Thomas a 25 ans. Il travaille sur l’exploitation, viticole ou agricole, de ses parents, il y vit également. Et, pour des raisons que nous ignorons, et qu’il ignore peut-être aussi, il boit....

A l’excès. « Alcool festif », se défend-il. « Addiction majeure qu’il nie », dit le Parquet, avec quelques raisons de le penser : 3 mentions au casier pour conduite sous l’empire de l’alcool, et un sursis mise à l’épreuve en cours.

 

La nuit dernière, il est placé en garde à vue suite à un contrôle qui tourne mal, à Charnay-les-Mâcon : presque 2 grammes d’alcool dans le sang, refus d’obtempérer et rébellion.

Il y a eu corps à corps : deux gendarmes se portent parties civiles, l’un d’eux a une ITT de 5 jours, et Thomas a le pouce bandé, une entorse.

Donc avec tout ça (les mentions au casier, l’état de récidive, les chefs de prévention), il encourt jusqu’à deux ans de prison. Or Thomas nie les faits et demande à être jugé plus tard, pour préparer sa défense.

 

Le tribunal doit donc dans l’immédiat statuer sur sa détention provisoire, ou sur une libération, y compris sous contrôle judiciaire, ce qui peut mettre un cadre contraignant. Son avocate va intervenir en ce sens, suggérant même une assignation à résidence, puisqu’il vit et travaille sur le même lieu.

Il se trouve que le Président est aussi le juge d’application des peines, il se trouve que Thomas ne respecte pas les obligations inhérentes à son sursis mise à l’épreuve, il se trouve que du coup il n’est guère crédible quant à la garantie qu’il ne récidivera pas en attendant le jugement.

Thomas, lui, semble prendre conscience de l’ampleur de ce qui l’attend peut-être, et en pleure. Prise de conscience vraisemblablement soluble dans l’alcool, puisqu’il comparait pour la 4eme fois pour le même motif.

Le Président et le JAP seraient deux personnes différentes, le résultat serait le même, mais qu’ils ne fassent qu’un rend les choses plus percutantes : ne pas se rendre aux convocations, ne pas suivre des soins quand l’obligation en est donnée, c’est perdre ses chances que le tribunal perçoive le prévenu comme quelqu’un qui se saisit de la chance qui lui est donnée d’appréhender sa vie autrement.

 

Le Parquet demande un mandat de dépôt, le tribunal suit : Thomas sera jugé dans 15 jours, et est incarcéré immédiatement.

Le juge lui pose les questions préalables à toute incarcération, et s’enquiert du pouce blessé du jeune homme : « Je vous fais voir un médecin à votre arrivée à l’hôpital, dit-il ». Il se reprend : « Votre arrivée à la prison. »

Florence Saint-Arroman