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Comme les meilleurs produits il vient tout droit de Bretagne, mais en moins frais que l'arrivage du matin : il a été arrêté dans la nuit de samedi à dimanche, complètement bourré au volant, et a traité de « connards » et d'« enculés » les militaires du PSIG, ce qui la fiche mal à tous les coups. 

Monsieur B., 34 ans, était de passage à Mâcon pour exposer et vendre au salon des Plaisirs gourmands des produits de gastronomie bretonne. C'est son métier depuis fort longtemps. Si ce monsieur a arrêté tôt l'école et n'a aucune qualification, il a toujours « fait les marchés » et a développé une compétence qui lui vaut de plutôt réussir dans son travail. Il vit en concubinage, a un bébé de 15 mois, et bosse pour toute sa famille de 5 personnes, car sa compagne a eu par ailleurs 2 autres enfants.

Un profil valeureux que vient ternir un fond qui le tire vers le bas : il boit. Il boit et il conduit, et il a connu quelques désordres, du coup il a un casier judiciaire avec 11 mentions dont 5 infractions au code de la route.

 

« Vous buvez depuis combien de temps ? » Le président l'interroge et va recevoir une réponse d'alcoolique : « Oh je sais pas... Tout le temps. »
Il boit tout le temps... et pourquoi ? 
« Parce que j'aime ça. »

Résultat : vers 3 heures du matin dans la nuit de samedi à dimanche, Monsieur B., qui avait bu tout au long de la journée sur le salon, cherchait à rentrer à l'hôtel à Crèches-sur-Saône mais ne reconnaissait plus son chemin. Les hommes du PSIG en intervention de prévention remontaient dans le sens Crêches/Mâcon et croisent sa voiture qui fait des embardées, qui ensuite fait deux fois le tour d'un rond point, et, roulant trop vite, monte sur un accotement et arrache l'aspirateur d'une station de lavage (devis : 12 000 €).

Lorsque les gendarmes l'interpellent, l'homme a les yeux brillants, un débit de parole hyper rapide, mais trouve le moyen de les insulter. L'habitacle de la voiture pue l'alcool, son conducteur itou. L'interpellation n'ira pas de soi. Les gendarmes essaient d'abord de l'apaiser en usant de psychologie, mais n'y parviendront que par la force, le breton est plaqué au sol.

 

Le profil de ce monsieur versant judiciaire commence à sentir drôlement le roussi, car outre ses condamnations antérieures (conduites sous l'empire de l'alcool, délit de fuite , blessures involontaires, rebellions, violences en réunion : « Vous n'arrêtez jamais, hein ! » lance le président à ce prévenu très sobre à tous points de vue pendant la comparution immédiate), le Parquet souligne qu'il a été condamné cet été pour des faits similaires. Son permis avait été suspendu. Il en reprend possession le 9 novembre dernier, et le 19, soit 10 jours plus tard, il défonce une station de lavage, et tente de donner des coups aux hommes qui le stoppaient dans son errance nocturne, si dangereuse pour lui comme pour les autres.
« Il a un problème avec l'alcool, insiste la procureur, mais aussi avec les avertissements judiciaires », et elle requiert 12 mois de prison, dont 4 avec sursis et un suivi mise à l'épreuve de 2 ans.

Dans ce contexte, les arguments de Maître Bordignon, aussi pertinents soient-ils, auront peu de poids. Elle rappelle ses charges de famille et sa réussite professionnelle, dit aussi qu'il ressort de la procédure que « Monsieur reconnaît pour la première fois avoir un problème avec l'alcool, et que c'est le préliminaire indispensable à s'engager dans des soins suivis et efficaces ».

Le chemin sera long : Monsieur B. est condamné à 12 mois de prison dont 6 mois avec sursis, et à 2 ans de suivi mise à l'épreuve. Son permis de conduire est annulé et il n'aura pas le droit de le repasser avant 1 an. Il paiera 200 euros d'amende pour « défaut de maîtrise » de la voiture. Il est incarcéré sur le champ.

Florence Saint-Arroman