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dimanche 19 mai 2019

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L’affaire aurait pu passer comme un fait divers d’une grande banalité : il est 6h du matin le 18 février quand Karim, 30 ans, sort de boîte de nuit saoul, passe en voiture à côté d’un contrôle de police, sort de son véhicule, se dirige vers les policiers, et termine en garde à vue…

Le truc, c’est que notre homme est récidiviste !

Extrait de la prison de Varennes-le-Grand, il comparait ce lundi devant le tribunal de Mâcon pour conduite en état d’ivresse, menace et outrage à l’encontre d’une personne dépositaire de l’autorité publique, conduite d’un véhicule non assuré et avec un permis de conduire non prorogé.

 

Que lui est-il donc passé par la tête ?… Les policiers ne s’étaient pas intéressés à lui. Ils effectuaient un contrôle de routine à la sortie du Club 400 pour une voiture en stationnement gênant, moteur tournant.

Mais voilà, Karim a un ami dans la police et, ce soir-là, il croit l’apercevoir sur ce contrôle. Rappelons qu’il est 6h et que Karim est… bourré ! (1g60 d'alcool dans le sang) Il sort de sa voiture et vient à la rencontre de celui qu’il croit être son ami ! Forcément, les policiers sont surpris de cette arrivée en forme d’intrusion dans l’exercice de leur mission, et méfiants. Ils ont bien raison… l’homme qui s’avance vers eux, les yeux vitreux, titube et sent l’alcool à plein nez. Il a aussi une attitude provocatrice vis à vis d’une policière, ce qui suscite la réaction de défense d’un de ses collègues qui l'attrape et l’amène au sol par un balayage.

 

Juste avant, l’un d’eux lui demandait de souffler dans l’éthylotest… « Mais t’es con ou quoi !?… » lance-t-il au policier en lui saisissant les mains. « La loi je l’a connais, et je connais du monde, tu vas perdre ton boulot et on va se retrouver ! » Fort de ses relations (une assitante de justice et avocat dans la famille), Karim joue à « t’va voir ta gueule à la récré ». Sauf qu’il s’en prend à des policiers, qu’il est ivre et qu’il conduit une voiture non assurée. Totalement à côté de ses pompes ! L’on apprend alors par son avocat qu’il est diabétique de niveau 1, soumis quotidiennement à 4 injonctions d’insuline.

« Cet homme est malade. C’est de soins psychologiques dont il a urgamment besoin, pas de détention. Il est reconnu par tous, par sa famille, par un employeur, comme quelqu’un de gentil et travailleur, par ailleurs très compétent. »

 

Karim est soudeur et travaille en intérim. L’entreprise qui l’emploie en ce moment est prête à l’embaucher à long terme. « Il a de l’or dans les mains » dit-on de lui. « Petit dernier d’une grande famille, il vit chez ses parents » poursuit son avocat. « Franchement, quand j’ai lu le dossier et rencontré sa famille, je me suis dit, "mais cet homme n’a rien à faire dans le box des accusés d’une salle d’audience." »

 

Autre fait porté à son crédit par maître Gautherin, ses plates excuses auprès des policiers qu’il a menacés. « J’ai pris une balayette par derrière, ça m’a énervé, j’ai perdu tout contrôle. Je ne me reconnais pas dans ce que j’ai fait. »

« Il boit occasionnellement pour oublier sa condition de diabétique, pour vivre comme tout le monde » plaide son avocat. « Il a reconnu les faits, s’en est excusé. Il a perdu la tête ce matin-là. Je comprends qu’il soit condamnable pour ce qu’il a fait, mais le maintien en détention n’est pas justifié. C’était un poivrot tenant des propos de poivrot, une situation somme toute très banale. »

 

Quelques minutes auparavant, c’est la procureure qui demandait le maintien en détention.

Karim avait été placé en garde à vue, conduit à l’hôpital par les pompiers, puis écroué pour les faits qui lui sont reprochés. Six mentions au casier judiciaire, dont deux pour des faits similaires à ceux du 18 février à Mâcon ; cinq chefs d’inculpation pour les faits de ce 18 février ; une comparution immédiate au tribunal de Chalon en 2015 de laquelle il sort avec une condamnation à 4 mois de prison ferme (sans mandat de dépôt) ; une peine ferme et mixte de 2 mois en sortant du tribunal de Bourg-en-Bresse en 2016. Il bénéficie alors d’un aménagement de peine : le bracelet électronique, qu’il porte depuis le 30 août dernier. Avec tout ça, forcément, ce dernier "égarement" du 18 février le conduit tout droit en prison.

Le traitement du diabète qu’il veut oublier un moment, la sympathie décrite par tous, et la compétence rare attestée par son employeur n’y changeront rien. Le juge suit en partie la procureure et ordonne le maintien en détention. Karim s’en sort avec 6 mois de prison dont 3 avec sursis assortis d’un sursis mise à l’épreuve de 2 ans. Il a également interdiction de fréquenter les débits de boisson. Son permis est annulé. Il reçoit une obligation de soins et de réparation.

« On continue comme avant, sans aide. Consulter, Monsieur, c’est ce qu’il fallait faire. » Les mots du juge sonnaient comme la morale de l’histoire.

Rodolphe Bretin