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À la lumière de son expérience, racontant ses débuts, le journaliste, ancien directeur du Monde, est revenu hier soir, au cours d'une conférence, sur l'évolution de l'information dans notre société du numérique.

« J’étais paralysé à l’idée d’aller poser des questions à Colette Besson »... C’est par des souvenirs et anecdotes qui ont marqué sa carrière de journaliste qu’Eric Fotorino a déroulé l’histoire récente du métier, ce métier noble qui donne à voir et à comprendre.

Comme nombre de débutants, lui aussi, qui dirigera Le Monde et y exercera pendant 25 ans, a commencé en balbutiant, impressionné par son sujet, Colette Besson, qu’il avait mission d’interviewer pour Sud Ouest après un match de tennis. « J’avais peur, j’étais extrêmement timide. Et je me suis dit, si tu ne va pas vers elle, pas la peine de poursuivre dans le journalisme. J’y suis allé, j’ai posé une première question qui devait être fort banale. La grande dame m’a accordé 15 minutes, nous nous sommes assis, et elle m’a raconté sa reconversion. Je tenais mon premier papier. C’est ce que m’a permis le journalisme : me sortir de moi, aller vers les autres.

Ensuite, il y eu le premier papier dans Le Monde, que j’avais envoyé manuscrit, sans grand espoir de publication. Et puis le rédacteur en chef m’a appelé. Une quinzaine de jours après, mon papier était publié en page 2. J’avais 20 ans, vous imaginez… »

 

"Un après-midi d'ennui" avant Le Monde 

Mais la première révélation pour l'écriture était venue en classe, à 12 ans. « Le professeur de Français avait demandé une rédaction sur un sujet pour le moins compliqué : décrire un après-midi d’ennui. J’ai raconté ma mère m’apprenant à tricoter... Figurez-vous que j’ai eu une très bonne note et, en prime, j’ai compris ce jour là le pouvoir des mots. J’étais dans une classe de garçons ! »

Puis il y a eu, l’année du bac, Modiano et sa Rue des boutiques obscures — « admirable ! Ah bon, on peut faire ce genre de chose… », Paul Guimard et La Rue du Havre, Prix Interallié en 1957.

On est encore loin de l’information. Elle arrivera peu de temps après. Beuve-Méry a créé Le Monde en 44. Ce sera sa maison pendant de longues années.

« La règle de Beuve-Méry, c’était l’info juste, libre, le plus rapidement possible et, avant tout, vérifiée ! Téléphoner pour se faire confirmer était un impératif. On préférait être en retard plutôt que faire un rectificatif. »

Pourquoi il part ? Car la dérive de la concentration est subreptice. Les journaux sont possédés par des industriels, des hommes d’affaires qui font de la pub une exigence. La presse papier tombe dans le capitalisme effréné. Les journaux ne vivent plus que de l’argent de l’Etat et des actionnaires.

 

L'informatique déboule... 

Puis l’informatique est arrivée, « qui a uniformisé l’information avec les textes et les dépêches d’agences. La presse papier est déjà très affaiblie quand arrive internet. Le numérique ne fait qu’accélérer la chute. Et le média devient l’immédiat. Le modèle économique est chamboulé, trois coûts disparaissent : le papier, l’impression et la distribution. Nous ne sommes plus du tout dans le même monde. On prend le risque de se tromper car on peut corriger même quand c’est publié. Le pacte faustien entre les éditeurs de presse et google, qui référence les journaux et fait chuter le papier, est à l'oeuvre. »

 

...puis facebook 

Dernière étape, toute actuelle, de l’évolution : les réseaux sociaux. « Alors que le numérique était une promesse d’ouverture sur le monde, les réseaux sociaux permettent aux sociétés de l’informatique et du net de créer des algorithmes qui vous proposent du contenu et de la publicité en fonction du chemin que vous avez parcouru sur internet, ce que vous avez cliqué.

Malheureusement, facebook devient une des principales source d’information des gens. Le rédacteur en chef est un algorithme qui vous estampille, vous enferme dans une bulle numérique.

Et les fakes news y sont légions. "Le vrai n’est plus qu’un moment du faux" écrivait Guy Debors dans La Société du spectacle en 1967. Nous y sommes. »

 

Zadig en résistance 

Fidèle à ses principes, Eric Fotorino a créé Zadig (du nom du héros voyageur de Voltaire), une revue trimestrielle de 200 pages, sans pub, qui propose des reportages et des analyses sur la France des invisibles.

Rodolphe Bretin

 

 

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Catherine Dumonteil, en charge de l'Université populaire

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Françoise Riss, présidente de la MJC de l'Héritan

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Salle comble pour le journaliste

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