samedi 16 février 2019

 

« Tous ensemble, ça urge ! »

 

Au départ, le mouvement des  "gilets jaunes" était apprécié avec prudence voire même dédain au sein des mouvements anticapitalistes, antilibéraux. Les

actes racistes, sexistes et homophobes ont pu étayer un moment cette défiance. Pour autant, il ne peut pas y avoir de mouvement populaire

« chimiquement pur », surtout quand il fait irruption brutalement, épidermiquement sur la scène de la colère sociale.

Très vite,  les gilets jaunes  ont surtout conforté celles et ceux qui, au sein de la gauche radicale, y ont vu une chance de convaincre de nouvelles

personnes de la nécessité de mettre nos forces en commun pour renverser un pouvoir qui ne sert que les intérêts des plus riches, une élite omnipotente qui

règne sur la destinée du peuple depuis des décennies. L’opportunité soudaine et inespérée de crier « ça suffit !» et de rompre avec le silencieux

consentement dans lequel nous nous étions endormis.

 

Ce samedi 24 novembre à Paris, il était totalement impossible de compter le nombre de gilets jaunes présents. Depuis le début de ce mouvement, le

ministère de l’Intérieur fabrique des estimations de participants complètement fantaisistes. D’après de nombreux témoignages, des groupes mobiles de

plusieurs centaines de personnes se constituaient et déambulaient tout autour des Champs. Par moment, de véritables marées jaunes déferlaient.

Si les CRS bloquaient les principaux axes d'entrée sur les « Champs », ils ne pouvaient empêcher les gilets jaunes d'y accéder par d'autres rues

adjacentes. Résultat : malgré les très nombreuses charges, canon à eau et gaz lacrymogène, les Champs sont devenus le terrain d'occupation de milliers

de manifestants. Dispersés et éloignés après une charge des forces de l’ordre, les manifestants, toujours plus déterminés, reprenaient leur occupation.

Contrairement à ce que certains médias ont affirmé ce samedi, ce rassemblement n'a pas du tout été orchestré ou pris en main par l’extrême droite. Pas

plus qu'il n'a été pris en otage par des autonomes et des anarchistes. Ils étaient présents, mais très minoritaires.

 

Les médias et le gouvernement tentent d'expliquer que les débordements ont été le fait de 200 ou 300 casseurs. Tous ceux présents ce samedi 24

novembre aux Champs Elysées affirment le contraire. Il n'y avait pas 300 casseurs d'un côté et 10 000 gilets jaunes de l'autre. Il y avait 20 000 ou 30 000

gilets jaunes résolus, laissant chacun exprimer sa colère, sa façon de résister. Au fur et à mesure de la journée, les gilets jaunes semblaient de plus en

plus convaincus de la nécessité de ce type de pratique pour arriver à devenir une force face à un pouvoir sourd et déconnecté des réalités des citoyen

(ne)s mobilisé(e)s.

 

L'une des choses les plus frappantes aura été la solidarité totale des gilets jaunes entre eux. Solidarité face aux attaques policières. Mais solidarité aussi

dans les pratiques de luttes, de résistances. Si tous n'ont pas élevé de barricades ou allumé de feux, personne ne s'y est véritablement opposé, bien au

contraire. Des témoins expriment leur surprise face à ce comportement : « Il est assez étonnant d'avoir passé plus de dix heures dans le quartier des

Champs Elysées, sans avoir entendu une seule remarque critiquant les méthodes des gilets jaunes les plus offensifs » admettait un manifestant.

Autre fait remarquable, c'est la force inouïe de ce mouvement. Qui aurait pu imaginer, avant ce rassemblement, qu'il serait possible d'occuper les Champs

Élysées malgré l'interdiction de la préfecture et la présence massive des CRS ? « Jamais nous ne pensions que des barricades aussi immenses pourraient

tenir des heures durant. Rarement nous n'avions senti les forces de l'ordre en telle difficulté » témoignent des manifestants.

Et tout cela grâce à un mouvement sans aucun organe de direction, totalement libre. Il est vraiment étonnant de voir comment une foule totalement

autonome, sans syndicat, sans parti politique, sans association, a pu triompher dans ses stratégies de contournement, de blocage et d'occupation.

 

Ce mouvement est composé de personnes aux profils, aux convictions et aux méthodes d’actions très diverses. Le dénominateur commun pourrait être

celui du "ras le bol". Mais on distingue aussi ce rejet d'un pouvoir « des riches pour les riches, par les riches ». Cela ne fait pas pour autant des gilets

jaunes un mouvement révolutionnaire, anti-capitaliste. Mais de nombreux gilets jaunes ont en eux cette exaspération contre l'injustice sociale, une

profonde colère face au mépris et à l’arrogance dont fait preuve ce gouvernement.

 

Au sein du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste), nous sommes de plus en plus nombreux à penser qu'il est de notre devoir de se fondre pleinement dans

cette lutte, sans tenter de l'instrumentaliser ni de la récupérer. Mais d'essayer de convaincre les gilets jaunes que le combat contre l'injustice sociale ne

peut se faire que de façon globale et radicale ; bloquer l'économie du pays, les moyens de communication. C’est pour cela que nous appelons les

formations syndicales à rejoindre, sans plus tarder, ce mouvement pour le renforcer et le soutenir dans son organisation. Elles ne peuvent impudemment

regarder passer cette «force» qui peut avoir une trajectoire historique, ignorer cette «inspiration populaire» porteuse d’espoirs, où des millions de citoyen

(ne)s décident de « prendre leurs affaires en main », surtout à un moment où elles n’ont plus rien à perdre.

 

Si le mouvement s'essouffle et échoue, on reprochera aux syndicats d’avoir « laisser tomber » le peuple. Déjà affaiblis par des années de cynisme et d’indifférence de la part des gouvernements

successifs, ils seraient durablement bannis par la base militante et la grande majorité des travailleurs. N'oublions pas que de nombreux militants

syndicaux sont déjà dans l'action. Par contre, s’ils viennent en renfort « aux gilets jaunes » et que des avancées significatives sont arrachées, ils

regagneront en « légitimité », en « crédibilité », obtenant avec le mouvement social dans toutes ses composantes, une victoire attendue depuis si

longtemps…

 

Alors « Tous ensemble, ça urge ! »

 

Jean-Guy Trintignac

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