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De nombreux policiers du commissariat de Mâcon ont interrompu leur travail ce vendredi, avant midi, pour témoigner de leur solidarité à l'égard des familles en détresse.

Occasion aussi de transmettre à leurs supérieurs leur mécontentement concernant la détérioration de leurs conditions du travail.

Ce rassemblement est une réponse à l’appel lancé nationalement par tous les syndicats de policiers. Selon l'intersyndicale, qui regroupe les représentants des divers corps de la police, 28 policiers se sont donnés la mort depuis le début de l'année.

La Saône-et-Loire a toutefois été épargnée par cette vague de suicides, et le mécontentement est moindre qu’ailleurs, comme l’explique Bruno Boisson, secrétaire départemental du syndicat Alliance Police Nationale 71 : « Il y a une pression dans les services, due à une baisse des effectifs et de moyens informatiques vétustes. Les gens travaillent en permanence dans des conditions à hauts risques psychosociaux. Les enquêteurs croulent sous les dossiers, tandis que pour les collègues sur le terrain, la réduction des effectifs les amènent sans cesse à intervenir. Avec le mouvement des gilets jaunes, les jours de travail supplémentaires ont beaucoup augmenté. »

 

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Bruno Boisson

Sur le papier, il y a une prise en compte de l’état d’esprit des policiers, mais dans la réalité et le quotidien, rien ne change. Le contexte social a évolué et les policiers se font insulter tous les jours. Ils sont tout le temps pris à partie. La vie devient difficile pour tout le monde. Sur le terrain, le policier doit tout résoudre. Légalement, ses droits se réduisent, il a plus de devoirs et n’a pas le droit à l’erreur. C’est un effet cumulatif qui impacte le moral déjà très bas, et finit, parfois, par des gestes désespérés.

 

En vacances dans la région, Christophe Scrementi, policier en Moselle, a décidé de joindre le rassemblement devant le commissariat de Mâcon.

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Nous n’avons aucun soutien, le problème est là. Prenons l’exemple de jeunes fonctionnaires de police qui arrivent en région parisienne, sans soutien économique et émotionnel, car ils n’ont pas leurs familles sur place. C’est compliqué pour eux de faire face aux problèmes de leur métier. C'est également le cas pour ceux qui arrivent en province. Il y a la surcharge de travail, une absence de considération de la part de leur hiérarchie. Ça joue beaucoup. Puis, les policiers ont leur arme de service sur eux tout le temps, et donc cette facilité de tout lâcher.

 

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Marc Delaplace, représentant local « Synergie-officiers »,

le syndicat du corps de commandement de la Police Nationale

C’est insupportable de voir autant de personnes mettre fin à leur vie. Nous ne pouvons pas nier le fait que notre travail ait une influence, car on a le plus fort taux de suicides dans la population. Il y a un malaise qui a des causes multiples. Notre administration est pleinement consciente de cette difficulté, c’est une priorité. Il y a des cellules de veille qui sont mises en place, dans tous les services du commissariat à Mâcon. Malgré cela, on assiste malheureusement encore à des drames, donc il faut aller plus loin. Nosu devons travailler à la détection des personnes qui sont mal pour éviter le passage à l’acte.

 

Des réunions pour prévenir les risques psychosociaux sont organisées tous les trois mois. Un site Internet a été créé pour signaler de façon anonyme quand un collègue semble en difficulté. Mais les fonctionnaires de police avouent n’avoir pas tellement confiance dans l’anonymat de ce système.

Les syndicats de policiers réclament "des mesures fortes et immédiates" face à ce qu'elles qualifient de "fléau" et demandent à être reçus "en urgence" par Christophe Castaner.

"Le plan de lutte contre les suicides dans la police doit devenir une cause nationale et être décrété priorité ministérielle", estiment les représentants des syndicats.

Le ministre de l'Intérieur a annoncé vendredi dernier la mise en place d'une cellule de vigilance pour prévenir les suicides dans la police.

Cristian Todea

 

 

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