec sursis et à un suivi mise à l'épreuve de 2 ans, avec obligation de soins, interdiction de tout contact avec Flora (« et cela vaut aussi pour la victime »). Il est maintenu en détention.
Le Tribunal constate que les jeunes gens ne sont pas clairs, mais lui le sera : la séparation est clairement posée.

 

Sur le perron du TGI les deux tout petits attendent leur papa pour lui faire un bisou. Le papa recouvre ses menottes de sa veste de costume. La maman enfreint déjà l'interdiction de contact en portant le plus jeune à ses côtés. Son désormais ex-conjoint ne la regarde pas. Elle n'existe pas. Elle se tient un pas en arrière, le visage interdit. Elle aurait tant voulu une autorisation de parloir, mais les voilà séparés par un jugement pénal.

 

Les enfants n'ont pas 3 ans et sont déjà dépositaires d'un gros héritage provenant de leurs deux lignées, et les magistrats, sur ces questions, n'en peuvent mais.

 

F. Saint-Arroman

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