lundi 22 avril 2019

Marc P. ne respire ni la santé ni la joie de vivre. Il a 42 ans, il est donc jeune encore mais porte tous les signes physiques d’une vie de peine, vraisemblablement tabagique, et surtout alcoolisée.

Deux condamnations pour conduite sous l’empire de l’alcool, en 2002, et récemment en février 2015. A chaque fois du sursis, 3 mois de prison possiblement révocables en tout ou partie puisqu’il est aujourd’hui poursuivi pour avoir loué une voiture au service mobilité du PLIE de Mâcon, pour le prix de 5 € par jour, avec un contrat en bonne et due forme : c’était pour se rendre au travail, et le contrat de location s’arrêtait le 31 mai. Il n’a jamais rendu la Lancia, et fut contraint d’en restituer les clés aux policiers venus chez lui. Les relances par courriers et par téléphone du PLIE sont toujours restées vaines, sans réponse.

« Abus de confiance », voici la prévention. Dans la bouche de Marc cela s’appelle « n’être pas bien dans son état ».

 

A compter du 31 mai, il s’est trouvé sans travail, ses indemnités de retour à l’emploi passaient dans ses charges, il attendait d’avoir de l’argent pour payer la location de la voiture. C’est ce qu’il dit. En réalité, et il le dit aussi, il s’en servait au minimum pour aller chercher ses enfants un week-end sur deux. Oui parce que voilà, quand la Procureur lui demande où il en est avec l’alcool, pour savoir si des obligations de soins s’imposent, il explique : « J’ai arrêté parce que mon ex-concubine voulait m’enlever mes enfants, elle avait décidé de me faire passer pour un alcoolique, j’ai passé 8 mois sans les voir, mais le jugement est passé et c’est bon, je les vois un week end sur deux et aux vacances. »

Le Président lui demande si éventuellement il accepterait de faire des travaux d’intérêt général, en guise de peine. « Oh oui ! s’exclame Marc, je suis en train de tourner en rond chez moi, je suis enfermé chez moi. »

 

Le PLIE se constitue partie civile, et sa directrice vient demander 515 €, soit ce que Marc doit pour cette location prolongée abusivement, précisant toutefois que la somme peut être adaptée à ses ressources. Elle voudrait qu’il comprenne surtout qu’ « il a privé quelqu’un d’aussi en difficulté que lui ». C’est pas le tout de boire le bouillon, y compris corsé à quelques degrés, mais faudrait quand même penser aux autres.

Le Tribunal ne se soucie pas de moraliser, il se soucie des lois, et de la situation de Marc P.

Le Parquet requiert des heures de travaux d’intérêt général, « cela peut lui permettre de remettre le pied à l’étrier ».

Ce qui fut : 105 heures de TIG à exécuter dans un délai de 18 mois, assorties d’un nouveau sursis de 2 mois, ce qui maintient l’épée de Damoclès au dessus de Marc. Celui-ci a l’obligation de rechercher du travail et d’indemniser le PLIE, à hauteur du préjudice de 515 €, en fonction de ses ressources.

Marc est en fin de droit à Pôle emploi, et va basculer sur l’Allocation de Solidarité Spécifique dans un mois. L’ASS n’est versée qu’aux personnes dont les revenus, quand elles vivent seules, sont inférieurs à 1 137.50 €. Il y a peut-être des situations dans la vie où l’on ne peut penser qu’à soi même, avec discernement, ou pas.

 

Florence Saint-Arroman

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