samedi 23 février 2019

En volant à Monsieur L. sa bouteille de gaz, son réchaud, et son vélo, les voleurs ont tout bonnement détruit ses conditions de vie. En cassant tous les plexiglas de la caravane, les voleurs ont explosé son abri et celui de son chien. Mais les voleurs n'en ont pas conscience, parce que les voleurs (présumés innocents jusqu'à ce qu'ils soient jugés) ont respectivement 11, 13, et 15 ans.

 

Dimanche dernier Monsieur L. rentre chez lui, dans la caravane qu'il occupe depuis 2 ans : il a été volé et vandalisé. La police intervient. La police le connait, ce monsieur installé là, dans la zone industrielle de Mâcon-sud, faute d'un autre logement. Au chômage en fin de droits, il vit avec le RSA, donc il vivote, mais se tient encore droit. Il partage la caravane avec son chien, « un bel animal » d'après une policière très sensible au fait que Monsieur L. prend soin de lui, et passe après, en particulier en ce qui concerne les repas.

Tout ça pour dire qu'en lui volant sa bouteille de gaz, son réchaud, et son vélo, les voleurs ont tout bonnement détruit ses conditions de vie. En cassant tous les plexiglas de la caravane, les voleurs ont explosé son abri, et celui de son chien.

Mais les voleurs n'en ont pas conscience, parce que les voleurs (présumés innocents jusqu'à ce qu'ils soient jugés) ont respectivement 11, 13, et 15 ans.

 

La police a enquêté, et a été aidée par les images de certaines caméras installées à proximité des entreprises de la zone industrielle. Les deux garçons de 13 et 15 ans ont été placés en garde à vue, le plus petit, 11 ans, a été mis en retenue : la police ne pouvait le garder que 12 heures, en vertu des lois qui protègent les enfants.

Les enfants... ont été interrogés. Le meneur, le plus âgé, qui vit dans l'Ain, mais vient passer ses week ends à Mâcon-sud chez un membre de sa famille, était déjà connu de la police, il fait partie de ceux qu'on a entendu lors des épisodes d'incendies de voiture du début de l'automne. De fil en aiguille, les enquêteurs ont élucidé 2 autres feux de voiture, l'un de début janvier, l'autre du week end dernier, justement. Faut croire que ces jeunes gens aiment les flammes : ils ont aussi essayé de faire cramer la caravane de Monsieur L. Au passage la police a établi qu'ils avaient aussi volé un extincteur dans une entreprise.

L'auteur principal a été présenté au Procureur cet après-midi. L'enquête se poursuit. Bien sûr il y aura des suites judiciaires, et vraisemblablement des mesures éducatives en attendant que le Juge des Enfants statue.

 

Les présumés-voleurs n'ont pas conscience de la gravité des coups portés à un homme qui a organisé sa vie en caravane, qui se déplace en vélo, et qui vit avec son chien. Les coups portés à un homme de 50 ans qui ne retrouve pas de travail, et qui lutte cependant pour garder un socle, des points d'appuis, a minima, comme le revenu minimum avec lequel il se débrouille exclusivement.
Comment des gamins sauraient-ils à quel point leur vandalisme, animé par des intentions dont ils ignorent vraisemblablement les déterminations réelles, profondes, a manqué mettre à terre un homme à peine plus âgé peut-être que leurs pères ?
Comment ces gosses pourraient-ils imaginer que la police, sensible à cette détresse sociale qui se tient encore droite, qui résiste à la déchéance possible, si près, si près, a mis Monsieur L. en relation avec les services municipaux susceptibles de l'aider et que ceux-ci à l'heure qu'il est ne peuvent rien ou presque parce que la situation administrative de Monsieur L. ne le permet pas ?

Ils ne peuvent pas, ils sont englués dans leurs histoires qu'on imagine sans peine bien problématiques, et n'ont pas l'âge de savoir que la vie administrative conditionne tant de nos vies sociales. La Mairie n'y met que de la bonne volonté, mais ne dispose pas de ses crédits comme ça lui chante : les contrôles des dépenses imposent leurs cadres, et on ne peut aider à payer son gaz quelqu'un comme Monsieur L. parce qu'il n'a pas de facture, et il n'en a pas parce qu'il n'a pas d'appartement, parce qu'il se débrouille en recevant le minimum et en ne demandant rien.

 

C'est en cela qu'une société organise ce qui est possible en son sein, et ce qui ne l'est pas.

Monsieur L., en choisissant de porter seul dans la mesure du possible ses difficultés, risque la désinsertion - alors qu'il en a évité les chutes majeures jusqu'à ce jour -, pour des raisons administratives : il ne rentre dans aucune case.

De l'autre côté, 3 enfants jeunes vont eux être insérés dans des dispositifs socio-éducatifs au minimum, et judiciaires pour une part, peut-être, quand l'enquête sera close. 

 

F. Saint-Arroman

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