Mâconnais

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Interpellée le 24 novembre suite à avis de recherche, une Roumaine de 32 ans, mariée, deux enfants, comparaissait ce lundi devant le tribunal correctionnel de Mâcon pour vol en réunion commis le 19 septembre à Péronne.

 

À 15h15 ce 19 septembre, deux femmes entrent dans le magasin. Après quelques minutes, elles se séparent et communiquent ensemble par téléphone. L'une d'entre elles ressort, vient stationner une Opel astra devant l'entrée du magasin, laisse le moteur tourner et attend la seconde, qui déboule à 16h, en courant, chargée de deux sacs remplis de lames de rasoirs, tondeuses, épilateurs et produits de beauté, d'entretien du corps. Elle vient de passer par la sortie sans achats... les deux femmes prennent la fuite.

Les caméras de surveillance vont permettre de les identifier rapidement et de lancer des avis de recherche. L'une d'entre elles, qui est en France depuis le mois d'août avec son mari et ses deux enfants, hébergés à La Seyne-sur-Mer par des amis, est cueillie sur le chemin qui les mène là-bas.

Si elle n'a aucun antécédent judiciaire, elle a néanmoins commis ce genre de vol à plusieurs reprises dans des magasins Intermarché à Bourgoin-Jallieu, Valençay et Meyzieu dans l'année 2019. Elle est l'objet d'une convocation par officier de police judiciaire le 16 janvier pour les mêmes faits commis à Bourgoin au mois d'août.

Visiblement bouleversée et pleine de regrets (elle s'exprime en pleurant), Claudia explique au tribunal ce qui l'a conduit à commettre de tels actes. Sa fille ayant besoin d'une opération cardiaque, elle est tombée dans le piège d'un réseau organisé de malfaiteurs roumains. Son mari est dans la salle d'audience. Il pleure aussi. 

Une certaine Clara-Maria, avec qui elle a agit, lui réclame de l'argent, argent qu'elle aurait prêté (7 000€, avec intérêts) pour permettre à sa fille d'être soignée. Clara-Maria et son conjoint envoient ce qu'ils ont volé en Roumanie pour de la revente et s'acheter de la drogue en retour. Claudia ne tire aucun bénéfice de ces vols.

Clara-Maria se montre menaçante vis à vis des enfants de Claudia si celle-ci ne coopère pas : « Ils n'auront pas à manger si tu ne fais pas ça avec moi » aurait-elle dit. L'emprise fonctionne. « J'ai fait ce que l'on me demandait pour voir mes enfants » traduit l’interprète.

Une question taraude néanmoins : pourquoi venir en France ? La réponse ne surprend pas : « Pour toucher des aides et pouvoir faire opérer ma fille. »

Sans emploi, sans ressource, mariée depuis 15 ans, Claudia demande la pitié.

La procureure requiert 6 mois de prison dont 3 avec sursis, et demande un mandat de dépôt. « Nous avons l'habitude de voir ce genre de personnes dans les parquets. Nous appelons ça des équipes à tiroir. Ce n'est pas un simple vol à l'étalage, il y a d'autres faits. La co-auteure est identifiée et fait l'objet également d'un mandat d'arrêt. »

La défense, maître Isabelle Quoizola, indique qu'« aucun des critères posés par la loi dans ce cas précis ne tend à la condamnation à de la prison, et encore moins à un mandat de dépôt. La comparution immédiate n'est pas justifiée et la réquisition du parquet est sur-réaliste. Madame est maman, son mari est là, elle a une adresse et n'a pas de casier judiciaire. Le mode opératoire est d'ailleurs incroyablement simpliste. Il n'y a rien de professionnel là dedans. On voit bien qu'il s'agit d'une situation subie et non pensée. »

Claudia s'en sortira avec 6 mois de prison avec sursis et l'obligation de réparer le préjudice de 3 400€.

Rodolphe Bretin