jeudi 21 février 2019

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L'élement déclencheur : le larcin d'un déodorant en stick d'un montant de 4,06 euros.

 

Dom A., 36 ans, arrêté hier soir pour vol aggravé par des violences, comparaît aujourd'hui, en menace de rupture d'avec un parcours de réinsertion qui portait des fruits, puisque suivi et accompagné par le CPIP il avait arrêté de se droguer (depuis 3 ans sous Subutex). Suivi et accompagné par Le Pont, il avait intégré un appartement-relais. Suivi et accompagné par les Jardins de Cocagne, il y travaillait depuis le 20 juillet dernier, et avait mis en place, avec l'accompagnatrice socio-professionnelle des Jardins, un projet pour parachever sa formation de soudeur en juin prochain. « Sa situation sociale a évolué, réadaptation sociale, en tenir compte », écrit le CPIP. Oui, mais voilà...

 

Les faits

 

Hier en fin d'après-midi, vers 18 h 30, Dom. entre au Carrefour City de la rue de la Barre. Il passe au rayon du pain, puis au rayon alimentaire, puis au rayon produits d'hygiène. Il se dirige vers la caisse, puis se ravise, et retourne au rayon hygiène, prend un déodorant qu'il met dans sa poche. Le gérant du magasin l'observe sur les écrans des caméras de surveillance. A la caisse, Dom. paie son pain et des saucisses, et sort. Le gérant lui fait face, et interrompt son départ. Il lui demande de vider ses poches. Dom. sort son téléphone portable. Le gérant insiste, et précise alors que la police va arriver. « Va te faire foutre ! » lui lance Dom. et il cherche à s'enfuir. Le gérant l'en empêche, et ça dégénère, Dom. va lui coller un coup de tête. Un homme viendra en aide au jeune gérant. Dom. empeste l'alcool. La police l'embarque.

 

Le prévenu

 

Dom. a 36 ans et un casier relativement chargé (beaucoup de choses deviennent relatives quand on fréquente les audiences). Il cumule 7 ans de prison. Pour des vols, essentiellement. Célibataire sans enfants, n'a jamais connu son père, sans relations avec sa mère depuis des années. Sans famille. Sauf qu'il est amoureux, depuis quelques mois, on veut y voir un des fruits de sa « réadaptation sociale ». Elle est dans la salle, elle est jeune, a le regard ouvert, le gérant du Carrefour la connaît aussi, il la trouve agréable et sympathique.

Aucune condamnation depuis 2012, certes, mais Dom. est quand même en état de récidive légale (le délai est de 5 ans), et ça aggrave le vol déjà aggravé par les violences.

Hier, il avait bu, ça n'a pas dû l'aider à se maîtriser : « J'ai fait n'importe quoi hier, j'ai tout perdu pour 5 minutes de connerie, j'ai pas réfléchi, si j'avais réfléchi ça ne serait pas arrivé. »

 

La victime

 

La victime est donc le gérant d'une supérette. Une trentaine d'années, gros travailleur et pas énervé. Capable de faire face, c'est sûr, et il le faut bien : les vols sont réguliers, pas une semaine sans une situation de ce genre à gérer. Et que faire ? Quand les gens peuvent payer ce qu'ils ont volé, souvent ça s'arrête là. Quand les gens ne le peuvent pas, police. Quand ce sont des mineurs, police, c'est la loi. Quand il y a des coups, police. Hier il y a eu des coups, et une jeune caissière a eu peur : quand ça commence, qui sait quand et comment ça va s'arrêter ? Le gérant est presque désolé de ce que son agresseur joue dans cette comparution, et en même temps il ne pouvait pas laisser passer, il ne le devait pas.

 

Le Parquet

 

« Il va falloir que Monsieur prenne son destin en main. Un passage à l'acte violent n'est pas acceptable et pas accepté. Monsieur est imprévisible puisqu'on nous dit qu'il est capable du meilleur, et qu'aujourd'hui on voit qu'il est aussi capable de ce passage à l'acte. Je demande 6 mois de prison et un mandat de dépôt. J'ai conscience du contrat de travail en entreprise d'insertion, des éléments de parcours positifs, j'ai conscience qu'une incarcération met à mal tout cela, mais on peut craindre ses passages à l'acte. »

 

L'avocate de la défense

 

Maître Vion enchaîne sur tout ce qu'un mandat de dépôt viendrait « mettre à mal », « pour 4 euros et 6 centimes, j'insiste sur les 6 centimes, parce que pour une somme pareille, les centimes sont importants. On a l'impression qu'il a été pris dans une pulsion. Et les pulsions, certaines sont légales, d'autres pas... Le problème porte sur la violence : il a pris peur en entendant que la police arrivait. A son crédit : il voulait transiger, rendre le stick de déodorant, et qu'on en reste là. La vicitme n'a pas d'ITT, n'est par chance pas blessée, et le préjudice est de 4,06 €, alors ne prononcez pas de mandat de dépôt, ne portez pas un tel coup à tout ce chemin de construction. »

 

Mandat de dépôt

 

Un délibéré plus tard, le Tribunal condamne Dom. à 4 mois de prison ferme et décerne un mandat de dépôt. Le Président remplit une fiche à l'intention du centre pénitentiaire et y porte : « 16 mg de Subutex par jour, du Lexomil contre les crises d'angoisses ».

 

Aux Jardins de Cocagne, la directrice, jointe après l'audience, parle de « quelqu'un de calme, à l'écoute de ce qu'on peut lui dire, qui peut se mettre en question. Son projet de soudure est sérieux, car il sait déjà souder, il s'agit de parfaire sa qualification. Il n'avait pas travaillé depuis 7 ans. On sait sa fragilité, mais ici il n'y a jamais eu de problème. » Il va falloir annoncer son incarcération à l'équipe. Le genre de nouvelle, dans les structures d'insertion, qui sonne toujours comme si un homme était tombé sur le champ de bataille.

 

Florence Saint-Arroman

 

Dom. A. est aussi condamné à indemniser la victime à hauteur de 500 € au titre du préjudice moral.

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