mercredi 22 mai 2019

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« C’est un peu une chronique d’un drame annoncé », résume le Président de la Chambre des Comparutions immédiates. Qu’on en juge :

 

A 7 dans une voiture de 5 places,

les enfants n’ont pas de siège auto, le conducteur n’a plus de permis

 

Monsieur B., 34 ans, travaille dans l’Ain. Il est père de 5 enfants mais est séparé de leur mère depuis un an. Il verse une pension alimentaire et les voit un week-end sur deux, et aux vacances. Depuis un mois, il a une copine, appelons-la Sophie. Samedi dernier, Sophie et lui descendent à Marseille. Avec eux, deux autres amis, et la sœur de Sophie avec ses fils, âgés de bientôt 2 et 4 ans. Soit 5 adultes et deux petits dans un véhicule de 5 places : pas de sièges auto pour les enfants, ils seront sur les genoux des femmes, à l’arrière.

Monsieur B. va conduire. Son permis est pourtant suspendu depuis le 18 novembre dernier, pour un mois. La nuit à Marseille est courte, ils dorment 3 heures en moyenne. Monsieur B. est à peu près sobre quand il reprend le volant, dimanche après midi, pour rentrer. Les passagers, eux, sont « encore saouls de la veille ».

 

Le plus petit tombe sur l’autoroute,

les adultes le récupèrent et s’enfuient

 

Il est environ 20 heures quand la voiture surchargée s’engage sur la bretelle de sortie de l’autoroute A6 de Mâcon Nord. Ils sont presque arrivés. Ils ont encore bu pendant le trajet, Sophie a même fumé un joint lors d’un arrêt, mais le conducteur, lui, est resté clean. Les femmes dorment, d’un sommeil engourdi par l’alcool.
La suite vient des témoins qui ont appelé la gendarmerie : un couple qui s’engage lui aussi sur la bretelle de sortie, et observe que le poids lourd qui le précède se déporte sur la gauche, puis s’arrête sur le côté, contre la glissière de sécurité à droite. Le couple ralentit : le corps d’un enfant est allongé sur la voie, face contre le bitume. Au même moment deux hommes arrivent en courant, l’un prend l’enfant dans ses bras, ils repartent vers leur voiture et démarrent. Le couple témoin relève le numéro d’immatriculation : les gendarmes interpellent Monsieur B. le lendemain matin.

Entre temps que s’est-il passé ? Eh bien, rien : la mère n’a pas voulu emmener son fils à l’hôpital, de peur d’avoir des soucis. Monsieur B. n’a visiblement pas insisté. Lui aussi pouvait craindre des soucis.

Le petit garçon a alterné les périodes de sommeil et les épisodes de pleurs, mais a hurlé de douleur quand sa mère a changé sa couche le matin : fractures du péroné, blessure à une cuisse, ecchymoses.

 

L’enfant est placé, le temps d’une enquête d’environnement

 

Finalement, Monsieur B. a des soucis : 48 heures de garde à vue, et une sanction pénale en vue. La maman du petit a des soucis : son fils a été placé, et le Juge des enfants procède à une enquête d’environnement. Le petit a de gros soucis : il est blessé, plâtré pour un mois, et est à ce jour séparé de sa mère et de son frère. Il aura deux ans en janvier prochain.

Que s’est-il passé dans la voiture ? Monsieur B. conduisait, il a senti « un courant d’air », et une des femmes a crié qu’il manquait un enfant. On imagine que celui-ci, qui dormait contre le ventre de sa maman, s’est réveillé, a ouvert la portière, a chuté. Sur une voie d’autoroute.

Maître Saggio, pour la défense de Monsieur B., évoque « tous ces gens » qu’on connait et qui ont le souvenir d’avoir versé d’une voiture sur le bas côté d’une route de campagne. Elle ne convainc guère : elle parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, le temps où le port de la ceinture n’était pas obligatoire. Cela étant, elle essaie de distinguer les responsabilités : son client les endosse toutes, mais on peut retenir qu’il n’est pas le père de l’enfant, qu’il ne pouvait décider seul de la nécessité des soins, qu’il n’avait pas bu, n’avait commis aucune faute de conduite, etc.

Les passagers sont dans la salle. La mère de l’enfant n’a pas porté plainte, bien consciente de sa responsabilité personnelle. Les autres ne se défaussent pas non plus, personne n’est fier du cumul des infractions et du manquement aux règles élémentaires de sécurité, mais personne ne semble pourtant vraiment conscient du niveau d’irresponsabilité collective, et de la gravité des faits, attendu que le petit va s’en sortir.

 

Monsieur B. est condamné à 6 mois de prison ferme, susceptibles d’être aménagés. Son permis est annulé, il lui est interdit de le repasser pendant 8 mois. Le véhicule est confisqué.

L’enfant est vivant : le drame n’a pas eu lieu. L’enfant est placé : un drame a eu lieu.

 

Florence Saint-Arroman