vendredi 19 avril 2019

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Docteur en Sociologie et ancien responsable associatif étudiant, ce Mâconnais a soutenu les gilets jaunes dès le début du mouvement. Il a surtout travaillé en back-office sur des travaux réflexifs visant à comprendre ce phénomène inédit. Il livre à macon-infos sa vision des politiques et les résultats de sa grande consultation.


Pourquoi avez-vous adhéré au mouvement des Gilets Jaunes ?

« J’appartiens à la grande classe moyenne pour qui les fins de mois sont parfois difficiles. Je considère le mouvement des gilets jaunes comme un Objet social non identifié (OSNI). Ce type de mouvement était inéluctable car un grand nombre d’individus ne se retrouve plus dans la structuration politique actuelle. Je partage du reste ce constat, malgré une forte conscience politique sans être ni encarté ni syndiqué. Les responsables politiques actuels sont issus d’une élite sociale trop largement déconnectée du terrain. Cette déconnection s’opère également en termes de discours et de propositions. Il y a même une véritable rupture entre les politiques mises en œuvre et les souhaits des classes laborieuses. » 

 

Pourquoi et comment avez-vous construit cette consultation ?

« Je souhaitais aider le mouvement à se structurer et à construire un projet alternatif grâce à mon expérience du collectif. J’ai d’abord construit une plateforme de revendications pour les Gilets Jaunes de Saône-et-Loire (Ndlr : il a ainsi recueilli près de 300 réponses). Il s’agissait de donner des « billes » aux manifestants pour qu’ils aient des arguments rationnels et quantifiés dans leurs échanges avec les institutions locales. »

« Par la suite, j’ai eu un contact avec un porteur d’idées rouennais qui avait déjà rédigé une liste de 16 propositions économiques. Celles-ci m'ont semblé pertinentes et objectivement entendables. Je lui ai donc proposé que nous travaillions ensemble, avec comme objectif de permettre aux militants Gilets Jaunes de disposer d'un programme économique crédible qu'ils auraient eux même construits. J’ai ainsi réalisé un questionnaire en ligne avec des interrogations globales ayant des répercussions sur les collectivités locales, en intégrant les propositions économiques de mon confrère rouannais. Il s’agissait d’éclairer les citoyens pour qu’ils prennent des décisions économiquement réalisables. Pour cela, il a fallu expliquer le jeu des finances publiques afin qu’on ait une chance d’avoir des propositions acceptées et mises en œuvre. »

« Ce second questionnaire a été diffusé sur les pages spécifiques des Gilets Jaunes au niveau national sur les réseaux sociaux. Il a reçu à ce jour près de 2 500 réponses. »



Quels sont les principaux apports de votre enquête ?

« La composition de ce mouvement est très hétéroclite, mais laisse néanmoins apparaitre une certaine homogénéité des revendications. S’il y a certes quelques porteurs d'idées extrémistes, l'immense majorité des répondants fait montre d'une réflexion posée et sérieuse sur les problèmes actuels de la société française, et sur les pistes de solutions envisageables. »

« En outre, les répondants apparaissent au fil du temps dégager une certaine forme de constance. Les différents pointages que j'ai pu réaliser au cours de la saisie des réponses (1000, 1500 et 2000 réponses) ne font apparaitre aucune distorsion statistique. Ceci est d'autant plus remarquable que les personnes qui répondent à ce questionnaire n'ont absolument aucune connaissance préalable de ses résultats. Ils n'en prennent connaissance qu'une fois leur saisie complètement terminée. Les répondants remplissent donc ce questionnaire à partir de ce qu'ils pensent profondément et sincèrement ; et il apparait au final que leurs réponses sont en totale cohérence avec toutes celles des autres répondants qui les ont précédés. »

« Il est enfin à noter la forte volonté d'implication des répondants dans ce questionnaire, puisque ce dernier se compose de près de 20 pages, et qu'il convient d'y consacrer près de 40 minutes pour le remplir. »

« Les résultats de cette étude montrent que la fronde repose principalement sur deux axes : une critique de la fiscalité actuelle et une volonté de réappropriation démocratique des décisions par les citoyens. »



Premier pan de revendication : une plus grande justice fiscale

« Il n’y a pas de rejet de l’impôt de la part des Gilets Jaunes. La taxation des transactions financières et la lutte contre l’évasion fiscale sont au sommet des revendications. Elles sont à considérer comme des recettes nouvelles pour ne pas toucher au niveau des services publics et aux taux d’imposition actuels. »

« En effet, il s'exprime un rejet très fort de l'idée d'une diminution du montant des impôts qui aurait comme corollaire une diminution des services publics. Ce point est à noter comme remarquable, en ce sens qu'il va totalement à l'encontre des discours politiques ambiants depuis de nombreuses années. Les gilets jaunes s'affirment ainsi très attachés à leurs services publics de proximité (écoles, hôpitaux, mais aussi lignes SNCF), tout en affichant une défiance certaine vis-à-vis des instances plus lointaines, les ministères notamment. Ils ne sont pas du tout enclins à payer le prix d'une diminution de leurs services publics de proximité en échange d'une diminution du montant de leurs impôts. Ils s'affichent en revanche très favorable à un renforcement conséquent de la lutte contre la fraude fiscale, avec à la fois un renforcement des personnels affectés à cette mission et un renforcement des sanctions à l'encontre des fraudeurs. Dans le même esprit, les pratiques d'optimisation fiscale des entreprises, les grands groupes, sont affirmées comme devant être combattues fortement. Ici réside pour les gilets jaunes un gisement important de recettes potentielles pour l'Etat devant financer les services publics et les aides sociales, ce que les volumes financiers a priori en jeu pourraient effectivement laisser penser. »

« Sur l'axe des recettes, le renforcement de la taxation des transactions boursières apparait très largement plébiscité. Cette seconde revendication mériterait donc certainement d’être explorée plus avant par les décideurs publics, en intégrant par exemple dans la réflexion toute la chaine de circulation des masses monétaires, du dépôt du particulier dans les banques jusqu'aux sommes investies par ces dernières sur les marchés boursiers : c'est aussi l'argent déposé par les particuliers, les entreprises,... sur leurs comptes qui sert aux banques à investir en bourse... »

« Troisième revendication qui se révèle de manière très importante par ce questionnaire, le souhait que les personnels hospitaliers puissent bénéficier d'une bien plus grande reconnaissance de leur travail par le gouvernement, en termes de rémunération notamment. De toute évidence, les difficultés que rencontre depuis plusieurs années déjà le secteur hospitalier et les personnels affectés à ces missions, ont largement infusées sur l'ensemble de la population. Les répondants souhaitent que ces missions soient beaucoup mieux reconnues par les institutions de tutelle. Ils expriment ici une vision qui n'est pas seulement inscrite dans l'immédiateté, mais qui touche à la fois l'ensemble des générations actuelles ainsi que celles en devenir. »

« Quatrième attente : renforcer les aides aux petits producteurs locaux, mieux les accompagner pour la vente de leurs productions par le biais d'aides institutionnelles. Les aides publiques agricoles mériteront d'être désormais majoritairement tournées en faveur des petites productions, ainsi qu'à l'accompagnement à la commercialisation locale de celles-ci. Les collectivités locales peuvent certainement jouer un rôle moteur sur ce champ. »

Deuxième pan de revendication : une forte volonté de réappropriation démocratique

« Celle-ci s'exprime en premier lieu par une très forte volonté de transparence et d'exemplarité des élus nationaux. Ainsi, la première revendication est que les députés, sénateurs, ne soient plus autorisés à décider par eux même de leurs propres rémunérations, émoluments et avantages. Un assentiment préalable des citoyens sur la pertinence de ces rémunérations et avantages constitue une revendication majeure du mouvement. Il s'agit ici rien moins que de retisser le lien de confiance entre les élus et le peuple, qui semble s'être très largement distendu au fil de ces dernières décennies. »

« Cette réappropriation démocratique s'exprime en outre par une très forte attente de reconnaissance de l'altérité et de l'expression de chacun, que cela soit par une meilleure reconnaissance du vote blanc ou par une interrogation plus régulière des citoyens sur les questions les concernant, via le processus référendaire (RIC). L'institution surplombante, le pilotage de la Nation par une autorité verticale éloignée des considérations du terrain n'est de toute évidence plus en phase avec la société dans laquelle nous évoluons, et en tout état de cause, avec les attentes exprimées par ce mouvement social. »

« Il se dégage au final de ce questionnaire une exigence forte en matière :

- d'équité des règles pour tous, notamment en termes de fiscalité : celles qui sont imposées aux citoyens doivent s'imposer de la même manière et avec la même force aux autres acteurs. En d'autres termes, tous doivent être égaux devant la Loi. Le citoyen moyen ne fraude pas aux impôts, il paye ces derniers dans la droite ligne de ce qui est écrit à l'article 13 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, élément fondamental de notre bloc de constitutionnalité. Il n'y a pas de passe-droit au respect du bloc de constitutionnalité. C'est ce qui s'exprime aussi au travers de ce mouvement social.

-d'exemplarité des élites, qu'elles soient politiques et/ou économiques. Le chef, le premier de cordée est sensé être exemplaire, et donner le sens de la direction parfaite à suivre. Il semble que pour une très large partie des gilets jaunes, les élites ne remplissent plus ce rôle, et bien pire, qu'elles se soient éloignées de l'exemple, du modèle qu'elles sont sensées porter.

- d'un renforcement de l'accompagnement des "petits" au détriment des "grands" (producteurs locaux, renforcement des services publics de proximité, TPE, ...). Le rôle des institutions est de protéger et d'aider ceux qui ont le moins, face à ceux qui ont plus. C'est aussi cette attente forte qui s'exprime au travers de ce mouvement dans le rôle que doivent incarner les institutions.

- d'une meilleure prise en compte de l'avis de chacun, de l'altérité, avec une plus grande latitude laissée au citoyen de s'exprimer sur son quotidien, son devenir, en devenant partie prenante des décisions, par le biais de référendums par exemple. »

« Toutes ces revendications apparaissent somme toute éminemment républicaines. La manière dont elle s'exprime au sein de certaines manifestations peut très certainement interroger, même s'il faut aussi savoir différencier clairement les groupuscules de la grande masse, aux buts très divergents. En tout état de cause, le message qui s'exprime au travers de ces revendications et des réponses à ce questionnaire doit aussi être entendu comme une plus grande exigence citoyenne d'exemplarité de la République, et d'équité au sein de celle-ci. Ce mouvement social peut donc aussi être entrevu comme une opportunité pour la République pour en sortir plus forte, grandie, en ayant su écouter les aspirations du peuple. »



Comptez-vous participer au Grand débat national pour porter la voix de vos enquêtés ?

« En premier lieu, le site le "grand débat" ne permet pas techniquement, de part son format, de retranscrire les propositions des 2500 répondants à ce questionnaire. Il n'est par exemple pas possible d'inscrire une proposition soutenue par les répondants au questionnaire et de la "créditer" immédiatement de 2500 réponses favorables. »

« En outre, les formats de réponses entre le "grand débat" du gouvernement et ce questionnaire sont différents. Le "grand débat" comporte à la fois une partie questionnaire (questionnaire rapide) et une partie où chaque personne peut proposer une ou des propositions. Si les questions proposées par le gouvernement sont parfois intéressantes, elles sont néanmoins surtout la production de celui-ci, ce qui entache pour certains gilets jaunes l'objectivité de l'outil. De plus, elles sont pour un certain nombre d'entre elles déjà orientées dans le sens de la pensée gouvernementale. Ainsi, sur les questions de fiscalité par exemple, seules sont proposées des pistes de solution visant à supprimer tel ou tel service public, aides, ... pour faire des économies. Mais il n'est nul part proposé de pistes de solutions pour faire rentrer davantage d'argent dans les caisses de l'Etat. Les questionnaires du "grand débat" ne sont pas au départ objectivés dans leurs formulations, ce qui à mon sens en obère la crédibilité et la valeur statistique. »

« Le questionnaire que j'ai créé permet aux répondants d'être aussi bien "totalement pour" que "totalement contre" l'idée de supprimer des services publics pour faire des économies d'impôts. Je l'ai souhaité au maximum neutre dans ses formulations, ce que les questionnaires du "grand débat" ne sont pas. En outre, sur mon questionnaire, chaque répondant peut pondérer ses revendications, ce qui permet de faire émerger des ordres de priorités et de temporalités. Ce que les questionnaires du "grand débat" ne permettent pas non plus. »

« L'autre partie du site le "grand débat" permet à chaque citoyen de faire des propositions. Si l'idée est intéressante, le lecteur se retrouve cependant rapidement devant une pléthore de revendications aussi diverses que variées, rendant leurs lectures et leurs analyses impossible. Les différentes propositions sont en fait noyées dans la masse, et les propositions éventuelles que rédige le répondant le sont tout autant. Et au final, les répondants ne savent pas vraiment si leurs idées ont un écho sur la population, s'ils sont seuls à partager telle ou telle idée ou bien s'il s'agit d'une pensée largement partagée. Les répondants ne peuvent donc pas se servir de l'outil "grand débat", qui reste au final un exercice solitaire et quelque peu individualisant. »

« A contrario, les résultats de mon questionnaire sont librement réappropriables par tout gilet jaune qui le souhaite. C'est même l'objectif de ce travail que de permettre à chaque gilet jaune d'utiliser ces résultats pour étayer ses propositions dans les débats locaux, dans leurs interactions avec les autorités locales ou autre. Chaque gilet jaune accède ainsi aux résultats dès la fin de son questionnaire, et il peut conserver l'adresse du lien vers les résultats pour y revenir plus tard. Ces résultats sont présentés sous forme de graphique simples en couleur, permettant une réappropriation optimale par tout un chacun. Et c'est bien l'objectif de cet outil. »

« Ces résultats feront en outre l'objet d'une synthèse au cours des semaines à venir. L'objectif sera de diffuser largement cette synthèse, à la fois sur les réseaux gilets jaunes, mais aussi en direction des institutions locales et nationales, et aussi de la presse. Avec près de 2500 réponses, ce questionnaire disposera d'un poids statistique conséquent, supérieur à toute autre enquête nationale, devant donc permettre à ce que ses propositions soient largement entendues. »

Le lien vers le questionnaire conçu par Thierry Lichet

Propos recueillis par Éric Bernet

 

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