samedi 20 avril 2019

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Jérémy l'a échappé belle : en demandant  dans le cadre de sa comparution immédiate un délai pour être jugé, il risquait fort la détention provisoire. On entendait déjà les cliquetis des trousseaux de clés du centre pénitentiaire, mais...

Mais le Tribunal en a décidé autrement, et à titre symbolique il est agréable de terminer l'année ainsi. C'était en effet la toute dernière comparution immédiate de 2015, une comparution décidée sur les chapeaux de roues puisque Jérémy, un lyonnais de 30 ans, a été placé en garde à vue ce matin seulement.

 

Les faits : en fin de nuit, à 4h20 du matin, les gendarmes en patrouille sur l'A6 repèrent une Clio arrêtée sur la bande d'arrêt d'urgence. Le conducteur est à demi-allongé dans sa voiture, portière ouverte, les jambes ballantes à l'extérieur. « Très à la cool » trouvent les gendarmes. Le conducteur est en panne d'essence, il a appelé le patrouilleur pour être dépanné, et il attend, en musique. Ambiance Ya man ! Le gars a fumé du cannabis, il est chargé, mais pas au point de se soumettre aux analyses sans d'abord les refuser... C'est qu'il n'a pas de permis, et pas d'assurance non plus.

De surcroît il est en état de récidive légale, et tout devient subitement beaucoup moins cool.

 

La courte garde à vue a dû être croquignolesque puisque le prévenu tenait « des propos décousus » (c'est la traduction du Parquet), au point qu'on a diligenté une expertise psychiatrique.

 

Jérémy est un homme étrange : d'apparence tout à fait normale, il n'offre aucune saillance, ni à le voir, ni à l'écouter. Il a une femme et deux petits enfants, une situation de famille stable. Il ne se drogue pas continûment, semble-t-il, il reste consommateur occasionnel. Affable, courtois, velouté. Velouté, c'est le mot qui vient pour décrire cette nonchalance polie, cette affabilité forcée, que le psychiatre n'a pas manqué de relever, et que le CPIP qui rencontre Jérémy dans la foulée épinglera à la perfection : « sa situation paraît banale, voire lisse ».

 

« Voire lisse », à un détail près : 3 condamnations pénales pour des conduites sans permis, puisqu'à chaque fois Jérémy avait perdu tous ses points, devait restituer son permis, ne le faisait pas, et prenait le volant.

Pas si lisse que ça finalement (bien que ce soit exactement le sentiment qu'il dégage) puisque, contrairement à tant de prévenus, Jérémy a un travail, un CDI, il est commercial, et il tafe dur. Il tafe dur parce que, condamné à 12 ans d'interdiction de gérer une entreprise, il fait face à une situation de surendettement, alors il marne, il cumule même les boulots, pour rembourser.

Pas si lisse non plus sur la question des « propos décousus », que Maître Vion, qui l'assiste dans l'urgence également, met en lien avec « les événements récents » (on entend : « les attentats ») qui auraient perturbé Jérémy, mais qui respecte le souhait de son client de ne pas débattre aujourd'hui de la question.

 

Le Parquet demande que Jérémy soit placé en détention en attendant son jugement, Maître Vion va plaider en faveur d'un contrôle judiciaire : « Il ne doit plus conduire, c'est certain. Mais il ne vit pas au fin fond du Charollais, il travaille sur Lyon et dispose de tous les transports en commun. Son absence pèserait sur le bon fonctionnement de l'entreprise qui l'a embauché, il a des gens sous sa responsabilité de responsable commercial. »

 

Le Tribunal décide du maintien en liberté de Jérémy qui est placé sous contrôle judiciaire jusqu'à son jugement, fin janvier. Il a évidemment l'interdiction absolue de conduire tout véhicule.

 

Le mot qui détend revient à Maître Vion qui, rappelant à son client qu'il a de la chance d'échapper à l'incarcération, lui lance « Et pas d'écart de conduite, surtout. ». Qu'elle soit remerciée, on rit peu dans les tribunaux, et pour une fois qu'il n'y a pas de mandat de dépôt...

 

Jérémy est intensément soulagé, il est dans l'oeil du cyclone depuis l'aube, et a expérimenté que lorsque la Justice s'y met, c'est pas forcément d'la bonne, man ! Mais elle te fait bien décoller aussi.

 

Florence Saint-Arroman

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