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Ils s'apprêtaient à quitter Intermarché, jeudi dernier, avec 831 € de bouteilles d'alccol (vodka et scotch essentiellement) dans un caddie, quand les vigiles les ont interceptés.

 

Ils ont une vingtaine d'années. En « déshérence », en « errance ». Ils venaient de Paris, où, disent-ils on les a « recrutés », dans le 18e arrondissement, pour un plan qui devait bien se dérouler, alors naturellement ils sont déçus...

 

Venus de Paris à 5 à bord d'une Clio rouge, ils ont commencé par l'Intermarché de Villefranche. Ils en avait chouré pour plus de 1500 €, mais hélas pour eux, les portes de sortie de secours là-bas sont sous alarme, alors ils ont échoué.

 

Ils ont alors tenté le coup à Mâcon, mais un agent de sécurité les avait répérés sur ses écrans de surveillance, et les vigiles les ont attendus pour les cueillir à la sortie (de secours). Des policiers sont arrivés, et ont pris en chasse la Clio rouge qui a tracé en direction de Julienas, et leur a échappé. Alors les policiers ont placé Bilal et Diarra en garde à vue, et dès le lendemain ils comparaissaient devant le Tribunal..

Bilal a 8 frères et sœurs et des parents à la maison. Père violent, dit-il : « J'ai été placé à 17 ans, mais à 18 ans, hop, dehors, et c'est le 115, etc. » Diarra a 9 frères et sœurs : « Je vivais chez ma mère mais je ne l'aidais pas financièrement alors un de mes frères m'a mis dehors. »

 

« Délinquance itinérante », pour le Tribunal, frappé de ce qu'aucun d'eux n'a de carte d'identité.

« Ils ont de ces passés qui compromettent l'avenir », pour Maître Siraudin qui défend les deux jeunes.

Deux points de vue aussi vrais l'un que l'autre.

 

Ce qui complique les choses, pour pouvoir soutenir le regard de leur avocate, ce sont leurs casiers, leurs condamnations antérieures et le fait qu'ils ne répondent pas aux convocations, et ne semblent pas prendre la mesure des mesures de suivi.

 

Faute de carte d'identité, on a rentré leurs empreintes digitales dans le FNAEG. Et le FNAEG les connait, chacun plusieurs fois, et sous des identités variées.

Donc, bien qu'ils soient fort jeunes encore, bien que leurs histoires ressemblent à de lents naufrages, et bien qu'on sache qu'il y a des têtes pensantes à l'origine de l'organisation qui circulent à bord d'une voiture vraisemblablement volée, le Tribunal retiendra la lecture suivante :

 

  • un plan bien rodé

  • un mode opératoire identique (grande surface, chariot, alcool cher, sortie de secours)

  • une enseigne ciblée (Intermarché)

  • soit disant SDF

  • pas de papiers d'identités

  • ne se saisissent pas des suivis dont ils sont l'objets pour s'en sortir

     

« Ça fait très professionnel, tout ça, assène le Président, très organisé. Ça fait des années que je juge des voleurs, faut pas nous raconter n'importe quoi. »

Le Parquet requiert 1 an ferme chacun assorti de mandats de dépôts. « Pour des 'professionnels' du vol, vous les jugez sur deux échecs. », tempère Maître Siraudin.

 

L'Intermarché de Villefranche avait demandé 300 € de dommages et intérêts et les obtient. L'Intermarché de Mâcon ne s'était pas manifesté au jour de l'audience.

 

Le périple de Bilal et de Diarra s'arrête provisoirement ici : 10 mois de prison ferme chacun, mandats de dépôts.

Pas ingrat, Diarra lance un gentil au-revoir à son avocate. Ils sont désarmants, mais déjà pris dans un autre monde, et ils ont 20 ans.

 

F. Saint-Arroman

(Photo d'archive)