samedi 6 juin 2020
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Mâconnais

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Elle était là, assise en face de la juge, le visage marqué par les blessures. Son homme était à quelques mètres, dans le box des accusés, escortés par les gendarmes. Le couple s'est battu dans la nuit de mercredi à jeudi...

 

 

Il était 1h10 du matin jeudi quand les gendarmes interviennent au domicile de Sandrine, à Fleurville. Elle vient de laisser un message sur le répondeur de sa fille, sur lequel celle-ci peut entendre que ça tourne mal... « Vas-y ! tue-moi » lance-t-elle à son conjoint... Connaissant Philippe, le conjoint, récidiviste, la fille tente immédiatement de joindre sa mère. Pas de réponse. Elle prévient alors les gendarmes.

 

Pas très coopératif 

Ceux-ci trouvent une femme blessée au visage et très choquée. Philippe est à l'étage, dans la chambre, allongé sur le lit, alcoolisé (1g72). Il porte des bagues qui sont tachées de sang...

Il est interpellé et placé en garde à vue. A la gendarmerie, il refuse d'abord le dépistage avant de s'y soumettre. Il est à la limite de l'outrage.

Mme la procureure ordonnera une comparution immédiate ce vendredi. Récidiviste, nous l'avons dit, il compte cinq mentions au casier judiciaire, dont une condamnation pour violences, outrage et rébellion. Suffisant pour justifier un jugement rapide. D'autant que Sandrine bénéficie d'une journée d'interruption temporaire de travail. « Bien peu » estime la procureure au cours des réquisitions.

 

"Je n'ai pas porté plainte, parce que je l'aime" 

Sandrine présente en effet un hématome sous l'oeil gauche et une plaie ouverte.

Au départ de l'altercation, Philippe demandait à voir son portable, elle refuse, il insiste lourdement, bouffé par la jalousie et l'alcoolisation. Elle l'insulte, il l'a frappe, elle se défend.

Philippe nie avoir frappé d'un coup de poing, ce dont elle l'accuse pourtant. Elle a porté plainte et a tout dit : oui, elle s'est défendue. Des coups ont été échangés. Sandrine soutient donc qu'il lui a mis un coup de poing dans la figure et, pour se défendre, elle l'a mordu à la main. Il a de nombreuses égratignures.

 

« Pourquoi n'avez-vous pas porté plainte ? » le questionne la juge. « Parce que je l'aime. Elle m'a insulté, c'est pour ça que je lui ai mis des gifles. Mais que des gifles. 

‒ elle s'est fait ça toute seule alors ? rebondit la juge

‒ oui, répond-il, elle a des tendances suicidaires.

‒ quoi qu'il en soit vous n'aviez pas à la frapper, vous le savez ? 

Oui, bien sûr, je le regrette. J'ai un gros problème avec l'alcool et je suis très jaloux. On m'a trompé deux fois, alors je suis méfiant. Je voulais vérifier son téléphone portable, elle n'a pas voulu, c'est parti comme ça.  

 

Des valises lourdes à porter 

Sans vouloir rendre responsable la victime, maître Dufour défendra son client en soulignant : « Nous avons là deux cabossés de la vie. Il y a les statistiques de la violence conjugale, certes, qui ne plaident pas en faveur des hommes, mais pour ce qui nous occupe aujourd'hui, je voudrais ramener les faits à ce qu'ils sont, ayant abouti à une journée d'ITT. Alors quand j'entend que Madame la procureure requiert 2 ans de prison ferme, je trouve cela franchement lourd. Je ne minimise rien du tout, je ne demande même pas la libération pour mon client, c'est vous dire... Les coups sont reconnus, je réclame simplement l'indulgence rejetée par le ministère public, parce que c'est cela aussi la justice, sinon elle n'a pas de sens. »

Et de rappeler quelles valises il traine dans son existence : à 4 ans, il perd son papa ; à 18 ans, il est chassé de chez lui. Il perd ensuite un de ses frères dans un accident de voiture, le voyant mourir. Il était avec lui. Il se sent encore responsable. Il a sombré dans l'alcool à partir de ce moment-là... On est en 1997, il a 26 ans.

 

Verdict 

Ces blessures de l'existence lui vaudront l'indulgence du tribunal, qui réduit la réquisition de la procureure d'un an en le condamnant à deux ans de prison dont un an avec sursis mise à l'épreuve de deux ans. Il se voit néanmoins placé sous mandat de dépôt. C'est bien en prison qu'il fini ce vendredi soir.

Il a également obligation de soin, de travail, d'indemnisation de la victime et interdiction de la revoir.

La victime s'est portée partie civile et aura droit à réparations après audience civile en mai 2019.

 

Rodolphe Bretin

 

 

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