mercredi 22 mai 2019

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« Monsieur, vous êtes unique. A nous de prendre une décision juste, humaine, équitable. »
« Inch'Allah ! », murmure la mère du prévenu dans la salle. L'audience est ouverte.

 

Les faits

Le 18 septembre dernier, un patrouilleur prévient les gendarmes qu'un conducteur sur l'autoroute a une conduite hésitante et roule à très faible allure. Les gendarmes interceptent le véhicule alors qu'il vient de sortir de l'autoroute. Son conducteur est incohérent et écoeure les forces de l'ordre de relents de whiskhy et de vin. Il a de surcroît les yeux rouges, on soupçonne une consommation de stupéfiants. On veut procéder aux analyses, il refuse. Pourquoi ? On ne sait pas, il ne sera pas davantage interrogé sur ce point.

 

Simple : on ne prend pas le volant quand on a bu

En comparution immédiate le 19 septembre, il a demandé un délai pour préparer sa défense et est parti en détention provisoire. Toutes les questions aujourd'hui vont tourner autour d'un problème récurrent en comparution immédiate et simple à poser, mais visiblement difficile à résoudre :

Mo a 30 ans, un casier judiciaire (faits d'extorsions, délits routiers, conduite sous l'empire de l'alcool, stup). 3 sursis mise à l'épreuve. Permis de conduire annulé. Il est dangereux au volant, il est encore en période de mise à l'épreuve et on le retrouve ivre, à l'allure d'un escargot, sur l'autoroute. Que faut-il faire pour qu'il cesse de prendre le volant, tant qu'il continue à boire ?

 

La faute à qui ? À quoi ?

La faute à l'alcool ? Le jeune homme évite le piège : « Non c'est de ma faute. » Mais du coup que fait-il de sa responsabilité ? « Monsieur, le tribunal de Lyon a annulé votre permis. »

La faute en reviendrait à une agression dont Mo fut victime à 16 ans, dans l'enceinte du lycée. Il s'accroche avec un camarade, ils se disputent. L'autre menace de revenir avec un couteau. Personne dans l'institution ne prendra les menaces au sérieux mais le gamin revient bel et bien avec un couteau et plante Mo, touché au cœur. Il s'en sort mais reste comme brisé dans sa croissance et l'énergie de sa jeunesse. Il devient toxicomane, puis substitue l'alcool à la drogue, et, malgré les soins, le revoilà devant des juges.

 

Avoir le profil ou pas. La question est-elle bien là ?

Dans la salle, sa famille : père et mère, sœur, et neveu. Une famille aimante qui le soutient si bien que Mo a du travail et même un CDI, ce qui fait dire à son avocat qu'il « n'a pas le profil » d'un « multi-condamné ». Mais les faits sont têtus car pour autant c'est aussi ce qu'il est devenu, malgré, en effet, son entourage familial, un emploi qu'il tient, et un projet de mariage. Comme quoi, tout arrive.

 

Il s'exprime parfois comme un enfant

Stoppé dans sa croissance d'adolescent ? Sa propre mère (qui s'interroge comme elle peut, et ne baisse pas les bras, malgré la culpabilité et le souci) l'a remarqué : son fils ne s'exprime pas tout à fait, ou pas toujours, comme un homme dans la force de l'âge. Il s'exprime parfois comme un enfant.

« Je demande pardon au tribunal pour ce que j'ai fait. Cette détention (provisoire) m'a servi de leçon, je regrette, je m'en excuse. Je vous demande d'être indulgents et de me laisser une chance de m'en sortir, je serai un autre homme. »

Il a rédigé son mot, il le lit, comme un enfant. Il demande un pardon sans proportion avec les faits. Comme un enfant.

 

« L'alcool n'est pas une circonstance atténuante, mais une circonstance aggravante »

Mais le Parquet rappelle qu'indulgents, les différents tribunaux le furent, qui par trois fois le mirent à l'épreuve, pour le laisser cheminer et trouver résolution à son problème.

La procureur ne sent pas quelqu'un de fermement engagé dans cette optique, elle confronte Mo à son rapport à la voiture : « Pourquoi, alors que votre permis est annulé, avez-vous les clés d'une voiture dans votre poche ?

- Parce que je la bricole, je fais des petites réparations, je la fais tourner, je mets le gilet de sécurité dans le coffre. »

Hhhh... Mo confirme le sentiment de la procureur.

 

« Peut-on encore avoir confiance en vous ? »

« Monsieur, tonne le président, le socle de la justice, son ciment, c'est la confiance. Peut-on encore avoir confiance en vous ? » ... confiance en lui pour tenir UNE règle : on ne prend pas le volant quand on a bu.

Comme souvent le tribunal est au carrefour d'un comportement que la société ne peut pas tolérer (mise en danger de la vie d'autrui – pour mémoire un jeune de 17 ans a perdu la vie récemment à Chevagny, il était passager), et d'un problème personnel qui semble n'avoir pas encore été correctement interrogé : l'élaboration fait défaut, ça patine sur une agression ancienne, certes traumatisante par sa violence, son injustice, mais qui ne saurait faire l'alpha et l'oméga d'une conduite addictive et irresponsable.

 

Maintien en détention

Le tribunal condamne Mo à 6 mois de prison dont 4 avec sursis, et à un 4ème suivi mise à l'épreuve de 2 ans, obligation de soins, et de travailler.
Il ordonne son maintien en détention : « Je sais que c'est difficile à entendre, mais le tribunal a considéré que la réitération (état de récidive légale), malgré le soutien familial et le travail, exigeait une peine significative. »

 

F. Saint-Arroman