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Il a 20 ans, il a passé 3 jours en prison. Baptême du feu.
Elle a 19 ans, elle porte son enfant, et son visage est couvert d'hématomes. Baptême de feu.

 

« Ils sont majeurs, certes, mais sont-ils adultes pour autant ? »
Maître Vion, pour la défense de son jeune client, replace le problème dans son contexte : Gaël (prénom modifié) sort avec Lea depuis 2 ans et demi. Ils se sont rencontrés à Marseille, où Gaël vivait, et leur relation a survécu au déménagement de la famille de celui-ci, sa maman cherchant un milieu de vie plus « calme ».

La maman et ses 8 enfants. Et, depuis août dernier, Lea, enceinte.

 

Les faits

 

Mercredi dernier en début d'après-midi, la police est appelée à la ZUP. Ils trouvent une toute jeune femme, blessée, choquée, qui demande des soins. Gaël est présent, et va immédiatement parler de leur dispute : il insistait pour obtenir le code de déverrouillage du téléphone portable de son amoureuse. Pourquoi ? La réponse va de soi : « Pour savoir ce qu'il y a dedans. Je me suis dit : quand on est en couple on n'a rien à se cacher. »

 

Ce n'était pas la première fois

 

Alors, parce que Lea a défendu son droit au respect de sa vie, Gaël l'a frappée, il lui a martelé la tête et le visage de coups de poing, lui a tiré les cheveux.

Ce n'était pas la première fois.

C'était la n'ième fois.

Mais cette fois-ci fut celle de trop : quand elle est tombée sous les coups, alors qu'elle porte leur bébé, elle a eu peur, plus pour lui que pour elle, et, passé les heures de sidération où elle est restée prostrée et muette dans sa chambre d'hôpital, elle a parlé, enfin, à la police, puis à l'AMAVIP.

 

Relation d'emprise

 

Elle a également une lésion au tympan, mais ce n'est pas ce qui l'effondre. Ce qui l'effondre c'est de sortir ainsi de cette relation, « relation d'emprise » dira le Parquet, avec ce jeune homme qui lui a fait arrêter ses études à Lyon l'an dernier, l'a coupée de sa famille, la frappait souvent, y compris chez sa mère ou chez sa tante, l'entraînant alors dans une chambre, d'où l'on entendait ses cris.

 

La responsabilité des adultes qui savaient

 

C'est pourquoi l'avocate de la défense va replacer quelque chose de la responsabilité des adultes qui savaient et qui n'ont rien dit. La maman de Gaël est à l'audience, elle n'a pas démissionné, mais elle a en quelque sorte échoué à tenir la place (symbolique) du père (absent), de l'autorité : « J'avais peur de lui parler, il s'énerve très vite. »

 

De colère pendant l'audience, il n'y en aura pas


Le Juge des Libertés et de la détention a placé Gaël en détention provisoire à l'expiration du délai de garde à vue. En guise d'autorité, le jeune garçon a trouvé face à lui en moins d'une semaine des policiers, un juge, un procureur, un conseiller pénitentiaire d'insertion et de probation, puis des surveillants pénitentiaires, et il se dit prêt à engager des soins, pour « changer ».

 

Lea ne veut plus le voir, plus jamais

 

Mais Lea ne veut plus le voir, plus jamais. Elle le dira par la voix de son avocat. Maître Dufour fera passer le message lui aussi avec autorité. Gaël baisse la tête. Comme il la baissera quand la Procureur va requérir un mandat de dépôt. Baptêmes de feux.

 

Verdict

 

Il voulait « toujours être vers elle », et il ne la verra plus : le Tribunal le condamne à 8 mois de prison avec sursis assortis d'un suivi mise à l'épreuve de 2 ans, avec obligation de formation, de soins, et interdiction de contact avec la victime. Dans moins de 6 mois il sera père.

 

« Je m'excuse. Je le dis à son avocat : je regrette. Si elle ne veut plus me voir, je l'accepterai sans rancune. Je suis prêt à tout faire pour que le bébé ne manque de rien. »

« A tout faire pour que le bébé ne manque de rien. »

 

F. Saint-Arroman