mercredi 24 avril 2019

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Loïc, 18 ans, « l’enfant sauvage du XXIe siècle », était jugé deux fois ce vendredi, le matin pour vol et port d’arme blanche sans motif légitime, et l’après-midi pour la comparution immédiate du 17 avril dernier : vol de vélo. La camisole chimique a fait son effet, ce n’est plus tout à fait le même garçon.

 

Acte 1

Dans le flux de l’audience correctionnelle à juge unique du vendredi se présente une escorte : Loïc P., 18 ans, est extrait du centre pénitentiaire où il est détenu provisoirement depuis un mois, pour répondre à des accusations de vol en réunion, en état de récidive légale, et de port d’arme blanche sans motif légitime, ici un opinel, qu’il portait sur lui « lame ouverte ».

Le contexte de sa vie en général n’est pas évoqué, on s’en tient aux faits et juste aux faits.

Le 25 décembre 2014, Loïc et son frère Jimmy (22 ans, en prison depuis le 4 mars dernier pour avoir incendié une maison à Digoin), sont seuls (plus de parents), désœuvrés, et en ce jour de Noël se rendent au CADA (Centre d’Accueil pour les Demandeurs d’Asile) de Digoin. Ils ont l’habitude d’y passer, et on les connait. Par « ennui » ils volent, dans la salle polyvalente, un sac de sport et des gants de boxe, ainsi qu’un lecteur CD. Un animateur du CADA porte plainte contre eux, les gendarmes perquisitionnent au domicile de Jimmy et y retrouvent le sac et les gants. Le lecteur CD, lui, a été vendu pour 35 € à un « collègue » dont Loïc tait le nom, parce qu’ « il a déjà eu des problèmes, je ne veux pas en rajouter ». Les faits sont reconnus.

Le 25 février dernier, Loïc est interpellé avec un couteau lame ouverte sur lui. A l’audition il se montre agressif (pour mémoire : ce jeune homme est sans domicile fixe depuis 18 mois et avait arrêté le traitement qui visait à l’apaiser). Pourquoi ce couteau ? « Il y a un gars de la DDE qui m’avait proposé un contrat d’avenir, j’étais content, mais en fait il me disait qu’on irait acheter un scooter, et que j’aurai des jeans Diesel, et il voulait juste un petit jeune comme moi pour en profiter. » Pour en profiter de quelle manière ? « Je ne veux pas en dire plus, c’est difficile pour moi. »

A-t-il porté plainte pour ces abus ? « Oui mais elle n’a pas eu de suite. Avec le couteau je voulais juste lui faire peur pour qu’il avoue. » Il avait également volé le couteau. Le Parquet demande 4 mois de prison ferme, et le garçon semble abasourdi : « 4 mois, c’est un peu poussé ! », « 4 mois c’est énorme ! » murmurent les avocats qui attendent pour d’autres affaires. Pourquoi vole-t-il ? Comment vit-il ? De quoi se nourrit-il ? On s’interroge, on n’aura pas d’éléments de réponse.

Son casier judiciaire est déjà très chargé, et il était sous une mesure de mise à l’épreuve dont il n’a « rien entendu ». La Justice est à court d’alternative.

Verdict :

3 mois fermes. L’escorte emmène Loïc au bureau d’exécution des peines, et lui demande pourquoi il sera jugé cet après-midi : il ne sait plus. Il demande une cigarette, il explique aux policiers, qui n’en peuvent mais, que personne ne lui envoie quoi que ce soit à la prison, qu’il n’a « même pas de PQ, et pas de cigarettes bien sûr ». Il est maintenu dans la geôle du Palais en attendant le jugement de l’après-midi.

 

Acte 2

Lors de la comparution immédiate du 17 avril dernier, Loïc était contenu par une lourde escorte de 6 hommes armés. Il évoquait alors un animal abandonné : écorché, imprévisible, en état de carences, hyper réactif, et violent. Son avocate demandait un délai et le Tribunal ordonnait une expertise psychiatrique, et plaçait le garçon en détention provisoire par mesure de sûreté, et pour qu’il y reçoive des soins. Le jugement s’ouvre dans un autre contexte.

« Vous leur direz bien que pour le traitement j’ai compris. » Loïc fait passer le message par son avocate : il a compris, dit-il, que sans traitement médicamenteux, il est livré à des impulsions qui le rendent dangereux, pour lui-même, et pour les autres.

Placé à 10 ans en foyer, Loïc arrête sa scolarité en 4ème, renvoyé de tous les collèges. Délinquant, il multiplie les délits, et atterrit en centre éducatif fermé, dont il fugue, ce qui lui vaut sa 1ère incarcération dans un quartier pour mineurs à Lyon, en octobre 2014. Entre-temps sa mère est morte. A partir de là, il va errer, dormant à droite, à gauche, il arrête tout traitement, n’a aucun revenu, ne perçoit aucune allocation, et il vole.

Le 16 avril dernier, le commissariat de Mâcon est averti d’un acte délictueux en cours, cours Moreau. Kevin J., encore mineur, est aux prises avec l’antivol d’un vélo dont il vient à bout au moment où la BAC arrive sur place. Loïc faisait le guet, mais n’a pas vu les policiers arriver.

 

Le vélo est légèrement abîmé, il est rayé, son propriétaire demande 200 € de dommages et intérêts. « Ce n’est pas juste, je n’ai jamais tenu ce vélo entre mes mains, je ne l’ai pas touché, et on m’accuse des rayures. » Loïc proteste, calmement.

Pendant ce mois de détention provisoire, il a rencontré l’expert psychiatre qui l’a orienté vers le service médical du centre pénitentiaire. Le traitement mis en place semble adapté, puisque le jeune homme est éveillé, mais posé, cohérent, il s’exprime, enfin, en lieu et place du forcené d’il y a un mois, au visage dur et fermé, à vif, explosif, et effrayant. Le médicament est prescrit pour les états psychotiques - ce n’est pas l’anxiolytique de base, tel que des millions de gens en prennent -, l’expertise le déclare cependant accessible à la sanction pénale. Loïc est donc responsable de ses actes, mais il est avéré que sans traitement, il est bien incapable de tenir la route, et que le traitement ne résout rien mais lui permet d’engager des soins suivis, sans lesquels Loïc risque de ne jamais pouvoir s’accrocher au moindre fil qu’il l’aiderait à tenir en place, à trouver une place.

« Sujet carencé » écrit l’expert. Tout le monde en semble conscient, de son avocate qui décrit un enfant « abîmé par toutes les difficultés qu’il a rencontrées », au Tribunal qui s’enquiert de ce qu’il fait en prison pour organiser une vie à l’extérieur avec des points d’ancrages. Loïc rejetait tout et, en toute logique, s’est fait rejeter de partout. La Justice désormais le tient et ne le lâchera pas, c’est sa dernière chance, sans doute, de rencontrer, peut-être, avec qui tricoter un lien constructif.

Ancrer, c’est le challenge. Arrimer quelque part un grand ado souffrant, au passé morcelé, fragmenté, dérivant au rythme d’un ressac intérieur si douloureux et angoissant que personne ne voudrait le connaître. A la sortie du Tribunal, il fumera une cigarette, avant que l’escorte ne l’emmène, il dira : « Vous pouvez écrire quelque chose dans ‘mon’ article ? Vous pouvez écrire que je voudrais que ma sœur m’appelle ? Vous savez si un jour quelqu’un me dit que j’ai eu une vie facile, je lui sortirai tous mes dossiers, tout de ma vie, et c’est lui qui pleurera, moi j’ai trop pleuré. »

Verdict :

4 mois de prison dont 2 mois avec sursis suivis de 2 ans de mise à l’épreuve, avec obligation de soins, obligation de travailler, et de réparer les dommages à hauteur de 100 €. Loïc est maintenu en détention, cela lui laisse juste le temps de préparer sa sortie, histoire d’avoir un filet un peu contenant, un peu protecteur, là où pour l’instant c’est le vide.

Le Président prend le temps de lui expliquer la sanction et les obligations afférentes, dont la première est d’avoir un domicile fixe : ancrer, c’est le challenge.

F. Saint-Arroman

Lire l'article sur la comparution immédiate du 17 avril

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