mercredi 24 octobre 2018

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En essai sur un ha, le domaine expérimental à Rully a réussi -70 % de phytosanitaires malgré la pression maladie de l’année. En parallèle, Bio Bourgogne a présenté un OAD pour réduire les doses de cuivre.

 

 

Au Domaine Briday à Rully, il était d’abord question de fertilité des sols. Si les agronomes débattent autour de cette notion, pour Mathieu Oudot, il s’agit de la « capacité d’un sol à répondre aux besoins de la plante pour produire correctement ». Cela repose sur trois paramètres « piliers » : physique (résistance du sol, porosité…), chimique (éléments nutritifs…) et biologique(microorganismes, faune…). « Un sol n’est pas qu’un substrat.

 

Ce qui compte vraiment, c’est sa partie vivante », rappelait le technicien de la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire. Composé en moyenne de moitié d’éléments minéraux, d’un quart d’air et d’un quart de réserve d’eau, les experts avouent « ne pas encore tout connaître de la matière organique » et de son fonctionnement. Cette dernière fournit le « casse croute » aux habitants des sols (vers de terre, bactéries, champignons…). Surtout la fraction « fraiche ». La matière organique « humifiée », le fameux humus, est elle intéressante pour la résistance à la compaction, la porosité… la capacité physique donc du sol.

 

Le sol, une assurance écologique

 

Se voulant volontairement provocateur, Mathieu Oudot annonçait qu'en vigne aussi « l’herbe est un atout pour la fertilité ». Ce qui aurait fait bondir les viticulteurs par le passé est finalement rentré dans les pratiques courantes : l’enherbement, en plus de lutter contre l’érosion et améliorer la portance, contribue aussi avec "sa" photosynthèse à apporter du carbone au sol réutilisable par les micro-organismes, côté racines, qui elles décompactent le sol. Mais alors, combien faut-il de matière organique pour qu’un sol fonctionne bien ?

Le ratio matière organique sur pourcentage d’argile doit être au dessus de 17, en dessous de 12 %, c’est « mauvais ». « Reste que ce pourcentage est limité, il faut remettre le stock en face. Si vous avez un sol profond ou un tas de cailloux, ce n’est pas la même chose ». Une approche plus qualitative est le bilan humique, soit le pourcentage de sol qui se dégrade chaque année et qui doit être « compensé » par des apports. Le terme « compensé » est important ici car les engrais « n’apportent pas d’humus mais favorisent la vie du sol », expliquait Mathieu Oudot. Son collègue, Guillaume Paire conseillait de demander les coefficients ISMO des produits, qui désignent la quantité d’humus stable formée par kilogramme de matière sèche (M.S.) apportée au sol.

Reste qu’il est possible d’avoir un taux important de matière organique dans un sol « bloqué ». Au delà de l’équilibre NPK, il faut littéralement « creuser » les causes : sol compacté, excès d’eau, mauvais pH, carence, pratiques néfastes… voir excès de cuivre.

 

Fumier, lisier ou engrais ?

 

La chambre d’agriculture a donc analysé la fertilisé des sols de sept parcelles (Rully, Mercurey, Montagny, Davayé, Prissé, Vergisson, Chapelle-de-Guinchay) via, entre autre, le rapport C/N (carbone/azote) pour connaître la « dynamique » de la matière organique, plus ou moins jeune donc libre d’être utilisée. Les pratiques culturales – labour, couverture hivernale…- « joue à la fin » sur le niveau de biomasse mais « plus on va travailler le sol, plus on va perturber la vie du sol, surtout sa partie chimique ». Là encore, une « bonne » fertilisation – différent selon que c’est du fumier, du lisier de porcs ou du fumier de volailles – peut « compenser » l’effet négatif du travail du sol mécanique.

Le vice-président de la chambre d’Agriculture, Robert Martin, témoignait apporter du fumier de bovin tous les deux ans pour un coût livré de « 680 €/ha pour 20 tonnes » compostés, épandus au printemps. Un témoignage qui faisait réfléchir les vignerons présents, qui avouaient le « coté pratique » des big bags d’engrais à stocker et n’ayant pas forcément un réseau d’éleveur ou le matériel adéquat pour l’épandre. Les techniciens chambre se tiennent prêt en tout cas pour convertir les tonnes/ha en doses d’engrais bouchon et inversement.

 

Engrais vert à surdoser

 

L’après-midi, au frais dans le cuvage du Domaine de la Monette à Mercurey, Diane Guilhem de Bio Bourgogne présentait les engrais « verts ». Ce sont des plantes cultivées dans les parcelles de vigne pour augmenter la fertilité d’un sol « et non pas, pour être récoltées », précisait-elle d’emblée. Un peu comme en grandes cultures ou en maraichage donc. Les objectifs et bénéfices visés peuvent être nombreux : amélioration de la structure du sol, apport de matière organique, maitrise des adventices, limiter l’érosion… « C’est différent de l’enherbement », assurait-elle, pour ne pas tirer de conclusion hâtive en terme de concurrence possible dans nos vignes étroites de Bourgogne, même si cela peut permettre de « réduire la vigueur » d’une vigne si on le souhaite.

 

Les engrais verts sont une sélection d’espèces composés généralement d’une association de légumineuses, crucifères et graminées. Les premiers fertilisent en fixant l’azote atmosphérique, les seconds restructurent le sol et fixent la potasse et les derniers ont un effet décompaction en surface. La liste d’espèces est donc longue : féverole, pois fourrager, vesce, trèfles d’Alexandrie, trèfle incarnat, trèfle de Perse, lentille fourragère, radis chinois, moutarde blanche ou brune, avoine rude, seigle forestier, lin, tournesol…

 

Un exemple pourrait être 25% de féverole, 25% de pois, 15% de radis, 15% de moutarde, 10% d’avoine et 10% de lin. Pour un mélange avec un objectif de fertilisation, les proportions idéales théoriques seraient d’avoir 50 % de légumineuses (avec différentes espèces) et moitié restant pour les deux autres types.

La dose de semis conseillée est de 100 kg/ha mais il ne faut pas hésiter à « surdoser », comme en témoignent des essais dans le Jura (300 kg/ha) pour bien implanter le couvert. Ce dernier est ensuite à détruire par roulage, broyage ou enfouissement. Le retournement peut être nécessaire dans les deux derniers cas. « L’objectif est d’avoir une restitution à la vigne avant floraison, période ou la vigne puise l’azote dans le sol de façon importante », conseillait Diane Guilhem. L’implantation se fait avant une période pluvieuse, soit de mi-juillet à mi-août, soit de mi-septembre à mi-octobre, en semis direct pour éviter la minéralisation et les phénomènes de pourriture. Des travaux supplémentaires mais pouvant procurer de nombreux avantages...

 

Cédric Michelin

Notre partenaire L'Exploitant agricole

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