Articles

TGI_MACON.jpg

 

Audience mouvementée ce jeudi après-midi au Tribunal de Grande Instance de Mâcon. Jugé en comparution immédiate suite à des faits de violences commis sur sa femme et sa belle-fille de 17 ans dans la nuit du 8 au 9 août, le prévenu a montré devant le juge toute la panoplie de ses émotions, allant des remords à la honte, en passant par le désespoir et la colère.

 

32 ans, jogging blanc, boule à zéro, grand, voire costaud - cet agent de sécurité ressemble à ce qu'il y a de plus courant dans sa profession – s'il n'avait pas ces yeux. Grands ouverts, un peu enfoncés et marqués de cernes, le regard semble témoigner d'une rage profondément enfouie en cet homme dont on avait l'impression qu'elle pouvait faire éruption à n'importe quel moment.

 

Placé en détention provisoire depuis mardi soir, ce père de famille s'est présenté ce jeudi devant le tribunal, dans le box, flanqué de deux policiers. Mesures quelque peu rassurantes vu ses crises de colère qui l'ont fait perdre la raison à plusieurs reprises.

 

Les faits qui lui sont reprochés sont doubles : violences conjugales le 27 juin, ayant entraîné une incapacité total de travail (ITT) de quatre jours chez sa femme et après lesquels il a été placé en garde à vue puis convoqué devant un juge le 22 décembre prochain.

Puis, de nouvelles violences dans la nuit de mardi à mercredi, cette fois non seulement sur sa femme, mais également sur sa belle-fille de 17 ans qui lui ont valu une détention provisoire puis un jugement en comparution immédiate ce jeudi. Ni sa femme, ni sa belle-fille n'étaient présentes à l'audience. Elles étaient représentées par leur avocate. 

 

Les violences commencent avec la demande de divorce

 

Lors de son instruction, le juge a retracé l'histoire de la violence qui s'est installée au sein de la famille recomposée depuis janvier de cette année, quand sa femme demande le divorce.

Mère de trois enfants, elle avait rencontré son mari en 2006, le mariage suit en 2012. Mais, elle se plaint des crises de colère répétitives et violentes de son mari, bien qu'à ce stade, elles ne soient « que » verbales, et dit de ne plus avoir de sentiments pour son époux avec lequel elle a eu un fils, de 9 ans aujourd'hui. Elle demande donc le divorce et lui annonce qu'elle déménagera à Orléans avec les enfants en septembre. Il pète les plombs. 

 

Un post sur facebook est le déclencheur

 

En effet, au cours du procès on découvre avec horreur les scènes violentes qui se sont jouées au domicile de la femme. Elle n'habitait plus avec son mari mais n'avait pas changé d'immeuble : seulement cinq étages séparaient les époux. Le 27 juin donc, la police doit intervenir une première fois à 10 heures du matin car il aurait serrer les coups de sa femme et agressé sa belle-sœur. Pourquoi ? Pour un post facebook, aussi absurde que ça puisse paraître. Ce post déclencheur aurait, selon sa femme, mis en question ses qualités de mère. Selon l'époux, il visait simplement à interroger la communauté... vivre avec son père ou vivre avec sa mère, comment faire choisir son fils ?...

 

Peu importe, sa femme le prend mal et exprime son mécontentement avec un SMS. Et lui monte les cinq étages pour commencer une discussion qui devient très vite une dispute et se termine avec sa femme sur le canapé et lui au-dessus, en train de l'étrangler — mais « pas pour la tuer ! mais pour dire stop aux insultes » se défend-il pendant que sa belle-sœur est recroquevillée sur le canapé, terrorisée, et que son beau-fils de 12 ans essaie de l'éloigner de sa mère.

 

A ce point de l'instruction, on voit bien que, en revivant la scène à travers le récit du juge, la tension monte chez le prévenu. Il s'énerve : «  J'étais face à des coups de pied de ma femme et de ma belle-sœur, je me suis juste défendu ! » Et ajoute : « J'avoue, je l'ai un peu étranglé avec ma main gauche mais je ne me souviens plus très bien comment ça s'est passé. » Bref, la police appelée par la belle-sœur arrive pour les séparer et il finit en garde à vue.

A sa sortie, le procureur le met bien en garde qu'il n'a pas intérêt à recommencer. « Vous ne vous en êtes pas rappelé ? » - « Non ». « Dommage, ça aurait pu vous servir » rétorque le juge.

 

Il sort donc, rentre chez lui, mais, et c'est ce que le tribunal déplore, ne cherche pas à se faire soigner sur le plan psychologique. Car, disons-le clairement, son comportement n'est pas ce qu'on appelle généralement « normal ». Il avoue même piquer des colères quand sa femme ne range pas les ustensiles de cuisine au bon endroit. Il justifie l'absence des démarches pour se faire soigner avec un rhytme de travail soutenu pour améliorer sa situation financière. Entre temps, son fils de 9 ans avait décidé de vivre avec son père, qui est actuellement logé chez ses parents et cherche à s'installer seul pour pouvoir accueillir son fils. 

 

Et encore une fois c'est facebook qui met l'huile sur le feu

 

C'est compréhensible mais sans soins psychologiques, ce qui devait arriver arriva : il récidive.

Dans la nuit de mardi à mercredi dernier, la situation dégénère de nouveau. A 2h45 du matin, une voisine, alarmée par SMS par la belle-fille, appelle les policiers qui doivent intervenir au domicile de son épouse. Cette fois, c'est plus dramatique : la mère, qui porte des traces de coups sur son visage, et la fille, se sont réfugiées dans une chambre, l'appartement est dégradé, des bouts de plâtre sont éparpillés parterre, et lui est calmement assis sur le canapé, son fils de 9 ans sur ses genoux, qui a été témoin de la scène.

 

Que s'est-il passé ? Facebook revient au centre de l'histoire. Sa femme l'ayant supprimé de sa liste d'amis sur le réseau social, il monte les cinq étages pour « récupérer le portable de ma femme ». Comme c'est lui qui le lui avait acheté, il le considérait comme le sien. Sauf qu'il l'avait acheté après avoir détruit l'ancien portable de sa femme à l'aide d'un marteau.

Elle dit qu'elle ne l'a pas sur elle, il s'énerve, devient violent envers elle, l'étrangle de nouveau, arrache tout les fils du téléphone pour les empêcher d'appeler de l'aide, confisque les clés, donne deux coups de tête à sa belle-fille de 17 ans qui essaie de protéger sa mère, donne des coups de poing et de pied dans les murs puis… quand il voit que la fille fait un crise d'angoisse… il se calme et va se chercher une bière dans la cuisine.

 

Il s'endort finalement sur le canapé où le trouvent les agents à leur arrivée. Sa belle-fille tremble et pleure, les agents témoignent d'une situation déconcertante : « jamais encore je n'avais vu des victimes aussi choquées » peut-on lire dans un des rapports.

Devant le tribunal, le prévenu se montre touché : « Je n'ai pas penser les choquer autant. Avec ma femme, on avait l'habitude de s'insulter, c'étaient nos insultes à nous. C'est comme ça qu'on s'aimait. »

« Pourquoi avoir montré une telle indifférence face à votre belle-fille lors de votre arrestation ? » lui demande le juge.

C'est la question de trop pour le prévenu. La rage qui bouillonne en lui fait éruption : « Le jour où je suis parti, il n'y avait plus d'éducation pour les enfants. J'ai donné douze ans d'amour à ma belle-fille et d'un coup elle me traite comme la dernière des merdes » crie-t-il à la salle avec ses yeux colériques grands ouverts. 

 

Une garde à vue mouvementée

 

Puis, il se calme et le juge peut reprendre ses propos : « Dis-donc, votre garde à vue n'a pas été un long fleuve tranquille, il paraît que vous étiez particulièrement désagréable ». On apprend alors qu'il aurait uriné partout dans sa cellule en déclarant : « Je suis enfermé comme un animal alors je me comporte ainsi ». Tout ça parce que les agents ne l'auraient pas laissé sortir bien qu'ils lui avaient assuré qu'ils reviendraient plus tard. Des faits que le détenu a regretté aujourd'hui devant le juge. « Cette nuit a été très longue. J'ai compris que je veux tout faire pour me soigner, je veux surtout pas aller en prison » a-t-il affirmé. « Je pense à mon fils. Je ne veux pas qu'il pense que je suis un monstre, il est ma goutte d'oxygène ». Visiblement ému, il retient ses larmes. 

 

« Il ne faut pas sous-estimer sa dangerosité »

 

Bien que sa femme ait fait savoir qu'elle ne demandait pas l'incarcération de son mari mais qu'elle préférerait qu'il se fasse soigner et qu'il paie un dédommagement symbolique d'un euro, la procureure fait savoir qu'il ne faut pas « sous-estimer la dangerosité » du prévenu, tout comme le juge s'est questionné sur les garanties que le détenu pouvait offrir pour ne pas mettre de nouveau sa famille en danger. « Un traitement ne fait pas effet de suite, deux séances avec un psychologue ne peuvent pas anéantir le comportement qu'on a eu pendant des années. »

Le tribunal le condamne donc à 15 mois de prison dont 9 mois avec sursis assortis d'une mise à l'épreuve et obligation de soins, interdiction de prendre contact avec les victimes, et le dédommagement symbolique d'un euro.

 

Delphine Noelke