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lundi 20 mai 2019

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« On s'interroge, Monsieur : ne cherchez-vous pas à passer l'hiver en prison ? » demande le Juge.

La Chambre des comparutions immédiates est rodée à un type de comportement, qui aussi surprenant soit-il, existe partout et revient avec l'automne : se faire encabaner pour l'hiver, et sortir au printemps. A cette fin, le délit doit être dosé. Suffisamment grave, mais pas trop. On pourrait en faire un art, mais c'est plutôt une façon de gérer sa misère, au propre et au figuré, parce que pour que ça marche, il faut être sans domicile, cela assure la possibilité d'une peine courte mais non aménageable. Georges M., 50 ans, a l'habitude, et des tribunaux, et de la prison. 13 ans de sa vie, en tout, derrière des barreaux. La dernière fois il avait pris 3 mois ferme pour grivèlerie. Ce jeudi, il avait choisi un restaurant des quais Lamartine.

Georges se présente seul pour dîner. Il est déjà un peu tard mais qu'à cela ne tienne on le sert. Il attaque par une cassolette d'escargots et des cuisses de grenouille, il choisit un vin blanc pour aller avec. Suit un filet de bœuf, et Georges commande alors une bouteille de rouge, mais demande expressément qu'on ne la débouche pas : il veut l'emporter. Cela se fait parfois, on satisfait sa demande. Il poursuit son repas, accompagné aussi d'une bouteille de Vittel, passe au dessert, prend un café. Il s'en est mis plein la lampe pour 113 €, mais lorsque la responsable de salle lui présente l'addition, il prétend avoir « oublié sa carte bleue », et reste posé sur sa chaise.

 

Il est environ 23 heures, la salle est quasiment vide, il pourrait filer en courant, ce ne sont pas les deux femmes qui font la fermeture de l'établissement qui iront le courser dans la nuit. Il reste. Tranquille. La responsable appelle son patron, et le prévient qu'elle ne voit pas quoi faire d'autre que d'appeler la police. Le patron revient alors au restaurant, la police arrive en même temps, embarque Georges, le met en garde à vue, le Parquet décide de le faire passer en comparution immédiate dès le lendemain : il est en état de récidive, condamné en 2011 pour des faits semblables.

 

Avec ces éléments, on comprend que les magistrats s'interrogent sur la motivation de fond de Monsieur M.. Cela étant le fond du dossier n'est pas abordé, puisque Georges, qui demande à être jugé dans l'instant, ne pourra pas l'être, car le Tribunal a un doute sur la question de la protection judiciaire. Georges est-il oui ou non sous curatelle ? En garde à vue il a déclaré ne jamais l'avoir été, mais devant le Juge il dit que si. La loi, en ce cas, exige que l'on procède à une expertise psychiatrique... Flottement entre les Juges et la Procureur qui voudraient être fixés, gros flottements dans les déclarations du prévenu. Conclusion : pas de jugement en attendant de connaître la situation exacte de Georges.

Georges M. n'évoque aucun lien familial, il n'a pas de domicile et un gros casier : 23 condamnations, pour filouteries, pour violences, et « pour tous les types d'infractions possibles et imaginables » dit la Procureur, qui n'a qu'une certitude : « Monsieur se moque du monde. Il profite du système à tous les niveaux. Il a l'habitude des contrats aidés et des dispositifs d'aide à l'insertion. » Et le problème c'est qu'inséré, il ne l'est pas. Il n'est donc pas, par voie de conséquence, à « réinsérer ». Il reconnaît être alcoolique, et puis aussi « bipolaire ». Il dit  sa difficulté à côtoyer d'autres alcooliques dans les structures d'insertion, ou dans les foyers. En l'absence de toute garantie de représentation, il est placé en détention provisoire, où il attaque sa 14ème année de taule. Il sera jugé en janvier prochain.

 

Le restaurateur lui aussi s'interroge : il est parfois victime de filouterie, de « restau-baskets » comme disent les jeunes qui s'enfuient à toutes jambes sans payer, que pouvait-il faire d'autre que d'appeler la police face à cet homme « qui s'est toujours bien comporté dans le restaurant », mais qui savait ne pas pouvoir payer, et qui attendait... quoi ?

Florence Saint-Arroman