vendredi 3 avril 2020
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Dimanche 3 mars, il l'a battue. Au motif que... sans motif, au fond. Une pluie de coups. Pendant une heure et demie. Des coups. Partout. Là où ça blesse l'esprit plus que le corps, là où ça blesse longtemps, même quand les marques ont disparu.
Carine est allée à l'hôpital, et cette fois-ci elle a porté plainte.

 

L'an dernier elle n'avait pas pu. Arrivée tremblante à l'Hôtel de Police, elle avait demandé à parler à une femme policier. Elle lui avait montré sa cuisse. Tout le monde voyait son visage à l'oeil bleu et mauve. Elle avait raconté, mais elle était morte de peur. Alors elle a littéralement pris la fuite sans porter plainte en essayant d'arracher la feuille sur laquelle la policière recueillait son histoire.

 

La semaine dernière Carine est allée au bout. Et Mehmet naturellement a continué son harcèlement et a joué l'intimidation, les menaces. Mais Carine avait rendez-vous avec l'AMAVIP*. Elle a dit : « Il vient devant mon local professionnel, il me menace, j'ai peur ».
L'AMAVIP a sur le champ appelé le Procureur. Le Procureur a sur le champ donné ordre à la police. Les policiers ont arrêté Mehmet, sur le champ. Garde à vue, détention provisoire.

 

Déjà condamné pour violences en 2014

 

Il peut raconter ce qu'il veut, Mehmet, les jeux sont faits : condamné en 2011 pour violences, condamné en juillet 2014 pour violences sur son épouse, laquelle décède à l'automne dernier d'un cancer. A écouter Mehmet on croirait qu'il a assisté sa femme jusqu'à son dernier souffle, mais la réalité c'est qu'il avait « interdiction d'approcher la victime », qu'elle était accompagnée par l'AMAVIP, et qu'il avait l'insulte dégradante, même après sa condamnation.
Il a rencontré Carine en août 2014.
Charmant, cultivé, aidant, soutenant, et plein de promesses.
Puis il l'a fait déménager. Et puis ça a dégénéré.

 

La faute aux « valeurs de sa culture et de son éducation »

 

Pourtant il était en sursis mise à l'épreuve. Pourtant le CPIP avait fait un long rapport en novembre 2014 : « Monsieur dit ne pas regretter. Il invoque des valeurs liées à sa culture et à son éducation, et dit que les valeurs de la République passent après. Son mariage était un mariage arrangé, il a subi de grosses pressions familiales, et de sa belle-famille aussi. Il est fâché avec ses parents. Au fil de l'entretien, il infléchit son discours. »

 

La faute au shit

 

Il est né à Ankara, en 1979. Il a grandi ici, si on se réfère à la qualité de son français, sans aucun accent. Depuis le décès de sa femme, il a ses deux filles, petites, avec lui. Il était entrepreneur, sa société est en liquidation judiciaire. Lors de la perquisition, la police trouve, outre près de 4000 € en liquide, 69 grammes de cannabis et une balance de précision dans le cabanon de son jardin à Prissé.

Alors, comme il ne peut décemment pas envoyer bouler les valeurs de la République devant le Tribunal, aujourd'hui c'est la faute du shit, « cette merde » dit-il, en en faisant la traduction.

Des joints chaque jour, malgré le suivi mise à l'épreuve : jamais un pas en direction des soins. Mais c'est tout la faute à « cette merde ».

 

« Ce n'est pas les coups qui font mal, c'est moralement, je suis épuisée. »

 

Carine a du mal à supporter son dicours à lui, elle vient à la barre pour dire ce qu'elle a vécu.

« Ça fait un an et demi que je le connais. Au début il était charmant, mais le 3ème jour il pleurait : son mariage arrangé, les enfants non désirés. »

Ben oui, il pleurait, le pauvre. Et Carine va vouloir l'aider, la pauvre. L'aider, le soutenir, l'encourager à lever le pied sur les joints. Pendant ce temps il va l'isoler, la surveiller, la battre, l'insulter. « Moralement, je suis épuisée », dit-elle. « Il disait que je ne respectais pas sa religion, il me faisait faire des ablutions, fallait plus mettre de vernis à ongles. » Pour des miettes de pain, il la fait « dégager de la table ». Un matin qu'elle ouvre la porte des toilettes alors qu'il s'y trouvait, il l'étrangle. A la mère de Carine qui téléphone, il dit : « Je suis l'homme qui baise votre fille. »

 

« Je devais rester 'à ma place', raconte Carine, mais je n'étais jamais assez soumise. Ce n'était jamais assez. »

 

Carine termine ainsi:« A mon avis, il voulait me voir heureuse, je pense. Je ne sais pas... »

Maître Labaune, pour sa frêle cliente à l'oeil encore marqué, s'adresse au prévenu : « Vous avez anéanti le peu de confiance que ces femmes avaient en elles. » L'atteinte est grave, en effet, comme dit Carine, les coups on s'en remet, le travail de sape, les insultes, l'humiliation, les menaces (lui ouvrir le ventre, la prostituer) on ne s'en remet pas, pas comme ça.

 

Et l'amour dans tout ça ? Mehmet a la logique de sa perversité : il ne manque pas de redire son amour pour Carine, et elle ne manque pas d'en être fragilisée encore. Elle pleure, car c'est incompréhensible : s'il l'aime, pourquoi l'avoir traitée ainsi ? Eh bien parce que l'amour c'est pas ça, quoi qu'en disent tous les Mehmet de la terre.

 

Verdict

 

18 mois de prison ferme, sans aménagement possible, révocation du sursis de 6 mois prononcé en juillet 2014, soit 2 ans en tout.
La Justice saisit les presque 4000 € d'argent liquide trouvé chez lui, et le condamne à verser 1 500 € de dommages et intérêts à Carine.

 

F. Saint-Arroman

 

*AMAVIP : Association de Médiation et d’Aide Aux Victimes d’Infraction Pénales
http://www.saone-et-loire.gouv.fr/l-aide-aux-victimes-en-saone-et-loire-a5662.html

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