vendredi 7 août 2020
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1er novembre dernier, sortie du Galion à Mâcon : rixe. Une jeune femme est balayée puis tirée par les cheveux sur plusieurs mètres : entorse cervivale. L'agresseur est incarcéré à Grenoble, le Tribunal va juger par visioconférence...

 

La salle de visioconférence est dans le sous-sol du Tribunal. Une pièce éclairée aux néons, un espace banal. Autant une salle d'audience est un espace rigoureusement structuré et hierarchisé, autant dans cette salle sans destination, juges, procureur, greffier, avocat et victime se retrouvent assis autour de la table, sans autre forme de procès. Dans un coin l'écran et la caméra.
La greffière met en route la connexion avec le centre pénitentiaire de Varces, près de Grenoble. Les gardiens vont amener Jérôme S., écroué depuis le 19 novembre dernier (jusqu'à fin mai, pour une autre peine), mais ils ont du retard, car « bloqués par des mouvements ». L'ambiance est particulière : dématérialisée, flottante.

Tout va prendre corps, car le détenu est chaud patate. Accusé de violences sur sa compagne, dans un état bien alcoolisé, Jérôme dément avec force la version des faits présentées par tous.

 

4 ans de prison pour violences sur sa mère

 

N., 26 ans, et Jérôme, 41 ans, sont ensemble depuis 5 ans. Un compagnonnage pas très évident pour ce qu'on en saisit. L'homme est très possessif et capteur, la jeune femme démarre sa vie d'adulte avec lui dans ce qu'on appelle une relation d'emprise, c'est du moins le sentiment qui se dégage.

Condamné en 2005 et en 2006 pour conduite sous l'empire de l'alccol puis pour recel, Jérôme écope de 4 ans de prison ferme en 2011, dont 2 ans assortis d'un sursis mise à l'épreuve pour « violences sur personne vulnérable », sa mère.

Il est donc en état de récidive légale, si toutefois il est coupable, ce que selon lui il n'est pas.

 

Les faits : jalousie et coups

 

Le 1er novembre dernier, venu passer le week-end à Mâcon, chez la tante de N., le couple retrouve Eric. Eric est dans la tranche d'âge du prévenu. Ils vont diner, puis finissent la soirée au Galion. Jérôme ne supporte pas Eric, qu'il trouve « malsain ». Quand il retrouve à 3 reprises ce dernier juste à côté de sa copine, il pique une bonne crise de jalousie, et ça tourne à la rixe dehors, pour se finir avec la police, à 2 heures du matin. C'est Eric qui a appelé les secours, N. était « trop mal » : Jérôme lui a fait payer... quoi ? On ne sait pas. La jalousie n'a besoin que de prêtexte, la plupart du temps.

 

Le prévenu dément avec énergie, et conviction, mais...

 

Poursuivi pour violences, Jérôme ponctue tous ses propos de gestes expressifs. Il est convaincant, d'une certaine manière, et ceci parce qu'il est vraisemblablement convaincu de ce qu'il dit : il est victime, ils étaient à 3 contre lui, il a pris des coups, il a des certificats médicaux à produire, mais il n'a pas d'avocat, il est incarcéré, il en bave, et il reçoit des menaces. A l'appui de sa démonstration, il va tenter de discréditer Eric, et aussi la victime, en balançant des détails intimes, publiquement.

On sent le gars qui n'a plus grand chose à perdre, et qui tâche de créer quelques dégats pendant qu'il le peut encore. Cette démarche rend sa démonstration beaucoup moins convaincante, malgré sa constance, et les gestes de négation par lesquels il manifeste son désaccord pendant les réquisitions du Parquet. Il se contente de gestes, car on lui a demandé de se taire pendant que le Procureur parle. Il est bouillant, il coupe volontiers la parole, le Président l'a rappelé à l'ordre.

 

La visioconférence rend possible des manifestations qui ne sont pas autorisées en principe

 

Les gestes n'auraient même pas lieu en salle d'audience. A peine esquissés on exige des gens qu'ils soient prévenus ou victimes d'être moins démonstratifs. En audience on contient toujours tout : les propos trop vifs, les attitudes, les gestes. Ici aussi, mais le dispositif de visioconférence favorise cette expressivité, car la distance le permet. C'est pourquoi le dispositif est encadré, et ne devient pas habituel : il change la forme. Cela étant, sur le fond, tout se déroule dans les cadres consacrés, et la victime, très émue et secouée, se trouve soulagée de tourner le dos à la caméra.

 

La violence en prison

 

Jérôme ne lâche rien : « Je ne suis pas violent (il a pris 4 ans pour violences, tout de même), j'ai une épée de Damoclès au dessus de la tête, et cela fait que je subis tout, je me laisse taper, j'ai des soucis en prison vous savez. » Le fait est que la vie en prison est parfois évoquée en audience, certains détenus souffrent beaucoup, d'autres subissent des violences, etc. Evoquée mais jamais traitée car ce n'est jamais l'objet des débats, ça reste toujours périphérique, marginal. Alors Jérôme essaie d'attirer l'attention là dessus, mais en vain.

Le Parquet requiert 5 mois de prison ferme. Et Jérôme grille ses dernières cartouches : « C'est injuste, je souffre, j'ai pas d'avocat, je prends des coups, et... J'ai encore des preuves, j'ai mon tee shirt déchiré. » Le Tribunal peut concevoir qu'il ait pris des coups, le 1er novembre, mais il est là pour être jugé pour ceux qu'il a porté sur son ex-compagne. Lorsque Maître Dufour, qui assiste la victime, parle des menaces de mort de Jérôme, pour qu'elle retire sa plainte, Jérôme a encore des gestes exaspérés.

 

Interdiction d'entrer en contact avec la victime, par quelque moyen que ce soit

 

Jérôme est condamné à 10 mois de prison dont 5 avec sursis mise à l'épreuve pendant 2 ans. Obligation de travailler, de réparer, et surtout interdiction d'entrer en contact avec N. par quelque moyen que ce soit.

N. était prête à quitter sa ville, pour se sentir en sécurité, ça ne sera sans doute pas nécessaire, mais l'épreuve est de taille : il y a des hommes (et des femmes) qu'on ne peut pas quitter autrement qu'en portant plainte contre eux, et en laissant la Justice intervenir. C'est protecteur, mais c'est très violent à vivre.

 

F. Saint-Arroman

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