Nombre de personnels hospitaliers en particulier, et de fonctionnaires en général, ont dû avoir quelque peu mal aux oreilles mercredi en entendant le président de la République dire à des soignants, sans détour, ce qui est aujourd'hui la politique des services publics en France : « pas de problème de moyen, simplement un problème d’organisation ». Ah...

 

Parole présidentielle déjà entendue dans d'autres bouches... celle de Pierre Pribille, directeur de l'ARS, l'année dernière, tentant de désamorcer un mouvement de colère historique à l'hôpital de Mâcon.

En 2019, les services d'urgence constamment saturés, les personnels ont exprimé leur usure et leur ras-le-bol comme jamais, à Mâcon comme ailleurs. Puis une épidémie est passé par là, avec des services de réanimation dont il a fallu augmenter la capacité. Mais, au final, pas plus de lits de « réa » en France selon le professeur Juvin. Les hospitaliers et les malades apprécieront...

Entendue aussi dans la bouche du secrétaire d'Etat à l'Intérieur Laurent Nuñes au commissariat de Mâcon au début de l'année. Policiers, on le sait, en sous-effectif à l'heure de l'explosion des violences conjugales (+30% pendant le confinement annonçait le préfet au déconfinement), des violences liées au déconfinement, à la crise économique et sociale, à l'affaiblissement de l'autorité. Les policiers et les citoyens.nes apprécieront...

Dans l'Education nationale, on ne le dit pas comme ça, l'on présente une moyenne du nombre d'élèves par classe relativement basse, avouons-le. Sauf que certaines classes de maternelles sont trop chargées (jusqu'à 26 élèves par classe). Sans doute l'effet, en partie, du dédoublement des CP et CE1, certes très positif, mais qui fait baisser cette moyenne au détriment des plus petits. D'autant plus injuste quand une centaine de mètres seulement sépare deux écoles dont l'une ne bénéficie pas de dédoublement. Les profs et les parents, dans certains quartiers, apprécieront...

Manque cruel de moyens également dans la Justice, souvent rappelé lors des rentrées solennelles des juges et procureurs. Ils apprécieront, tout comme les victimes...

Et pourtant, l'argent a coulé à flot et coule encore à flot pour sauver les boîtes. L'Etat providence a pleinement rempli son rôle au printemps. 

Revenons à l'opposition moyens/organisation. Faut-ils donc se faire à l'idée que le temps des services publics à la Française, peuplés de hussards, est définitivement révolu ? Que nos hussards doivent définitivement se résigner à travailler avec les moyens du bord (ce qui, de surcroit, ne rend pas le métier attractif), en plus en étant sous-payés ? Ne nous plaignons pas, nous dit-on, on vit toujours mieux en France qu'ailleurs. Soit.

Mais n'est-ce pas aussi cela protéger les plus fragiles comme aiment à le rappeler le directeurs de l'ARS : augmenter le nombre de lits dans les services de réa et le nombre de soignants.es pour s'en occuper plutôt que d'interdire à certains de travailler ?... Autrement dit, augmenter les moyens pour soigner et sauver plus de personnes, donc mieux servir, et faire en sorte que la France reste, et de loin, le plus grand pays de soins hospitaliers du monde. C'est une grandeur inestimable à préserver, quel qu'en soit le prix.

Rodolphe Bretin