mercredi 20 février 2019

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L’homme a pleuré comme rarement on voit pleurer en audience.

Nous avons relaté ici, la première comparution d’André, 33 ans, le 1er avril dernier, pour « violence avec usage ou menace d’une arme » : il avait pénétré dans la Grande Pharmacie Mâconnaise, avenue Charles de Gaulle, la tête recouverte d’une capuche, les yeux masqués derrière des lunettes de soleil, et armé d’un pistolet (qui s’est avéré être à billes), à la recherche de Seresta. Il avait fini par prendre, faute de Seresta, l’argent dans la caisse et s’était enfui, pour être arrêté peu de temps après.

Une sorte de chagrin océanique déferle du box

André aux larges cernes, à la fois adulte - 33 ans -, et enfant - si dépendant, des drogues, de sa famille -, avait mauvaise mine ce jour là. Cet après-midi, ses cernes étaient moins larges, moins creuses, moins marquées, mais l’homme a pleuré comme rarement on voit pleurer dans la salle d’audience. Une sorte de chagrin océanique qui fit peser un moment sur la salle un silence particulier, comme lorsqu’il tombe de la neige.

Sa culpabilité ne fait aucun doute, l’enjeu des débats est le suivant : André est-il pleinement responsable de ses actes, ou son discernement était-il altéré ce jour-là ?

Des effets paradoxaux qui rendent agressif cet homme réputé gentil

André commence vers 14 ans avec du cannabis, "je me sentais mieux dans ma peau". Puis il passe aux produits de synthèse dans les rave party, et à l’héroïne ensuite. Cela lui vaut une première incarcération. Il parvient à substituer de la méthadone aux drogues dures. Mais n’y trouvant pas son compte, il se met à boire, et devient dépendant de l’alcool. Il tente deux cures de désintoxication, la première échoue, et à la seconde il découvre l’usage du Seresta, qui d’après un des médecins de l’hôpital de Lons le Saulnier lui serait absolument contre-indiqué : André connait avec ce produit des effets paradoxaux (rares mais reconnus pour cette classe pharmacologique), qui le rendent agité, violent, agressif, et modifient son état de conscience, soit l’inverse de l’effet escompté lorsque la prescription est adaptée et la posologie respectée.
Mais André parvient quand même à s’en faire prescrire et se shoote littéralement avec des plaquettes de comprimés qu’il prend à doses toxiques et qui se mélangent, de surcroît, à l’alcool et à la méthadone.

Altération du discernement ce jour-là : c’est la conclusion d’un psychiatre

Maître Escot, qui l’assistait à la première audience, avait demandé une expertise psychiatrique : son client a besoin de soins adaptés aux troubles de la personnalité dont il souffre et qui le poussent à se droguer, fut-ce avec un médicament dont un médecin a souligné les effets dangereux sur André. Le Tribunal avait rejeté provisoirement sa demande. Maître Dufour, qui prend le relai de ce dossier, présente cet après-midi à l’audience une expertise psychiatrique, faite dans le respect du cadre procédural, qu’il a sollicitée d’un expert (psychiatre et médecin légiste) auprès des tribunaux de Lyon. « 12 pages dont j’espère que vous tiendrez compte, car l’expert conclut à une altération du discernement au moment des faits ».

En prison, camisole chimique, pas de soins

Altération du discernement : les avocats ne peuvent par là décharger leur client des conséquences de ses actes, et de toute façon, ce n’est pas leur propos. Leur propos c’est que leur client, jugé sur des faits graves, soit pris en compte dans sa spécificité : « Un rapport du Sénat dit qu’il y a 20 % de malades mentaux en prison en France, insiste Maître Dufour, et ils n’ont pas de soin, on les calme avec de la pharmacologie, on ne les soigne pas, et quand ils sortent, que font-ils ? Dans quelles conditions se trouvent-ils ? Et quelles conséquences possibles sur la société ? » Il rappelle qu’André a demandé à voir un psychiatre à son arrivée à Varennes et n’a vu personne. En revanche on lui file 3 Valium par jour. Camisole chimique, nécessaire peut-être mais pas curative. Le ou les problèmes de fond subsistent.

« J’ai honte, j’ai tellement honte »

André, à l’évocation de sa famille qui est dans la salle, va pleurer, sangloter. Il dit : « J’ai honte, j’ai tellement honte de ce que j’ai fait. » Il dit : « J’ai besoin d’aide. » Il essuie ses yeux, son nez, dans la manche de son pull. Car l’aspect guerrier des débats et des questions qu’on lui pose, le lamine. Il est coupable, il le sait, il appelle au secours : il n’est plus maître de son comportement, démonstration fut magistralement faite lorsqu’il a mis une arme face à des gens, leur disant : « A terre ». Et pourquoi ? Parce qu’il n’avait plus de Seresta et que c’était si angoissant que ça n’était pas supportable.

4 ans, dont 2 avec sursis et mise à l’épreuve

Le Parquet requiert 3 ans de prison. Maître Dufour plaide longuement pour que les juges tiennent compte de la situation du prévenu. Le Tribunal condamne André M. à 4 ans de prison dont 2 ans avec sursis et une mise à l’épreuve.

Panique d’un homme aux abois

Mais André entend d’abord « 4 ans » et c’est un homme aux abois qui réagit à l’annonce, il réagit si fort, dans la panique qu’il éprouve, que le Président va re-préciser la peine : il y a du sursis, et 2 ans fermes équivalent à 18 mois avec les réductions de peine, mais s’il recommence, les peines se feront plus lourdes.
André n’en est pas là, il en est à survivre à ce qui lui arrive, à parvenir à faire face aux angoisses qui l’assaillent, et à la honte qui le mine. Sa chérie va se précipiter dans ses bras, et lui donner un peu de la chaleur sans laquelle à ce moment précis sans doute il sombrerait. L’escorte l’emmène.

 

FSA

André est condamné à l’obligation de se soigner, de travailler, et d’indemniser les victimes à sa sortie de prison, à hauteur de 1000 € chacune. Il a interdiction de paraître dans cette pharmacie.

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